Envoyé Spécial : le modèle Star Ac'
Hier soir Envoyé spécial consacrait un reportage à la « discrimination positive à la française ». Décryptage avec Sophie Pène, Professeur en Sciences de l'Information et de la Communication. Université René Descartes Paris 5.
Depuis plusieurs saisons, la Nouvelle Star nous montre un processus d'éducation réussi. Il faut sélectionner. Des centaines de candidats et peu d'élus. Des humiliations, des refus, des paroles directes « S'il te plaît, arrête de chanter ! Fais autre chose, tout de suite ». Les candidats refusés s'effondrent. Qui imagine un jury d'enseignants de philosophie osant dire à un candidat peu doué : « S'il te plaît, Kant, laisse tomber ! Va faire des pizzas ! » ? Ce soir, la boucle est bouclée. Nous avions appris par la Star Ac' comment former nos jeunes, à la dure, en fonction de la « motivation », sous le fer d'un entraînement brutal, et grâce au flair de détecteurs de talents tels que Raffie ou Pascal Nègre. Aujourd'hui, la télé revient vers l'école ordinaire. Ordinaire ? Pas tout à fait. Avec Richard Descoings dans le rôle de Marianne James. Envoyé Spécial s'engage. Par des portraits de jeunes qui ont passé le filtre de la « discrimination positive à la française », on nous montre comment une école, pardon, une Grande Ecole, peut s'enrichir de profils exotiques.
Nous voici en Moselle, avec Aurélie. La grand-mère, ex-première du Certificat d'études, nous raconte comment elle en veut encore, 50 ans plus tard, à ses parents : « S'ils m'avaient laissé aller à Sarreguemines ! J'aurais été institutrice ! » Pour sa petite fille, le tour est joué. Richard est passé par là. La voici Parisienne, étudiante à Sciences Po. Djallal, qui aura appris en examen blanc à ne pas dire face au jury : « On prend les gars des banlieues pour des cons » sera sélectionné lui aussi et aura sa chance. Azouz Begag, dans le rôle du Producteur, donne les règles : « T'es riche, t'as un réseau. Un stage ? Pas de problème ! C'est un coup de fil ». Il mime la bataille avec ses deux poings , signe des carnets, et tend sa joue pour la petite bise au politique. C'est un ministre. Drôle de façon de défendre la loi sur l'égalité des chances.
Finaliste, Salem fait sa valise, il part pour Seattle. Il nous livre ses appréhensions « ça fait peur, c'est un pays qu'on ne connaît pas très bien. On m'a dit de me méfier des filles. » La caméra le montre, quelques semaines plus tard, à l'aise au consulat de Seattle, « représentant la France », fier du drapeau bleu blanc rouge de sa carte de visite. Ridicules, ces jeunes ? Sûrement pas. Le problème naît du format télévisuel. Il donne au « roman de formation » le gabarit de la fabrication de l'artiste, tel que l'a défini la baguette d'Alexia de la Roche-Joubert pour la Star Ac'. Ces jeunes adultes ne nous sont pas montrés en bibliothèque, travaillant ou discutant avec leurs pairs de questions de géopolitique. Passer un concours, profiter de l'ascenseur social, c'est entrer dans la vie d'artiste, telle que la télé en définit le protocole. Les passages obligés de la « Naissance de l'artiste », le Jury, le retour dans la famille, l'angoisse de la métamorphose nous sont infligés. Alors, on fait quoi ? On se met au boulot sérieusement ou on espère qu'Envoyé Spécial nous sélectionne ?
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