Festival de Cannes 2009 : on fait le bilan
Quel qu'ait été leur choix, Isabelle Huppert et son jury auraient eu à essuyer les critiques. A moins de surprendre vraiment tout le monde en allant chercher une Palme là où personne ne l’attendait, Le ruban blanc et Un Prophète étaient les deux seuls prétendants sérieux à la Palme. Pour le premier, on reproche forcément à Isabelle Huppert le copinage, le retour de manivelle envers Haneke qui lui avait offert un superbe rôle dans La Pianiste. Pour le second, on aurait vu une française remettre à un français la Palme un an après une récompense tricolore.
Quitte à essuyer les critiques, Hupert a donc décidé de couronner Le Ruban blanc, chronique en noir et blanc d’un village allemand au début du XXe siècle. Classique, politique, beau et ennuyeux, le film avait tout pour repartir palmé. Belle consolation pour Jacques Audiard, qui descend quant à lui les marches avec le Grand Prix du jury. [lirelasuite]
Un homme et une femme
Sans grand surprise, Charlotte Gainsbourg a reçu le prix d’interprétation féminine. Son film, Antichrist, avait été décrié, hué, avait provoqué des évanouissements, mais les journalistes avaient rapidement retourné leur veste, finissant par reconnaître sa prestation exceptionnelle (et sans grande concurrence à part l’héroïne de Fish Tank). Le film se fait aussi un petit coup de pub supplémentaire grâce à son « anti Palme », décernée par le prix du jury œcuménique, qui juge le film contraire aux valeurs des religions. Il faut espérer que Lars Von Trier les appellera pour les remercier pour la com’.
Plus surprenant, Christoph Waltz a remporté le prix masculin pour son interprétation dans Inglourious Basterds. Là où tout le monde attendait Tahar Rahim, jeune révélation d’Un prophète, c’est donc le méchant de Tarantino qui a réussi à occulter les huit héros de son film (Brad Pitt en tête) en interprétant un nazi chasseur de juifs élégant et polyglotte.
Les surprises du Festival
Si le Prix du jury, remis ex-aequo à Fish Tank et Thirst, ceci est mon sang, deux films diamétralement opposés (un drame urbain et social et un film déjanté de vampires), ne surprend personne en dehors du fait qu’ils aient été incapables de trancher, le reste du Palmarès ressemble à un épisode de La Petite Maison dans la prairie, épisode « tout le monde il est gentil ». C’est donc Nuits d'ivresse printanière qui repart avec le Scénario. Le film semblait pourtant plus politique qu’autre chose, et son histoire un peu faiblarde en avait laissé plus d’un sur le côté.
Chouchou de Cannes où il revient pour la deuxième fois (et de Télérama, le seul journal français à le défendre becs et ongles), Brillante Mendoza empoche le prix de la Mise en scène pour Kinatay. Là où Gaspard Noé, même avec un film bourré de défauts, avait su réaliser des prouesses techniques surprenantes, là où Johnny To, même avec Johnny Hallyday, avait réussi à signer de superbes ambiances, le jury leur a donc préféré une soi-disant descente aux enfers aussi passionnante que la descente chez la voisine du dessous.
Et pour Papy Resnais, hip hip, une Palme
Enfin, décerné comme un César d’honneur (qui préfigure généralement une annonce mortuaire), le « Prix exceptionnel du Jury » (qu’on peut aussi appeler le prix « vite une récompense, ça sent le sapin ») revient à Alain Resnais.
Un palmarès qui pense bien à arroser toutes les grandes pointures (sauf Almodovar, qui ne méritait de toute façon pas grand chose avec son dernier film) et multiplie les prix (un ex-aequo et un prix exceptionnel) pour n’oublier personne. Alors soyons beaux joueurs, ne voyons pas de copinage là où le jury récompense un film qui partait de toute façon favori. 2009 est un cru équilibré, sans immense surprise. Sans réelle originalité non plus.
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