Mesrine : l'ennemi public N°1 : Un film virtuose et puissant, un Cassel bluffant
A la fin, il meurt. Et avant ? Avant, alors que Vincent Cassel prend ses neuf kilos de trop au fil des étapes de la vie du gangster, le personnage, lui aussi, s’épaissit, prend de l’ampleur, des formes, et occupe l’écran. Déjà impressionnant dans Mesrine : l'instinct de mort, Vincent Cassel est maintenant bluffant. Arriver à faire oublier une gueule si caractéristique n’est pas un travail aisé, et malgré tout, il y parvient grâce à la vision qu'il a développée du personnage, sous la caméra de Jean-François Richet.
Il bat sa femme mais fait des bons mots, torture un journaliste mais seulement parce que c’est un indic d’extrême droite, tue des gens mais reste la personnalité préférée des français à la fin des années 70. La personnalité et l’ennemi public, tous les deux numéros 1, sont parfaitement englobés dans les deux heures de film (et plus globalement les quatre heures de la saga Mesrine). Vincent Cassel a réussi son pari, rendre le personnage sympathique sans en faire un gentil, quitte à ce que le spectateur se sente coupable de la sympathie qu’il éprouve.
Film à l’américaine, et c’est un compliment
Un travail d’acteur, mais surtout une mise en scène virevoltante qui coupe le spectateur de sa réalité, un film à l’américaine. Car oui, Mesrine est un film à l’américaine, un film nerveux comme son personnage principal qui, malgré ses précautions, finira en martyr, créera la légende, une balle en pleine tête. Christique, presque irréel, suspendu au-dessus de la production française. Pour une fois, le terme « à l’américaine » est un compliment. Marre des « pans t’es mort », sous la pluie, dans un Paris en noir et blanc qui sonne aussi vrai que celui du Parc Astérix.
Ici, Mesrine se consomme, enrobé de violons épais mais pas baveux, un film puissant au montage frénétique qui ne laisse pas une seconde de répit au spectateur. Et notre auteur, à la française, censé faire notre spécificité ? Il est là, lui aussi, bien présent, en toile de fond. Œuvre à l’américaine sans jouer la superproduction, l’apparition d’une icône filmée avec réalisme, un méchant gentil (ou un gentil méchant) le dosage est bon, le travail d’orfèvre d’une production qui a voulu réunir, dans le même film, le talent d’ici et de là-bas.
Mesrine, c’est un peu comme si un grand chef avait réussi l’alliance du saumon truffé et du hamburger pour en faire un mets fin et puissant, qui calle le grand public et sait ravir la critique gastronomique.
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