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00H20 Le 07/02/07 News 0
Eric-Emmanuel Schmitt : « J’ai fait le film que je voulais »

Eric-Emmanuel Schmitt : « J’ai fait le film que je voulais »


Eric-Emmanuel Schmitt sur le tournage de "Odette Toulemonde".
Eric-Emmanuel Schmitt sur le tournage de "Odette Toulemonde".

L’écrivain et dramaturge Eric-Emmanuel Schmitt fait ses débuts derrière la caméra avec l’adaptation d’une de ses nouvelles, Odette Toulemonde, une comédie surréaliste avec Catherine Frot et Albert Dupontel en têtes d’affiches. Rencontre avec un cinéaste plein de rêves et d’envie.

Pourquoi avoir choisi de vous lancer dans le cinéma avec Odette Toulemonde, alors que vous avez toujours refusé de mettre en scène vos pièces de théâtre et adapter sur grand écran vos romans ?
J’ai écrit cette histoire directement pour l’écran, ce qui était une première, sans songer vraiment que j’allais la réaliser. Le producteur Gaspard de Chavagnac a commencé à faire circuler le texte auprès de metteurs en scène, qui se sont tous montrés intéressés. Mais chacun réduisait le film à une de ses dimensions : l’un voyait une comédie sociale, l’autre voyait une comédie sentimentale, un autre une comédie comique et même encore un autre une comédie musicale. Et j’ai dit <>. Et c’est là qu’est née l’idée de le réaliser moi-même.
J’étais persuadé que ça ne se ferait jamais. Et malheureusement (!), tout d’un coup c’est devenu concret. On m’a dit <>. Donc là, il y a eu un travail intense pour me transformer en réalisateur.

Est-ce que le travail de réalisateur a été dur au début ?
Je dirais au début, pendant et après ! (rires). Le cinéma n’est pas du tout un genre qui m’est inconnu car je suis cinéphage depuis toujours et je crois que même avant d’écrire, j’ai voulu réaliser. Petit, quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais <>. Donc j’avais envie de faire bouger des images sur un écran. Mais le premier médium que l’on arrive à contrôler, par lequel on arrive à s’exprimer, c’est le langage. Et comme j’avais de l’aisance dans le langage, je me suis d’abord exprimé par l’écrit, au théâtre et ensuite dans le roman. Et le cinéma continuait à m’attirer mais me faisait terriblement peur, d’autant plus que je n’avais pas fait d’école de cinéma. Avec mon esprit de bon élève, je pensais que c’était trop tard ! Donc j’ai travaillé comme un autodidacte. Et puis surtout, on m’a aidé. J’ai une équipe technique qui m’a aidé à préparer le film pendant trois ou quatre mois. Progressivement, je me rendais compte qu’on trouvait un mode de communication : moi je leur expliquais les choses de manière littéraire, poétique, et eux les transcrivaient de manière technique.

C’était la première fois que vous travailliez en équipe sur un projet ?
Oui, d’ailleurs au début j’étais grisé. Je me disais que c’était extraordinaire de créer à plusieurs. Je me rendais compte que je venais de passer quinze ans dans une solitude terrible, celle de l’écrivain à sa table.
Tout à coup non seulement j’étais avec les autres, mais j’avais le talent des autres qui s’ajoutait au mien pour raconter mon histoire. J’étais complètement enivré par ça. Et puis j’ai eu une nouvelle décharge d’adrénaline quand les acteurs sont arrivés sur le plateau. J’avais le bonheur de créer avec eux des personnages dans la chair, dans l’émotion… Mais très franchement, une fois que j’étais à ma table de montage, j’étais assez content de me dire que je pourrais retourner sur une autre table, la mienne, avec du papier et un crayon, et que je pourrais quand même faire des choses tout seul dans ma vie. Donc à la fois j’ai mesuré ma solitude d’écrivain, et en même temps j’étais content de la retrouver à l’issue du film.

En mettant en images votre histoire, est-ce que vous n’avez pas eu peur de frustrer l’imaginaire de vos lecteurs ?
Ca a été mon grand souci. Ce que je reproche souvent au cinéma, c’est non pas de susciter l’imaginaire comme les livres, mais de remplir l’imaginaire et au fond de l’anéantir en infiltrant des images dans le cerveau et en empêchant de rêver. Donc j’ai abordé cette expérience de cinéma en me disant <>, c'est-à-dire de susciter l’imagination. C’est pour ça que le film n’est pas réaliste, même s’il raconte une histoire de base réaliste.

Le film propose un parallèle entre Paris et la province. N’avez-vous pas eu peur de tomber dans les stéréotypes ?
En tous cas, j’aurais été sincère dans les stéréotypes, puisque c’est ce que je pense moi-même ! J’adore Paris, mais je déteste l’illusion qu’ont les Parisiens d’être au centre du monde et au centre de tout. C’est plutôt de cette prétention dont je parle. Dès qu’on dit qu’on n’habite pas à Paris, les gens vous demandent : <>. Alors que quand vous habitez à Paris, personne ne vous le demande ! Je trouve ça hallucinant. Ce n’est pas tant Paris, qui est une ville magique et séduisante, mais la mythologie que s’invente le Parisien pour supporter de vivre dans 25 mètres carré, qui m’amuse.

Pourquoi avoir ajouté le personnage de Jésus, non présent dans le récit original, dans le film ?
Au départ, je voulais faire passer ce personnage pour le concierge de l’immeuble. Et puis progressivement, on découvre qu’il est autre chose et que seul peut-être Odette le voit. En fait c’est l’incarnation de la générosité d’Odette. Qu’on croit ou non en Jésus, c’est une figure de la générosité, de l’altruisme et du sacrifice. Or il y a cette dimension là dans le personnage d’Odette. Je ne voulais pas le dire de façon banal. Et puis c’était aussi une manière de se servir de la caméra d’une façon libre, c'est-à-dire en n’étant pas emprisonné dans le réalisme. Je préfère le réalisme magique au réalisme.

Que vous a apporté votre expérience d’écrivain dans votre travail de réalisateur ?
Ca m’a apporté de la liberté : celle de filmer des images ou des métaphores qui me seraient venues sous la plume. Odette se dilate de bonheur, elle s’envole. Normalement un cinéaste ne filme pas ça ! Pour moi, ça me paraissait logique.
Beaucoup de gens s’amusent de la liberté et de l’insolence du film.

Pour un premier film, travailler avec des acteurs comme Catherine Frot et Albert Dupontel, ça doit être un bonheur non ?
Oui, j’ai beaucoup de chance.

Vous aviez écrit cette histoire pour eux ?
Non, et c’est un hommage que je dois rendre à leurs talents. Comme tout ce que j’ai écrit, je l’ai fait en pensant à mes personnages. C’est là où on se rend compte qu’il sont encore plus formidables qu’on ne le pense, car ça a l’air totalement écrit pour eux, surtout pour Catherine Frot qui est hallucinante dans ce rôle. C’est ce que je lui ai dit, <>. Elle sait faire vivre un personnage à la fois aussi discret et extraordinaire, aussi simple et magique. Elle est capable d’incarner toutes les tensions, à la fois une femme légèrement frustrée et une femme qui a tout d’un coup une sensualité gracieuse.

Et pour Dupontel ?
Dupontel est un de mes grandes passions de spectateur. Je trouve que c’est un acteur qui se renouvelle dans chaque rôle, qui va dans des univers très différents et qui a lui-même son propre univers dans ses films. Il est venu dans mon film car il adorait le scénario et qu’il le trouvait visuel, ce qui le surprenait de la part d’un écrivain. Il avait lu tous mes livres, donc lui, il me connaissait très bien. Ce rôle l’emmenait dans des zones où un acteur mâle n’aime pas trop aller, c'est-à-dire les larmes, une certaine candeur, une innocence blessée, une faiblesse assumée… Il m’a donné tout ça avec simplicité et générosité.
Ce qui me faisait le plus peur sur le tournage, c’était le travail avec les acteurs. Finalement, c’est ce qui a été le plus heureux.

Quand vous regardez votre premier film, quel sentiment vous avez ?
(rires) Je n’ai aucun recul ! Mais j’ai fait le film que je voulais.

Vous avez d’autres projets au cinéma ?
J’aimerais continuer, parce que j’ai pris goût à l’aventure humaine d’un film et à sa fabrication. On me propose de continuer, mais c’est moi qui veux écrire un livre avant.

  • Retrouvez la critique du film en cliquant ici


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