Coraline : Un conte fantastique-gothique à la beauté lugubre
Henri Selick, ami de Tim Burton avec lequel il partage les mêmes goûts, signe une perle noire de l'animation sur laquelle il a passé quatre ans. Le dernier maillon d'une longue chaîne d'adaptations, Coraline était au départ un conte pour enfant de Neil Gaiman (2003), puis un court-métrage, un spectacle de marionnettes et une comédie musicale. De plus, il ne dévie pas vraiment de son domaine de prédilection, l'animation confrontée à la réalité. Ces dernières années, il a réalisé deux films qui sont passés inaperçus, James et la pêche géante et Monkeybone, mais il vise juste avec Coraline et impressionnr par son utilisation habile de la technique stop-motion en 3D.
Utilisation brillante de l'artisanat et de la haute technologie
L'expressivité étonnante des personnages, avec des yeux cousus en boutons, les rend attrayants : ce sont des figurines en silicone, mousse de latex et résine montées sur des armatures métalliques très bien travaillées. Coraline, la gentille ado sympathique et débrouillarde, doit faire face à ses parents trop occupés dans le vrai monde, et la mère qui devient comme Cruella d'enfer dans l'autre monde. Tout comme la jeune fille délaissée dans le jardin secret, elle découvre un nouvel univers par une petite porte, un monde où tout est transfiguré.
Le tout reste un peu trop cliché et manichéen, puisqu'il met en évidence la famille américaine dysfonctionnelle, un thème déjà trop traité au cinéma. Cependant, l'aspect visuel superbe et spectaculaire (la maison de l'autre monde, qui ressemble au manoir hanté de La famille Addams) en fait une sorte de cauchemar merveilleux, dans lequel certains aimeraient vivre longtemps, sinon toujours. L'accord qu'elle conclut avec sa méchante mère fait penser à une scène du Labyrinthe avec David Bowie qui disparaît après avoir proposé un pacte diabolique.
Un film à plusieurs niveaux
Fourmillant de références psy (comme le tunnel utérin), [personnalite_ozap%]Coraline[/personnalite_ozap%] offre une interprétation à plusieurs niveaux qui séduit parents comme enfants et réalise un des plus grands fantasmes de l'enfance : changer de parents ! On peut voir [personnalite_ozap%]Coraline[/personnalite_ozap%] comme un film pour enfants, dont la noirceur étonne, et qui prend sa place à côté d'Alice au pays des merveilles et Le voyage de Chihiro.
Ce divertissement plein de magie transporte de surprise en surprise, en étonnant sans cesse. Les amateurs de « gothique acidulé », comme on le voit dans Beetlejuice et [film%]Les noces funèbres[/film%] de Tim Burton par exemple, où l'humour se mêle au macabre, reconnaîtront la réalisation la plus aboutie de Selick, quinze ans après [film%]L'étrange Noël de Mister Jack[/film%]. Attention, quelques scènes assez traumatisantes risquent de ne pas convenir aux moins de 8 ans, et le film ne se destine qu'aux enfants les plus téméraires !
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Bulletin du jeudi 13 mai 2010.
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