Away We Go : Sam Mendes réinvente le road-trip et le rêve américain
Après Les Noces Rebelles, Sam Mendes nous raconte à nouveau l'histoire d'un couple américain qui ne trouve pas sa place dans le monde. Si Frank et April Wheeler évoluaient dans l’Amérique des années 1950, Burt et Verona, eux, vivent au XXIème siècle. Le premier couple, frustré et auto-destructeur, laisse ici sa place à deux amoureux que rien ne sépare, pas même le manque d’argent ou la trahison de leurs aînés. Le casting de Away We Go est certes moins pailleté - Sam Mendes fait appel à des acteurs de télévision cette fois - mais l’histoire vaut le détour pour sa simplicité touchante, drôle et attachante.
A la recherche de l'endroit parfait
Burt (John Krasinski, The Office) et Verona (Maya Rudolph, Saturday Night Live) vivent modestement dans un mobile-home au fin fond du Colorado. Burt est courtier et vend par téléphone des produits financiers. Verona illustre des manuels de médecine. Quand ils apprennent qu'ils vont avoir un bébé et c'est un peu la panique à bord. Heureusement pour eux, les parents de Burt vivent à coté et pourront leur donner un coup de main.
Ou pas. Enfants des années soixante, les parents de Burt ne jurent que par leurs envies personnelles et la satisfaction de celles-ci. Dernière idée en date : partir vivre à Anvers, en Belgique, en louant leur maison à des étrangers, juste au moment de la naissance de leur premier petit-enfant. N'ayant plus d'attaches, Burt et Verona décident alors de tout quitter et de parcourir les Etats-Unis à la recherche de l'endroit parfait pour faire leur nid et accueillir leur enfant.
Burt et Verona, héros américains…
Sam Mendes aurait pu proposer un road trip américain classique, avec une Jeep et de longues routes traversant le désert. Réellement ancré dans le XXIème siècle, Away We Go est en fait un "plane-trip". Les deux protagonistes sillonnent les Etats-Unis, et suivent un itinéraire précis - selon où vivent leurs amis et parents - par avion. Le résultat est étonnamment plaisant. Le spectateur embarque littéralement avec Burt et Verona, étape par étape. Dépaysement garanti grâce aux paysages, mais surtout aux proches à qui nos deux héros rendent visite.
Chaque rencontre leur renvoie alors une image de ce qu'ils pourraient devenir s'ils devaient faire un mauvais choix pour leur vie : une mère de famille névrosée (l'incroyable Allison Janney, vue dans Juno) qui humilie ses enfants obèses, une baba- cool limite folle (Maggie Gyllenhaal) qui rejette l'usage de la poussette, un couple qui masque son désespoir de ne pas avoir eu d'enfants en en adoptant à la pelle… Autant d'images d'une Amérique fragmentée, pour qui le rêve américain n'a été qu'illusion. Frôlant parfois la caricature, ces rencontres rythment cependant le scénario par leurs doses d'humour, et donne à l'histoire d'amour de Burt et Verona une sincérité évidente.
…à la recherche du bonheur
Sam Mendes a fait le choix de la simplicité, au risque d'essuyer quelques critiques pour un scénario minimaliste. Mais c'est aussi ça, la force de Away We Go : une sorte de voyage paradoxalement immobile d'un couple dont le seul ciment est l'amour, le vrai. Sommes-nous définis par l'endroit où nous vivons ? Le film semble poser la question, sans vraiment y répondre cependant. Le pèlerinage entrepris par Burt et Verona est plus un prétexte pour permettre aux personnages de se découvrir et réaliser que le bonheur n'est qu'une question de choix.
Leur quasi-naïveté est désarmante, parfois drôle, et souvent touchante, à l'image de l'histoire, magnifiquement accompagnée par le néofolk mélancolique d'Alexi Murdoch qui signe la bande originale. John Krasinski et Maya Rudolph font de leurs personnages des figures singulières du cinéma américain et permettent à Away We Go de surprendre en évoquant un coté méconnu du rêve américain, où le bonheur se crée, en toute simplicité.
Qu'en pensez vous ?
- Génial0
- Incroyable !0
- Prévisible0
- Déprimant0
- Rien à faire0
