"Bienvenue chez les Ch'tis" : les raisons d'un succès
Il y en a un qui doit se retourner dans sa tombe, c’est Louis de Funès. Has-been, sa Grande Vadrouille. Son petit frère du Nord lui a piqué, dimanche, sa place en tête du box-office français avec 17..405..832 entrées.
La question que tout le monde se pose, c’est pourquoi une petite fable sur Bergue et ses baraques à frites a-t-elle plus séduit qu’une grande fresque épique et historique (oui, je parle toujours de La Grande Vadrouille) ? La réponse en dix points.
1. C’est drôle
Ca faisait longtemps qu’on n’avait pas autant ri. Qu’on n’avait pas ri, en fait. Les grands classiques de la comédie française remontent aux années 80 (la bande des Bronzés) ou 90 (La Cité de la peur). On a bien eu un Astérix et Obélix : Mission Cléopatre en 2002 et OSS 117, puis encéphalogramme du rire plat. Ici, c’est simple, l’humour est accessible à tous et mémé, du haut de ses 88 ans, comprendra, et elle n’aura même pas besoin de huit cent références culturelles et de l’analyse de trois messages subliminaux.
2. C’est entouré d’un impressionnant vide cinématographique
Avouons-le, les entreprises en monopole réussissent toujours mieux que les autres. Dany Boon, c’est un peu le Bill Gates de la comédie française : devant le néant (en l’occurrence humoristique) devant lui, il était sûr de réussir. Et quand, après une bonne semaine, le besoin de se détendre se fait urgent, il reste Disco, Astérix aux Jeux Olympiques et Bienvenue chez les Ch’tis. Si on enlève les comédies pas drôles, il ne reste que Bienvenue chez les Ch’tis.
3. C’est populaire
Il y a des acteurs, comme Gérard Depardieu ou Edouard Baer, qu’on voit à la télé, et d’autres qu’on imaginerait bien au troquet du coin. Dany Boon et Kad Merad ne sont pas les stars du siècle, n’ont pas la voix de Jean Rochefort ni le physique de Brad Pitt, mais ils paraissent simples. Assez connus pour qu’on ait envie de les voir, pas assez pour qu’on n'en ait pas encre marre. Et si on ne va pas au cinéma pour voir le casting du siècle, Line Renaud au moins, mémé (encore elle), elle connaît.
4. C’est moral
Il y a ceux qui aiment 37°2 le matin de Beinex (avec une scène de sexe en plan-séquence comme ouverture) et les Roméro (avec des zombies qui font beuark), et il y a les autres. Ceux qui ne veulent pas de sang, pas de sexe, pour pouvoir emmener mémé (décidément) et les enfants. Dans Bienvenue chez les Ch’tis, les gentils sont gentils et les méchants n’existent pas. Et à la fin… Bon, on ne peut pas raconter, mais vous pouvez la deviner.
5. C’est un bon plan de com'
Un film qui dit du bien du Nord, ça devrait marcher dans le Nord. Et ça faisait tellement longtemps qu’on n’avait pas fait un film sympa sur eux que les habitants du Nord Pas de Calais se sont précipités dans les 33 salles qui diffusaient le film en avant-première. Une semaine plus tard, le film sortait dans le reste de la France, avec déjà 600..000 entrées au compteur. Ah bon, c’est si bien que ça ? Allez vérifier !
6. C’est loin, le Nord
Parmi les films qui parlent du Nord, il y a Germinal et Joyeux Noël (tiens, déjà avec Dany Boon). Et c’est tout. L’un montre les corons et les gueules noires, l’autre les tranchées et la guerre de 14. Rien de bien funky, jusqu’à Bienvenue chez les Ch’tis, qui donne une autre image. Certains diront qu’avec ce film, on découvre les charmes du Nord. D’autres découvrent le Nord.
7. C’est gentil
Tout le monde il est beau, tout le monde il est Ch’ti. Après des années où le Nord se résumait à une terre imbibée d’eau et d’alcool, la voilà qui rayonne de bonheur. On se moque gentiment, toujours sans blesser. Et même lorsqu’il s’agit de taper sur le sud, c’est toujours tout en douceur. Qu’ils sont gentils, ces Ch’tis !
8. C’est Ch’ti
Dany Boon qui parle du Nord, c’est un peu comme si Patrick Bosso faisait un film sur Marseille. Son spectacle avait si bien marché qu’il aurait eu tort de ne pas en faire un film. Dommage, certaines répliques sentent maintenant le réchauffé.
9. C’est inattendu
On aime ça, en France, les belles histoires, les robes de princesses et les succès imprévus. Et s’il y a un film qui ne payait pas de mine, qu’on n’imaginait pas tenir plus de deux semaines dans les salles, c’est bien celui-là. Un succès imprévu amène toujours un succès encore plus gros. Et entendre parler de ce petit film qui marche, fait par un gars du pays, ça incite les retardataires à courir au cinéma.
10. C’est un phénomène de mode
Tous les cinq ans, il y a un emballement médiatique pour un film français. C’est comme ça, c’est la faute aux médias qui aiment reprendre des citations.. En 1992, Christian Clavier hurle « c’est okaaaaaay » et Les Visiteurs marque une génération entière : 13 782 991 entrées. Cinq ans plus tard, Kate Winslet crie « Jack, je vole », et elle fait plouf à la fin. Plus de 20 millions d’entrées, record absolu en France. 2002, Astérix et Obélix : Mission Cléopatre, 14 millions 5 de visiteurs grâce à « Itinéris… J’te capte plus ». 2008 : « Biloute, hein ». Jackpot.
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