Colombe Schneck : « France Inter me laisse faire ce que je veux »
Colombe Schneck
Depuis septembre, Colombe Schneck anime J’ai mes sources à 10h30 sur France Inter. A l’occasion d’une semaine spéciale consacrée à l’émission culte Apostrophes de Bernard Pivot, la spécialiste médias d’Inter passe par imédias.
J’ai toujours été fan d’Apostrophes. Quand j’étais petite, c’était le seul programme que j’avais le droit de regarder. Je n’en ai pas raté un pendant des années. Il y a un mois, l’INA m’a appelé car il sortait « les grands entretiens » qui revient sur les grands écrivains reçus par Bernard Pivot qui a, après plusieurs hésitations, accepté de venir à France Inter en parler.
Il ne vient pas pour une émission mais toute une semaine… A-t-il été difficile de le convaincre ?
Quand il est venu, l’émission s’est bien passée : il a raconté plein de choses. Et en sortant, il a continué de parler d’Apostrophes alors je lui ai proposé cette semaine spéciale. Il a longuement hésité et il a finalement donné son accord. J’en suis ravie.
De grands auteurs tous les matins à 10h30, ce n’est pas un peu audacieux…
Apostrophes, ce n’est pas la grande littérature, c’est ça qui est fantastique. Il y a eu plein d’émissions où c’était très drôle : en visionnant les archives, on peut voir qu’il avait par exemple reçu l’actrice Jane Fonda. On parlait d’amour, de sexe, d’argent. Il n’y avait pas de tabous et les questions étaient très directes. Ce n’est pas de la littérature avec un grand « L » : il avait le don de rendre le tout accessible même avec les plus grands écrivains et intellectuels. Avec lui, ça devient facile. C’est le plaisir de la lecture.
On n’a pas fait mieux depuis en matière de culture à la télé ?
Non. Il avait justement ce don de rendre les choses accessibles. Il n’hésitait pas à poser des questions qui paraissent anecdotiques à de grands auteurs. Personne n’avait interrogé les écrivains comme cela.
Vous présentez « J’ai mes sources » depuis la rentrée. Quel bilan faites-vous ?
C’est plutôt pas mal ! L’émission marche bien et je m’amuse beaucoup. C’est un vrai plaisir d’avoir une demi-heure chaque jour. Je fais ce que je veux
A la fin de l’année, des rumeurs annonçaient la suppression de votre émission, tout était faux ?
Oui, je crois. On m’a proposé de continuer la saison prochaine. Jean-Marc Morandini sortait ces chiffres à ce moment là, c’est de bonne guerre.
« J’ai mes sources » sera donc à l’antenne l’année prochaine ?
Oui. On m’a proposé de le faire. Frédéric Schlesinger, le patron de France Inter, m’a demandé quelles étaient mes conditions pour continuer l’année prochaine donc c’est plutôt bien parti.
Et quelles sont vos conditions ?
C’est de pouvoir continuer comme cette année : je veux garder la même équipe et qu’on me laisse ma liberté. J’aimerais aussi qu’on me donne un peu d’argent pour faire des émissions à l’étranger.
Vous proposez des émissions thématiques et non pas un magazine d’actualité sur les médias. C’est pour mieux vous démarquer de ce que fait Europe 1 à la même heure ?
On suit l’actualité. On a suivi par exemple au jour le jour toute la crise qui a touché Libération. On suit l’actualité mais ça n’a rien à voir avec ce que fait Jean-Marc Morandini : je serais incapable de faire son émission. Il vit par la télé et moi ça n’a rien à voir. Et puis, on parle aussi beaucoup de la presse écrite, la radio, l’internet. Chez nous, la télévision, ça ne veut pas dire grand chose : il y a une telle révolution numérique que toutes les questions autour des médias sont posées (les droits d’auteur, l’économie du cinéma et de l’édition, du livre, de la presse…).
Les thèmes de l’émission sont variés : ça va de Nouvelle star aux grands reporters en passant donc par Bernard Pivot. Quel est votre cahier des charges ?
Je n’en ai pas. Quand France Inter m’a contacté, on m’a demandé si j’étais intéressée pour faire une émission sur la télévision. J’ai dit non car pour moi, le mot « télévision » ne veut plus rien dire. Pour moi, la télévision est un écran que l’on retrouve aujourd’hui sur internet, dans lequel on peut revoir des émissions, où on a accès à la presse écrite et la radio. Donc, je ne voyais pas vraiment l’intérêt de faire cela.
Est-ce difficile de parler médias quand on est au sein d’un grand groupe ? Au début de la saison, certains critiquaient le fait que vous receviez les patrons des autres radios.
Je continue de le faire. La rédaction de France Inter était assez réticente quand j’ai reçu le patron de RTL ou de NRJ. Je trouvais ça assez étonnant car je suis journaliste et je suis l’actualité des médias dans toutes les radios. Je n’en avais par parlé à la direction de Radio France et ça s’est bien passé. Ils m’ont d’ailleurs défendu vis à vis de la rédaction.
Quand je bosse à Canal où je reçois en permanence des patrons d’autres chaînes, il n’y a pas de problèmes.
Un mot sur la campagne présidentielle : on critique beaucoup les médias en les accusant de partialité et de choisir à la place des électeurs. En tant qu’observatrice, qu’en pensez-vous ?
Je pense qu’il y a toujours des médias dans lesquels il y aura une autre vue. Effectivement, les grands médias vont parler des grands candidats mais il y d’autres moyens comme internet. Il y a une liberté de la presse qui est très grande : quand on a un appétit d’information, on arrivera toujours à trouver quelque chose. Il faut avoir cet appétit. Après, François Bayrou a une vraie stratégie de victimisation vis à vis des grands médias au début de l’année. Ça a fonctionné et il est maintenant invité sur TF1.
En décryptant les médias chaque matin, vous pensez aussi que votre rôle est d’éduquer un peu plus les gens pour mieux consommer l’info ?
Quand je travaillais à Arrêt sur images, il y a une vraie dimension pédagogique. Ce serait prétentieux de ma part de dire que je vais éduquer les gens. Je me pose beaucoup de questions et j’espère que l’émission apporte des réponses.
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