Emma Daumas : "Ca fait bien longtemps que je ne regarde plus la Star Ac"

« J'étais dans la revendication »
Ozap : Pourquoi "Le Chemin de la maison" ?
Emma Daumas : Pour moi, c'est un album de retour aux sources, qui a été fait très différemment des deux premiers. Je me suis vraiment posée avant de le faire, et en le faisant, puisqu'on a mis plus d'un an à l'écrire et à l'enregistrer. J'ai voulu prendre mon temps pour faire un travail personnel et revenir à des choses plus vraies, épurer un peu ce que j'avais pu vivre pendant ces quatre années de tourbillon après la sortie de la Star Ac. C'est un retour à moi, à mes influences personnelles, pas uniquement musicales... je suis sur le chemin de la maison.
L'album marque une vraie rupture, dans les thèmes, les sonorités et même la façon de chanter. C'était un choix dès le début de tout laisser derrière ?
Oui, j'avais décidé que cet album serait différent, parce que je ne me reconnaissais plus dans les valeurs que j'avais pu défendre jusqu'à maintenant. Sur les deux premiers albums, j'étais dans la revendication, dans une période un peu rebelle contre un système qui m'avait collée une étiquette dans laquelle je ne me reconnaissais pas vraiment. Du coup, j'avais besoin de grossir un peu le trait pour essayer de me débarrasser de ce boulet un peu lourd. En plus, j'étais très jeune.
« La fin d'exploitation du deuxième album a été assez compliquée »
Qu'est-ce qui était le plus dur ?
En fait, on nous demandait d'avoir une identité, alors que j'étais justement en plein quête d'identité. Il fallait affirmer quelque chose, alors que ce n'était pas évident dans ce contexte-là. Je sentais que je me perdais un peu... la fin d'exploitation du deuxième album a été assez compliquée parce qu'il n'a pas vraiment marché et que la tournée a été annulée suite à des problèmes avec le tourneur. Bref, j'ai eu beaucoup de galères, j'ai dû sortir un peu les rames. C'est une époque où je me suis aussi séparée de mon manager, j'ai commencé à m'occuper de ma carrière toute seule parce que j'avais besoin de renouer avec la réalité. Et puis à côté de tout ça, j'ai vécu des expériences personnelles qui m'ont fait sentir que j'avais besoin de me retrouver. Donc j'ai effectivement commencé cet album en essayant de trouver une identité sonore différente.
C'est un album aux thèmes et aux sons très variés, et pourtant il y a une vraie cohésion...
C'est vrai, on a été très vigilants avec l'équipe d'ailleurs, parce que j'avais des envies très différentes. Mais il y avait une ligne directrice, qui était de faire un album pop, assez lumineux, assez ensoleillé. En même temps, j'ai toujours un peu de mélancolie en moi, j'ai beaucoup d'influences, j'ai besoin de m'épanouir dans beaucoup de styles différents. J'ai toujours été une éponge, je suis une femme multiple, comme beaucoup de gens le sont. La société veut souvent nous enfermer dans des cases, mais je suis contre ça. J'avais envie de faire un album varié...
« Je ne me reconnais pas dans la variété française »
C'est un album de variété ?
Non, je ne le qualifierais pas de variété, parce que je ne me reconnais pas dans la variété française actuelle. Je dirais plutôt que c'est un album pop, parce que populaire et accessible à tous. Et pour ce qui est de la cohésion, tout est dans le travail sur le son et le mix.
Y a-t-il des moments où tu as essayé des choses qui n'allaient pas avec le reste de l'album ?
Oui, bien sûr. A un moment, il y avait une chanson un peu plus hip-hop, sur laquelle j'avais même fait un featuring avec un rappeur inconnu... mais finalement elle n'allait pas dans l'album. Peut-être pour la prochaine fois !
Une carrière internationale ?
Tu as enregistré deux titres en anglais... avec l'idée peut-être de t'exporter ?
Oh oui, complètement, c'est pour ma carrière internationale !! (rires)
Ta maison de disques Polydor s'est un peu spécialisée là-dedans, avec des artistes signés en France qui cartonnent à l'étranger, comme Ayo, Feist, Micky Green...
C'est vrai, mais elles sont anglo-saxonnes. Moi, je ne l'ai pas fait pour ça. L'anglais est une langue que j'aime, ma mère était prof d'anglais. En plus, c'est une langue très ronde, qui va très bien à la musique, et qui permet d'exprimer des choses différentes, qui passent mieux qu'en français. Par exemple, sur "No Matter If You Don't", je ne voyais pas comment expliquer que j'allais entrer dans les rêves de mon amoureux, m'y balader et voir des arcs-en-ciel et des hirondelles qui chantent. Je trouvais que ça avait plus de sens en anglais.
Mais ça ne te dérangerait pas de marcher à l'étranger ?
Non, c'est sûr ! Si ça pouvait me faire voyager, ce serait cool !
Est-ce que tu crois qu'en tant qu'artiste, c'est l'un des derniers recours pour continuer à vendre des disques ?
Si c'était le cas, je trouve que la France s'y prend un peu mal, puisqu'on nous interdit encore de sortir des singles en anglais ! Je ne pense pas que ce soit comme ça qu'on puisse pallier à la crise en France, mais je sais que de plus en plus d'artistes français veulent défendre l'anglais, et on voit que ça prend sur le web, avec des groupes comme Cocoon ou The Do. En même temps, quand on voit qu'Alizée cartonne au Mexique en français, ou que Yelle cartonne aux Etats-Unis, en français... ce n'est pas forcément nécessaire.
« Les Français sont en train de prendre le pouvoir »

Honnêtement, ça ne m'inspire rien de mauvais... on n'y peut rien ! Les gens n'ont jamais écouté autant de musique qu'en ce moment, ça a démocratisé la musique, et ce que je trouve très bien là-dedans, avec MySpace, avec le piratage, c'est que les Français sont en train de se faire une culture musicale, et de prendre le pouvoir. Ils ne veulent plus se laisser imposer des formats, et c'est très bien, parce que pour les artistes c'était l'enfer. Je n'en dépeins pas un tableau aussi noir que ça, car je ne suis pas au coeur des enjeux économiques, mais c'est vrai qu'on vend moins de disques, on se fait moins d'argent et c'est plus dur de payer le loyer tous les mois, même pour des artistes comme moi. Maintenant, je ne fais pas ce métier pour m'acheter une maison à 3 millions de dollars, je n'en ai rien à faire...
« Ca fait longtemps que je ne regarde plus la Star Ac »
Il n'y a pas que les ventes de disques qui sont en chute, il y a aussi les audiences de la Star Ac. Le format est-il en fin de vie ?
Je pense, oui. De toute façon, ça fait longtemps que je ne la regarde plus. J'essaie un peu tous les ans, parce qu'il y a un peu de nostalgie, mais cette année il n'y a même plus le chateau, donc c'est plus pareil. A part Armande qui est revenue, et que j'adore, tout ce qui pouvait me lier affectivement à ce projet n'est plus là depuis bien longtemps.
Et c'est plutôt une bonne ou une mauvaise chose que ce programme arrive à sa fin ?
On est arrivé au bout des limites d'un système je crois. Je n'ai rien contre les télé-crochets, je trouve que Nouvelle Star, c'est vachement bien, et je pense que ça va continuer à fonctionner. On y voit des vrais performers, des gens qui ont un vrai univers, et qui ne sont pas fabriqués par la production.
« J'assume mon parcours, je le trouve formidable »
En revanche, ça ne te pose pas problème d'aller chanter sur le plateau de la Star Ac ?
Non, j'y suis allée l'année dernière d'ailleurs et ça s'est bien passé. Ca ne me dérange pas. Je n'ai plus aucun problème avec ça, je ne suis plus en revendication contre cette image, parce que je ne suis plus paumée, je sais qui je suis et où je veux aller. Donc si je peux m'en servir pour ce que c'est, c'est-à-dire un outil de communication, je ne vois pas pourquoi je m'en priverais ! J'assume mon parcours, je le trouve formidable, je suis ravi d'avoir vécu tout ce que j'ai vécu et j'ai beaucoup de chance.
Et ce n'est pas un peu frustrant de rester, malgré tout, étiquetée Star Ac ?
Tout ce que je sais, c'est que j'ai pu faire un album avec Mickaël Furnon, Peter Von Poehl, Spleen, qui n'ont aucun lien avec tout ça et qui ont accepté de participer à l'aventure. Et c'est la seule chose que je demande !
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