Christine Kelly : "La télé ne me manque pas du tout"

Ozap : Vous avez dévoilé hier une grande campagne de prévention pour le virus de la grippe A. Comment s’organise ce dispositif mis en place avec le ministère de la Santé ?
Christine Kelly : Il y a trois spots radio de trente secondes et un spot télé d’une minute. Ce sont des spots qui ont été élaboré par le Ministère de la Santé et l’INPES. Le CSA est là pour faire l’intermédiaire entre les diffuseurs et le gouvernement. Moi, mon rôle est de définir le nombre de diffusions, d’évaluer, en fonction de l’actualité, quel est le nombre de diffusions le plus approprié pour faire une bonne campagne, sans être alarmiste tout en informant.
A quelle fréquence sera diffusée cette campagne ?
Il y aura quatre diffusions par jour à des heures de grande écoute dont deux diffusions au moins à proximité de rendez-vous d’information. A la télévision, ils seront diffusés sur les acteurs publics (France 2, France 3, France 5, RFO…), les acteurs privés (TF1, M6, Canal+, les chaînes de la TNT, les télévisions locales hertziennes) et à la radio, c’est Radio France qui est uniquement réquisitionnée. Mais le CSA demande aux autres radios privées, sur la base du volontariat, de bien vouloir diffuser ces spots. On regrette que, pendant la première campagne au mois de mai, seules cinq radios privées ont joué le jeu et on les félicite. Il y a eu RMC, BFM Radio, Radio Classique, Fun Radio et RTL2 mais il y en a plein d’autres qui n’ont pas joué le jeu. On espère que cette fois, ils vont vraiment s’y mettre parce que c’est pour le bien et la santé de tous.
« Je regrette que toutes les radios privées ne jouent pas le jeu en diffusant les messages »
Que vous répondent ces médias ? J’imagine que vous appelez ceux qui ont refusé de diffuser la première campagne…
Le mot « refus » est un peu fort. Ce n’est pas qu’ils ont refusé, ils ne s’y sont juste pas intéressés. On ne les appelle pas mais on les sollicite, à travers vous par exemple et à travers un mail que j’ai fait envoyer. Radio France, France Télévisions, TF1, Canal+, les chaînes de la TNT, c’est bien mais si, en plus, on a le soutien des radios privées, c’est encore mieux. Je l’ai déjà entendu sur RMC et BFM Radio ce matin mais j’aurais aimé que ça soit encore plus large.

Parce que ce n’est pas dans leur convention avec le CSA. On pourrait éventuellement penser à l’écrire dans leur convention, mais pour l’instant, ça ne l’est pas. Par rapport aux messages d’alerte sanitaire que nous avons déjà diffusés dans le passé, ce n’est pas très fréquent. La première alerte sanitaire que nous avons diffusée, c’était en août 1999 lors de l’éclipse solaire totale qui pouvait provoquer des lésions graves de la vue. Mais il faut savoir que chaque année, toutes les télévisions ont sous le coude des spots à diffuser ou sur la grippe aviaire, ou sur la canicule et après, avec le gouvernement, on décide de les diffuser ou pas.
Avez-vous pu mesurer l’impact de la dernière campagne sur la grippe diffusée au mois de mai ?
Oui, absolument. L’INPES a fait un sondage pour voir justement comment le spot a été apprécié. La population française a été bien exposée puisque 82% des 25-49 ans l’ont vu au moins une fois, et en moyenne six fois. 82% des plus de 15 ans l’ont vu au moins une fois, et en moyenne sept fois. D’une façon générale, ils ont estimé que le spot avait le bon ton et la bonne diffusion, et encore une fois pas anxiogène.
« Ça n'a pas l'air comme ça mais ça repose sur vos épaules et si dans une semaine, il y a vingt morts d'un coup, c'est un problème de conscience »
Si la pandémie s’étend, des cours seront diffusés à la télévision pour les enfants. Quel rôle jouera le CSA dans ce dispositif ?
A ce stade, le CSA n’a pas été associé à ces cours mais le Ministre de l’Education, Xavier Darcos, avait préparé les cours enregistrés au moment de la grippe aviaire. Ce sont des modules très courts qui ne pourront pas remplacer l’enseignement. Les enfants ne seront pas non plus toute la journée devant la télé. Mais le CSA n’a pas été associé, à ce stade, à ces cours. C’est vraiment quelque chose qui a été fait en amont. Peut-être qu’au moment de la diffusion, nous serons saisis pour un avis.
En tout cas, vous avez envie de les voir avant leur diffusion ?
(Rires) Absolument mais certainement au moment voulu. Peut-être que le moment n’est pas encore arrivé. C’est comme pour le spot de la grippe A : c’est à la dernière minute que nous sommes consultés, saisis.
On vous sent à chaque fois très impliquée dans les dossiers que vous défendez. Finalement, on a rarement autant parlé d’un membre du CSA depuis votre arrivée. Vous le vivez comment ?
Je ne m’en rends même pas compte ! Comment je vis ça ? En tout cas, je peux vous dire que je suis passionnée, j’adore ce que je fais. Je ne sais pas jusqu’à quand mais j’adore. C’est génial de pouvoir agir. C’est très différent de mon métier de journaliste où je transmettais l’information. En même temps, j’ai l’impression que c’est plus dangereux en fait parce qu’on se met en danger à chaque fois. Ne serait-ce que de prendre la décision sur la diffusion du spot de trois à quatre fois par jour, c’est une lourde décision. Ca n’a pas l’air comme ça mais ça repose sur vos épaules et si dans une semaine, il y a vingt morts d’un coup, c’est un problème de conscience. Est-ce que j’aurais pris la bonne décision d’avoir diffusé quatre spots et peut-être pas plus ? De ne pas avoir été plus dure, plus stricte ? De ne pas avoir demandé des spots plus musclés ? Donc voilà, c’est vrai que je suis dans un nouvel emploi où je dois prendre des décisions. C’est passionnant et à la fois, je me mets en danger.
Un de vos dossiers phares concerne également l’accessibilité des médias aux handicapés.
Il y a un chantier qui me passionne, c’est le sous-titrage pour les personnes handicapées. Il ya six millions de personnes, de sourds malentendants qui n’ont pas accès aux médias et qui sont coupées du monde. A partir du 1er janvier 2010, la loi demande aux grandes chaînes d'avoir 100% de leurs programmes sous-titrés, et 40% pour les chaînes de la TNT. 40%, parfois c'est trop lourd ou trop cher pour ces chaînes donc je suis en train d'élaborer une astuce. On va voir avec le Conseil et décider ensemble si BFM TV, i>Télé et LCI ne peuvent pas se répartir dans la journée des JT sous-titrés ou en langue des signes, afin que le sourd-malentendant puisse à tout moment être informé. Par exemple, ça pourrait être à 10h sur BFM TV, à 11h sur i>Télé et à midi sur LCI. Je réunis ces trois chaînes à la mi-septembre. Ce serait vraiment une première. Un tel système permettrait que ce ne soit pas une charge trop lourde pour les chaînes et en même temps, cela répondrait aux besoins des sourds et malentendants.
« Je ne sais pas comment je suis vue mais je sais juste que dans tout ce que je fais, je me suis toujours appliquée »

C’est vrai qu’il faut trouver ses marques, ses repères. Il faut apprendre à travailler dans une institution mais j’ai des principes, j’ai été nommée par le Président du Sénat, Gérard Larcher, pour accomplir une mission et ma mission, je l’accomplirai jusqu’au bout.
On vous regarde comment finalement au CSA ?
(Rires) A votre avis ?! Je ne sais pas... Je suis la plus jeune au CSA, peut-être que j’ai un profil un peu particulier. Je suis passionnée par ce que je fais, j’ai envie de bien faire ce que je fais. Je ne sais pas comment je suis vue mais je sais juste que dans tout ce que je fais, je me suis toujours appliquée. Mais j’ai plein de choses à apprendre et que j’apprends avec plaisir. Apprendre à jongler entre différents membres du Conseil, à travailler avec eux, à être diplomate etc.
Vous avez déjà réussi à faire plier M6 sur le dossier de la call-tv. Finalement, M6 a changé ses émissions du matin depuis hier. Vous avez regardé ces nouveaux programmes ? Ça vous satisfait ?
Bien sûr que j’ai regardé mais ce n’est pas moi qui ai réussi, tout s’est fait avec les membres du Conseil parce que les décisions sont prises de façon collégiale.
Vous avez quand même été très active sur ce dossier…
J’ai été très active sur ce dossier en effet et, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, j’ai été nommée par le Président du Sénat pour une mission et je tiens à accomplir ma mission.
Sur ce dossier en particulier, vous estimez que la mission est remplie ?
Il faut que je regarde tranquillement et on verra ça avec mon équipe et mon groupe de travail. C’est avec mes équipes qui regardent la télévision et qui me remontent les informations, qui me donnent un extrait à regarder. Et là, on regarde la loi, les textes, on regarde si la loi est respectée et, ensuite, en plénière, on décide. Donc là, je ne peux pas porter de jugement comme ça. J’ai beaucoup de respect pour M6, j’aime beaucoup cette chaîne et ses émissions.
J’imagine que pour Secret Story, vous attendez aussi la prochaine assemblée plénière pour faire un bilan sur ce qu’a fait TF1 après votre recommandation ?
Tout à fait. On a vu les améliorations qui ont été portées : le logo « déconseillé aux moins de dix ans », le carré noir et les bips qui ont été mis. Est-ce que ça correspond parfaitement à ce que veut le CSA ? Je ne peux pas me permettre de me prononcer comme ça. Il faut qu’on étudie avec les textes de loi, en groupe de travail puis en assemblée plénière puis on se positionne tous ensemble, toujours tous ensemble.
Avez-vous encore le temps d’écrire des livres ?
Ça me démange mais il y a tellement de travail au CSA que je me suis promise de me donner le temps de m’installer, de bien connaître mes dossiers donc ça ne sera pas pour tout de suite. Mais c’est sûr que je ne pourrai pas m’empêcher d’en écrire un quatrième.
Vous avez déjà le sujet ?
Non, pas encore. Mais je suis sollicitée par plusieurs éditeurs différents.
A vous entendre, en cette période de rentrée, vous n’avez pas un petit pincement au cœur en voyant les nouvelles émissions, le mercato… de ne pas y être ?
C’est marrant parce que hier soir, un ami m’a demandé si la télé ne me manquait pas. Même moi, je ne sais pas pourquoi la télé ne me manque pas mais alors là, pas du tout ! Il m’a dit « c’est juste parce que tu t’éclates » et je pense que c’est vrai. J’aime tellement ce que je fais que je ne pense pas à ce que je faisais avant, c’est fou. Et pour rien au monde, aujourd’hui, je n’aurais aimé faire partie du mercato. Je suis très bien dans mes fonctions, j’ai plein de défis à relever, j’ai plein de challenges et j’aime beaucoup.
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