Etreintes brisees : Almodovar bégaye et fait du cinéma sur son cinéma
Imaginez Pedro Almodovar, entouré de ses acteurs fétiches, souriant aux photographes avant de dire, froidement « J’arrête le cinéma. Un dernier film, et c’est fini ». Avant de se consacrer à la photo, au roman, au porno où à la construction de bateaux du XVIe sicèle en allumettes, Almodovar pourrait alors tourner Etreintes brisées, sorte de film testament réunissant en une heure trente tous les thèmes du réalisateur, des plus importants (le double, l’identité sexuelle, les talons) aux plus mineurs (les boucles d’oreille, le gazpacho, le réalisateur handicapé, etc.).
Beau film... Mais mineur dans la filmographie d’Almodovar
Malheureusement, à reprendre tout ce qui a fait son succès, Almodovar se laisse gentiment glisser sur la pente (savonneuse) du talent sans chercher à rebondir au bout. Il baigne dans son propre style, se roule dans ses thèmes déjà explorés et oublie de réveiller le spectateur, comme il l’avait si bien fait avec son précédent film, Volver.
En baignant toute son histoire de références (nombreuses) des films noirs des années 50, il tente ici son ultime pari, faire le film qu’il a toujours admiré chez les autres, avec Penelope Cruz en Linda Darnell des temps modernes. Il s’était déjà essayé au genre avec En Chair et en os, et, en plus décalé, Matador, mais voilà enfin l’œuvre maîtresse censée clore la trilogie. Alors le style est là, la maîtrise certaine, le casting élégant et talentueux, mais la claque n’est pas au rendez-vous. Une belle pichnette là où on attendait un bon coup dans la gueule.
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