Christophe Hondelatte : « C'est RTL qui a inventé l'intéractivité »
Là, il a la pêche. Et il a raison : aux commandes de RTL Matin depuis la rentrée, Christophe Hondelatte séduit et étonne. RTL semble avoir trouvé l'homme de ses nouveaux matins. Un animateur, une dose d'intéractivité et du débat, RTL dépoussière sa matinale sans tomber dans la facilité. Rencontre avec un journaliste comblé.
Je tiens mieux que je ne l’imaginais ! Je me suis très bien fait à ce rythme et j’y ai trouvé mon compte. Au niveau personnel, tout va bien.
Et au niveau professionnel ? Estimez-vous que cette matinale est désormais bien rôdée ?
Les premiers retours sont bons. On est arrivé à changer les choses sans les bouleverser, ce qui était notre volonté. Ce ne sont plus les mêmes présentateurs, ce n’est plus exactement le même rythme mais manifestement nos auditeurs n’ont pas l’impression d’avoir été bousculé dans leurs habitudes, c’est ça qui est intéressant. On sait qu’à la radio, il ne faut jamais bousculer les gens. Le matin, la radio est l’accompagnement de la vie quotidienne : les gens se préparent, s’habillent, se lavent, se rasent, vont au travail et il ne faut pas qu’on bouscule leurs habitudes.
Selon vous, qu’est-ce qu’il faut améliorer ?
L’objectif est d’être toujours plus réactif à l’actualité. C’est notre seul souci du premier au dernier jour. Sur la structure même, on n’a pas l’intention de toucher à quoi que ce soit, ça fonctionne telle que c’est là. On sent qu’on a le bon rythme au bon moment. Il n’y a aucune conversation en ce moment qui consiste à réfléchir à une évolution.
Comment s’est passé votre arrivée à ce poste. Avez-vous tout de suite accepté ?
J’avais eu la chance, en tant que présentateur, de ne faire que des tranches de la mi-journée ou du soir, que ce soit à France Inter, RTL ou France 2. L’idée de me lever tôt ne rentrait pas forcément dans mon programme pour les années à venir. J’ai eu pendant 15 jours un petit temps de réflexion où je me suis interrogé sur ma capacité à m’adapter à ce rythme de vie. Je sais maintenant depuis un mois que je me faisais une vie de me lever tôt alors que c’est franchement plutôt agréable, c’est un sentiment de prendre de l’avance sur les autres…
On vous annonçait un moment sur i>Télé pour la matinale. Clairement, si RTL ne vous avez pas proposé RTL Matin, vous seriez resté à la mi-journée ?
Oui. A aucun moment il n’a été question que je quitte RTL et il n’en est pas question du tout à moyen terme. Je redis que c’est l’endroit où je me sens le mieux et où je me suis senti le mieux de toute ma carrière. Il n’est pas question que je m’en aille ! Je pense être le matin au minimum pendant encore deux ou trois ans. C’est quand même le prime de la première radio généraliste de France. Quand on a la chance de se voir offrir cela, on s’accroche et on reste.
La nouvelle formule accorde une large place au débat et à l’interactivité. On ne peut pas s’empêcher de faire une analogie avec le succès de RMC et Bourdin and co. Vous vous en êtes inspirés ?
Pas du tout. Il ne faut pas mélanger les facteurs. « Bourdin and co » s’est inspiré des « Auditeurs ont la parole » que Jean-Jacques Bourdin a lui-même animé pendant 17 ans. RTL est la première radio en France à avoir donné la parole aux auditeurs librement. Elle ne le faisait pas le matin mais elle le fait une heure et demie aujourd’hui à la mi-journée. Si une station a inventé l’interactivité totale et libre, à la différence de l’interactivité de type « Le Téléphone sonne » de France Inter où l’auditeur est cantonné dans le questionnement et pas dans la réponse, c’est RTL. C’est bien RMC qui a étendu à toute sa grille de programmes le concept des « Auditeurs ont la parole ». Donc, on ne s’est absolument pas inspirés de RMC, on a simplement mis dans la matinale ce qui était le point fort de RTL depuis 25 ans, cette liberté d’expression des Auditeurs. On l’a mis sur une séquence qui est relativement courte, qui fait 15 minutes. On n’a pas du tout transformé notre matinale en quelque chose d’interactif du sol au plafond.
En quoi êtes-vous différent de RMC dans la façon de donner la parole aux gens ?
Je n’en sais strictement rien car je ne les écoute pas. Quand on donne la parole, on la donne, je ne vois pas en quoi c’est différent. Moi, j’ai toujours pensé que l’auditeur est plus intéressant quand il apporte un témoignage que quand il donne un avis. Là où l’auditeur est plus fort que les journalistes, que les chroniqueurs ou que les invités, c’est quand son expérience personnelle lui permet de mieux connaître le sujet. Il vaut mieux entendre dire qu’on est pour l’interdiction de la cigarette quand quelqu’un est fumeur : il a beaucoup plus de légitimité à le dire qu’un député qui le décrète comme ça dans l’absolu. C’est plus intéressant de parler du cancer avec quelqu’un qui en a un plutôt qu’un professeur de médecine qui n’en a pas. C’est au moins aussi intéressant. J’ai donc toujours plus valorisé à l’antenne les témoignages de vie des auditeurs qui illustrent l’actualité plutôt que l’opinion « café du commerce » de quelqu’un qui, dans sa voiture, a un avis sur tout.
C’est une grande mode l’interactivité en radio. Jean-Pierre Elkabbach parle à ce sujet de « démagogie dangereuse » : selon lui, le journaliste et l’auditeur doivent rester à leur place. Qu’en pensez-vous ?
Je pense qu’il a tort. Il a raison si l’idée est de déléguer complètement son antenne aux auditeurs et pour dire les choses clairement d’économiser des moyens de reportage au bénéfice de l’intervention des auditeurs. Nous, on a le même potentiel de reportages, on continue à avoir des chroniqueurs de référence comme Alain Duhamel, des intervieweurs de référence comme Jean-Michel Aphatie et nos spécialistes à l’antenne. Simplement, à un moment donné, on dit qu’il n’est pas idiot d’entendre le contre-champ des auditeurs qui nous écoutent pendant deux heures et demi. Je trouve qu’il n’est pas complètement illégitime quand on a une session d’info aussi longue que la nôtre (4h30-9h30) que les auditeurs surgissent à un moment donné pour dire comment ils ont ressenti les choses et ce qu’ils ont à dire sur l’actu. Ce serait démissionner de notre métier de journaliste si, de 6h du matin à 9h30, on ne prenait que des auditeurs à l’antenne. Je trouve même qu’il est très sain quand on a fait un travail à sens unique d’essayer d’avoir un peu le retour de ce qu’on a dit.
Cette interactivité répond-elle à une vraie demande ?
On le sent par les centaines voire parfois les milliers d’appels que l’on reçoit. C’est quand même intéressant de voir que quand on a Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy, on a fait 6 000 appels en un quart d’heure. C’est bien la preuve qu’il y a une demande des auditeurs de s’adresser directement à la radio et d’y exprimer leurs idées sans passer par le filtre des interviews et du montage. C’est aussi une manière de laisser aller la liberté. Quand on prend les auditeurs en direct, ils ont plus de liberté que quand on les interviewe dans la rue. Ils sont en direct et quand ils se lancent, c’est un vent de liberté. En général, les auditeurs sont soucieux envers les journalistes qu’ils qualifient de politiquement corrects : là, il n’y a pas de possibilité de censure.
L’adaptation en télé d’On refait le monde vous tenait à cœur. On vous annonçait le dimanche sur Canal+. C’est un projet toujours d’actualité ?
Maintenant, je ne cours plus du tout après ça. On refait le monde à la radio, c’était pour moi il y a trois ans donc j’ai tourné la page depuis longtemps. Entre temps, il y a eu le journal à France 2, j’ai repris les auditeurs et le journal à RTL et maintenant je fais la matinale donc je ne suis plus tout dans l’obsession de l’adaptation télé d’On refait le monde. Mais je me dis que c’est peut être parce que je ne pousse plus l’idée qu’à un moment donné, on me demandera de le faire. Entre temps, d’autres s’en sont emparés et l’ont très bien adapté : Samuel Etienne sur i>Télé qui à mon avis est l’adaptation la plus fidèle est excellent ; Pascale Clark aussi partiellement dans En aparté et LCI en fait aussi. Quelque part, la nouvelle émission de Guillaume Durand s’en inspire aussi ou encore ce que fait Laurent Ruquier le samedi soir avec ses débats très polémiques. Ce goût de la polémique a été repris par d’autres. Il fallait l’adapter à la télé il y a trois ans quand on en avait été les inventeurs. Maintenant, ça a été repris par tout le monde, passons à autre chose.
Au sujet de la télévision, vous avez déclaré récemment que vous seriez prêt à retourner présenter un journal télé si on vous le proposait… Vraiment ?
Oui, vraiment. Pas là maintenant tout de suite. Mais quand on est journaliste et animateur de télévision, on ne peut pas exclure qu’un jour on ait la possibilité ou l’envie de refaire ce type d’exercice. Mais dans l’immédiat, ce n’est pas du tout au programme.
Vous aviez pourtant l’air plutôt refroidi par l’expérience France 2….
Oui mais nous sommes des gens extrêmement compliqués donc on est à la fois refroidi et on a envie de recommencer. On ne ferait pas ce métier là si on n’avait pas envie d’aller de temps en temps prendre ces risques là. Et l’expérience m’a aguerri, solidifié donc il est possible qu’un jour j’ai envie de replonger dans ce type d’exercice. Je n’ai pas de contact, pas d’envie particulière pour l’instant mais dire que je l’ai complètement écarté serait mentir. Evidemment que j’ai envie de refaire quelque chose et d’aller au bout pour le coup, que ça ne s’arrête pas en plein milieu.
Au sujet de la formule du 13 heures de France 2 que vous avez créé, ce journal est désormais rattrapé en audience par le 12.50 de M6. Comment vous expliquez ça ?
C’est logique et inquiétant à la fois. Qu’un journal de 15 minutes en rattrape un qui fait 45 minutes, c’est inquiétant. Il va de soi que dans le journal d’Elise Lucet, il y a 10 fois plus de contenu que dans le journal de 12h50 de M6. A la rédaction de M6, il n’y a pas le dixième des journalistes de la rédaction de France 2. Ce n’est pas juste qu’une rédaction qui investit à ce point dans l’information se fasse doubler par une rédaction qui investit peu. C’est sans doute logique dans l’évolution actuelle de la société et de la télévision. Je trouve ça désespérant que des gens qui consacrent beaucoup de temps au contenu, qui réfléchissent longtemps, qui investissent beaucoup de moyens pour envoyer des équipes partout, se fassent doubler. Dans la nature des choses, le journal d’Elise Lucet devrait faire ses 25-30% de parts de marché. Il y a une injustice qui ne tient ni à Elise, ni à France 2 mais à une époque qui veut maintenant de l’info fast food. Ça ne cessera pas de me désespérer.
Vous dites que ça ne tient pas à Elise Lucet mais le présentateur compte beaucoup. Que pensez-vous du choix de Françoise Laborde pour la remplacer provisoirement : c’est une bonne personne pour cette formule ?
J’ai la faiblesse de penser que tout ça n’est pas qu’une affaire de présentateur et que ça compte moyennement. Pour avoir fait le journal télévisé, je pense que je pesais globalement moins dans l’animation du « 13 Heures » que je ne pèse aujourd’hui dans l’animation de la matinale de RTL parce qu’il y avait dix fois moins d’espace. J’étais beaucoup moins présent à la télé que je ne le suis à la radio. D’ailleurs, si on regarde finalement les audiences, de Daniel Bilalian à Elise Lucet en passant par moi et Benoit Duquesne, les audiences n’évoluent pas tellement. Quand je faisais le « 13 Heures », on tournait autour de 19%, Elise tourne autour de 20% et Daniel de 18%. Il n’y a pas eu de révolution.
La différence entre France 2 et RTL, c’est que vous ne présentez pas de journal. Ce n’est pas frustrant ?
Non car dans la matinale, le concept de journal a un peu perdu de son sens. C’est un grand journal qui dure 2h30, le journal ne s’arrête pas et je le présente d’une certaine manière. Quand j’interviewe des gens à 7h15, 8h15 ou 8h30, on est toujours dans l’exercice du journal.
Sur France 2, vous tournez à nouveau Faites entrer l’accusé. L’émission reste le dimanche soir ?
L’émission a déjà repris puisque France 2 a décidé de dissocier les rediffusions des inédits. Les rediffusions sont actuellement le dimanche après-midi à 15h40 : ça se passe très bien, on fait une audience assez formidable pour des rediffusions et on est très content car ça nous permet de toucher un nouveau public à la fois de gens très jeunes et de gens très âgés qui se couchent tôt et ne nous regardent pas à 23 heures. Ca va durer sans doute jusqu’à Noël. Ensuite, dès janvier, on sera en alternance avec la nouvelle émission de Laurent Delahousse, le dimanche soir sur France 2, avec une série de nouvelles émissions. On en tourne treize. Et on espère pouvoir revenir à l’antenne l’été prochain avec une version estivale comme on l’a fait pendant plusieurs années.
En prime-time cet été ?
En prime ou pas. J’ai toujours dit que je n’étais pas obsédé par le prime. Je pense que le fait divers n’est pas forcément une matière de prime-time : il met toujours en jeu des choses assez sombres de l’humanité et que ce n’est pas forcément adapté à l’heure du barbecue et du rosé.
Vous dites cela pour Au-delà du crime ?
Non, je l’ai même dit avant « Au delà du crime ». Une programmation à 20h50 signifie s’interdire de traiter certaines affaires. Notre matière est suffisamment sombre pour ne pas revendiquer les premières places en exposition.
« Au delà du crime » va-t-elle revenir sur France 2 ?
Je ne crois pas. Très clairement, il n’a jamais été question qu’Au delà du crime revienne. C’était une commande ancienne. Il avait fallu beaucoup de temps car les temps de fabrication des téléfilms sont longs. Il fallait honorer cette commande, j’ai fait le travail d’accompagnement mais je crois que ni dans l’esprit de la chaîne, ni dans mon esprit, il n’a été question d’une suite pour l’émission. On le savait avant de tourner le premier.
Vous avez d’autres projets télé ?
Même si ce n’est pas une invention télévisuelle, j’ai envie d’aller un peu plus loin dans un rôle de raconteur d’histoires, ce que fait très bien Pierre Bellemare aujourd’hui. J’aimerais bien marcher dans ses pas et raconter des histoires le plus simplement du monde face à la caméra. Je crois que je sais le faire et que j’aimerais le faire. C’est un projet que je développe en ce moment. Après, je reste très journaliste d’actualité dans la veine de ce que je fais le matin sur RTL donc je serais toujours partant pour des projets de débats, de polémiques etc.
Notamment en vue de la présidentielle peut être ?
Non parce que ça ne fera pas cette année. Les programmes sont gelés et les cases sont réparties.
Même sur des chaînes du câble et du satellite comme i>Télé ?
Etant animateur de France 2, je ne peux pas y aller !
Que pensez-vous justement de cette clause d’exclusivité exigée par Patrick de Carolis ?
Je la trouve légitime même si c’est emmerdant pour des bouffeurs de micro comme moi car on aimerait être à la fois sur le câble, sur le hertzien et à la radio pour avoir l’impression de remplir complètement notre vie. Mais je trouve complètement normal qu’une maison qui, quand même globalement, nous paie assez royalement, nous demande l’exclusivité totale. Je trouvais anormal que des gens qui sont animateurs-producteurs sur France 2 aillent encore plus arrondir les fins de mois sur le câble et le satellite. Maintenant, c’est vrai que ça m’a empêché de répondre à pas mal d’offres qu’on a pu me faire l’année dernière. Mais j’ai une émission qui marche bien sur France 2 depuis 8 ans donc pour moi, il n’y a pas eu de débat. Je trouve normal que France Télévisions demande la fidélité à ses animateurs et qu’elle leur interdise d’aller papillonner ailleurs.
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