omme chaque année, la cérémonie de remise des Prix pourrait se résumer à des larmes, beaucoup de merci, des « je ne m'y attendais pas, je n'ai rien préparé » et des statuettes à tour de bras. Que du banal. Et puis, il y a, chaque année aussi, quelques surprises.
Il nous avait prévenu, Sean. Son palmarès sera loin des « effets de mode, pour couronner une œuvre indélébile ». Avec des gens comme
Rachid Bouchareb, le réalisateur d'
Indigènes, ou
Marjane Satrapi, auteur de
Persepolis, dans le jury, on se doutait que la politique allait faire son nid dans le creux des marches de Cannes. Ça n'a pas manqué.
Certes, il y a les immanquables, les grands classiques. Ils étaient peu nombreux cette année, pas de Kusturica, de
Ken Loach, de
Gus Van Sant ou d'Almodovar, mais quelques uns s'étaient quand même glissé dans le Palmarès.
Clint Eastwood, que certains imaginaient favoris, ou
Catherine Deneuve, sont tous les deux repartis avec un Prix spécial du jury. Après deux Palmes d'Or, les frères Dardenne ne sont pas partis les mains vides non plus, puisque le scénario de leur film
Le Silence de Lorna a été récompensé. L'histoire d'une jeune albanaise prête à tout pour pouvoir gagner sa vie en Belgique. Ce n'était que le début de ce Palmarès engagé.
Cinéma engagé
Vint ensuite le prix d'interprétation féminine remis par
Jean Reno à Sandra Corveloni pour son rôle dans
Linha de Passe de Walter Salles. Elle y joue une femme de ménage pauvre, enceinte de son 5e enfant, qui essaye de survivre tant bien que mal à Sao Paulo. Toujours aussi léger.
Chez les mecs, on félicite carrément un révolutionnaire : "le Che". Enfin, pas le vrai, mais celui interprété par
Benicio del Toro dans le film de
Steven Soderbergh. Un petit tour en Italie, aussi, pour récompenser
Il Divo, (Prix du Jury), sur Julio Andreotti, sept fois Président du Conseil italien. On s'attendait tout logiquement à ce que "Valse avec Bashir", film d'animation sur la guerre israélo-libanaise, reparte les bras chargés. Niet.
A la place, le geste fut encore plus fort : récompenser un film français. Pas
Un Conte de Noël de Desplechin, que tout le monde attendait, mais
Entre les murs de
Laurent Cantet, sur la vie d'une classe de collège difficile. Vingt-et-un ans qu'un frenchie n'avait pas brandi la Palme. Le dernier,
Maurice Pialat avec
Sous le soleil de Satan, l'avait reçu sous les huées du public. Hier soir, les 24 collégiens, pour qui c'était leur premier rôle, grimpaient sur la scène, engoncés dans leur costume, pour recevoir une standing ovation.
Sean Penn nous avait prévenu. Il allait oser. Et il vient de faire un geste que plus personne n'attendait pour prouver que le cinéma français n'est pas mort. Ci-dessous, la vidéo de la victoire française. Plus de vidéos issues de Cannes sur
sur le site intenet de Canal +.
Le palmarès complet :
Palme d'or :
Entre les murs de Laurent Cantet (France).
Grand prix du jury :
Gomorra de Matteo Garrone (Italie).
Palme d'or du court-métrage :
"Megatron" de Marian Crisan (Roumaine).
Caméra d'or
"Hunger" de Steve McQueen (Angleterre).
Prix spécial du 61ème festival de Cannes
Clint Eastwood et
Catherine Deneuve.
Prix de la mise en scène :
Nuri Bilge Ceylan pour "Les Trois Singes" (Turquie).
Prix d'interprétation féminine :
Sandra Corveloni pour "Linha de Passe" (Argentine).
Prix d'interprétation masculine :
Benicio Del Toro pour "Che" (USA).
Prix du scénario :
Jean-Pierre et Luc Dardenne pour "Le Silence de Lorna" (Belgique).
Prix du Jury :
"Il Divo" de Paolo Sorrentino (Italie).