Non ma fille, tu n'iras pas danser : Oui ma fille, tu vas t'ennuyer
Après La Trilogie de l'hiver, Christophe Honoré a voulu tourner en Bretagne, sa région natale, pour orchestrer un drame familial autour de Chiara Mastroianni qui, cette fois-ci, porte littéralement le film. Après le décevant La Belle personne, on pouvait espérer un rebond, un nouveau Dans Paris sans Louis Garrel, peu importe, tout sauf un film encore plus ennuyeux que sa très libre adaptation de La Princesse de Clèves.
Comme dirait Gaspard Noé, « Et soudain, le vide ».
Passé trente bonnes minutes, on assiste à une succession de pleurs, doutes, élans de tendresse puis de désespoir d'une femme complètement perdue. Si on ne misait pas sur une histoire aussi mince et des plans que l'on oublie passé vingt-quatre heures, il n'y aurait pas de problème. Or, on voit que le réalisateur se fait plaisir, avec notamment quinze minutes d'évasion dans la Bretagne du 19ème siècle qui ne nous apprend rien sur le personnage de Léna et n'apporte aucune émotion.
On est vite fait touché par une scène de Marina Foïs, en train de constater l'inéluctable avancée de sa grossesse tout en fumant compulsivement une cigarette non autorisée lors d'un voyage en TGV. On appréciera les bons mots et notre Louis Garrel (habillé en mode plouc pour changer, mais faisant toujours mouche) s'immisçant dans un repas de famille improvisé. Et puis on poussera de longs soupirs, en attendant la fin. La fin, oui, est belle. Mais elle ne sauve pas un film qui tente de nous exposer le concept de liberté avec un scénario aussi mince et une réalisation sans grand intérêt. On est loin de l'esthétique des Chansons d'amour.
La recette Honoré qui passe mal
Le problème, c'est que ce qu'on adore dans les films précédents d'Honoré, on ne peut plus le supporter dans un film comme Non ma fille, tu n'iras pas danser : ces personnages qui débitent un texte châtié voire ampoulé le plus naturellement du monde, comme si la vraie vie était ainsi, avec des mimiques théâtrales dans un cadre aussi prosaïque qu'une salle de bain ou une grange. Cette fois, c'est l'acteur Julien Honoré, frère du réalisateur, qui s'y essaye, le pauvre.
Un film qui nous fait très fortement penser au drame familial choral de Desplechin, Un Conte de Noël, tourné à Roubaix. Honoré reste toutefois loin, très loin de son aîné de dix ans, qui a lui aussi su mettre en valeur Chiara avec davantage de succès.
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