Bancs publics (Versailles rive droite) : Chronique déjantée et absurde du quotidien
Il y a des bancs publics qui prennent la poussière, qui n’ont pas été caressés par un pinceau depuis bien longtemps et sur lesquels rares sont les personnes qui daignent poser leur arrière-train. Ceux de Podalydès sont pleins de gens, de vrais, une population qu’il a analysée minutieusement, méticuleusement, des monsieur madame Michu en veux-tu en voilà, vendeurs en quincaillerie, employés de bureau, barbus ou moustachus, comptables ou retraités. Son histoire, c’est ça, rien de plus, le quotidien de toutes ces têtes (connues) qui se croisent autour d’une mystérieuse banderole, « homme seul », pendue à une fenêtre. Trois collègues de bureau la voient, pensent que l’auteur de cet appel à l’aide va finir aussi pendu que la toile noire, enquêtent, croisent des gens, déjeunent au parc et vont au magasin de bricolage.
« Tous mes amis sont là, la grande famille du cinéma ! »
Et pourtant, les bancs publics versaillais de Podalydès séduisent autrement. C’est une comédie sociale et sociologique, absurde et décalée qui empile les scènes complètement déjantées et inattendues. Après s’être vue proposer un doigt par Gérard Darmon dans La Cité de la peur, Chantal Lauby échappe ici de peu à un petit coup mis par Thierry Lhermitte ; Catherine Deneuve traite sa vieille armoire comme un être cher au bord de la mort, Denis Podalydès se shoote au nettoyant pour poisson rouge.
Des petits destins tous bêtes, des caricatures toutes faites, tous ces visages qu’on aime réunis sous la même caméra, un peu comme si Bruno Podalydès avait pris la voix de fumeur en fin de vie de Jeanne Moreau pour s’exclamer, comme elle, « tous mes amis sont là ». Sauf qu’ils sont là pour quelque chose, qu’ils ont une cause à défendre, la critique de l’entreprise, de l’égoïsme du quotidien, de la solitude de toutes ces silhouettes qui se croisent sans se voir. Comme si les stars n’étaient là que pour nous forcer à mieux regarder notre voisin, tous ceux à qui on ne prêterait pas attention s’ils n’avaient pas l’accroche-cœur de Bruno Solo, les ridules de Josiane Balasko ou la permanente de Catherine Deneuve.
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Bientôt un prime autour de Jean-Michel Ribes.
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