Canine : Une fable dérangeante à la Michaël Haneke
Le scénario ressemble à un fait divers sordide, la Une du Parisien. Un paisible père de famille, chef d’entreprise, cache depuis des années ses enfants derrière ses murs, leur interdit toute sortie, et leur imagine un monde de faux semblants loin des réalités. Il les protège. Il les protège des chats, que les enfants prennent pour des monstres. De la route, sur laquelle ils mourraient à coup sûr dès qu’ils y poseraient un pied. De la société qui les entoure, de la réalité, comme un bon père de famille. Comme un bon dictateur aussi.
Familles, je vous hais
Derrière la caméra, on dirait Haneke qui, comment dans Le Ruban Blanc, regarde comment l’horreur peut naître alors qu’on veut conserver l’innocence. Il filme calmement le fascisme et l’ordre créer en ses enfants les germes de la violence. Et il nous pose là en spectateur impuissant.
La réalisation est fluide, lumière claire, image brûlée, façon Virgin Suicides. L’horreur n’a pas besoin d’être filmée sous la pluie, avec le tonnerre qui gronde au-dehors. Le glauque est dans la lumière du jour grec, dans la prison dorée où les lignes droites et les rectangles barrent chaque plan, comme s’ils dessinaient la prison dans laquelle ce petit monde est enfermé. Comme une meute. Le malsain est dans chaque geste, dans chaque mot, répété mécaniquement par des enfants qui n’ont jamais eu de vrai interlocuteur.
Et c’est là que Canine perd sa crédibilité. Ses acteurs semblent froids, implacables. On peut imaginer que la vie en communauté fermée attaque sérieusement la matière grise, mais leur attitude raide et mécanique, associée à des dialogues plats, brisent tout réalisme. Alors à défaut de croire à l’histoire, on l’imagine vraisemblable. Et Canine résonne comme un cri de haine à la famille, à l’autorité patriarcale, qui ressemble étrangement à un fascisme sournois.
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