Rentrée TV : Interview du directeur des programmes de France 3
France Télévisions présente aujourd'hui à la presse son offre de programmes pour la saison 2008-2009. En avant-première, Vincent Meslet, le directeur des programmes de France 3 dévoile les principales nouveautés de sa grille et revient sur les conséquences de la suppression de la pub sur son antenne.
Ozap : Depuis la début de l'année, France 3 est l'une des chaînes "historiques" à avoir le mieux résisté face à la montée en puissance des nouvelles chaînes de la TNT ? Comment l'expliquez-vous ?
Vincent Meslet : C'est un bon dosage entre le renouvellement de nos œuvres, notamment dans le domaine de la fiction, et la pérennité de notre grille. Je pense que les chaînes généralistes ne peuvent résister qu'avec ce bon équilibre et la fidélisation. Plus belle la vie, par exemple, a réussi à fidéliser un public nombreux dans un contexte de crise de la fiction française. C'est déjà un exploit. La série est également parvenue à captiver un public jeune, c'est un second exploit. Les fictions événementielles, l'animation, l'offre jeunesse et les magazines vont aussi permettre de résister avec des programmes inédits. Les chaînes de la TNT sont très fortes quand elles diffusent ce que nous avons produit il y a plusieurs années... Là où on perd des parts de marché, c'est lorsque nous ne sommes pas en inédit.
Est-ce que vous devez aussi votre bonne tenue à votre structure d'audience, un peu plus âgée que vos concurrents ?
Évidemment mais il ne faut pas non plus exagérer. Je l'assume totalement mais, grosso modo, je dirais que c'est la structure d'audience du service public qui est plus âgée que celle des chaînes commerciales. Ça s'explique aussi par leur obsession à vouloir séduire les cibles commerciales.
Vous misez beaucoup sur les programmes jeunesse. Est-ce que le projet d'une matinale sur TF1, à la place de sa case jeunesse, serait pour vous une bonne nouvelle ?
On attend que cette nouvelle soit confirmée mais très clairement, ça ne sera pas une mauvaise nouvelle. On l'a anticipé fortement.
Vous annoncez aujourd'hui un certain nombre de nouveautés. Comment avez-vous préparé cette rentrée ?
On n'a pas voulu jouer au mercato et aux échanges de stars. On a travaillé dans l'optique de rester nous-mêmes avec un certain nombre de nouveautés. Les chaînes généralistes doivent se régénérer face à la diversification de la concurrence. Nous assumons notre image classique mais pour nous, elle est totalement compatible avec une vraie modernité que l'on voit dans les valeurs de la chaîne : la proximité, le développement de l'interactivité dans nos magazines et de la créativité dans tous les supports.
Une des principales nouveautés est l'arrivée chaque après-midi à 16h30 du magazine "@ la carte" présenté par Valérie Durier. En quoi cette émission de service va-t-elle se différencier de celle de Julien Courbet ?
Ça sera d'abord différent par la personne qui l'incarne. Valérie Durier, ce n'est pas rien. Soyons clairs, j'ai beaucoup d'estime et je souhaite que Julien Courbet réussisse mais on a choisi quelqu'un de peu connu qui a un ton plus convivial pour incarner cette proximité avec le public. Elle a une vraie présence à l'écran. Nous ne sommes pas dans un système de starification comme ça peut l'être avec Julien Courbet. C'est un autre style aussi. Ensuite, même si les thèmes abordés peuvent paraître assez proches, le traitement sera différent. D'une part, il n'y a pas de chroniqueurs, c'est du direct et des experts répondent à des questions posées par les téléspectateurs. On ne traite pas de cas individuels. On n'est pas dans du témoignage ou dans des chroniques. Les meilleurs experts répondent durant 40 minutes, le tout agrémenté de quelques reportages. Le thème de l'émission sera choisi à la dernière minute. On veut donner des infos utiles plus que pratiques pour la vie quotidienne.
Marcel Rufo vous rejoint également...
Il présentera "Rufo.tv", le dimanche après-midi. L'émission reprendra le même principe en parlant des relations parents/enfants avec des reportages, des témoignages et d'autres experts. Ils répondront aux questions de téléspectateurs que nous aurons préalablement reçues via le téléphone ou internet. Là aussi, on veut incarner la proximité et la moderniser par de l'interactivité.
Vos autres magazines vont-ils évoluer ?
On va développer fortement Droit d'inventaire avec dix numéros la saison prochaine. Désormais, on voudrait donner un éclairage historique à des thèmes d'aujourd'hui. On va remonter dans le temps pour expliquer comment on est arrivés à la situation actuelle. Marie Drucker officiera dans un nouveau décor moins institutionnel. Il y aura également six numéros de "Vos questions, nos réponses", le magazine santé présenté en prime par Michel Cymès et Marina Carrère d'Encausse. Enfin, Pièces à conviction accède à la première partie de soirée après huit années passées à 23h. Il nous manquait un magazine d'enquêtes et de reportages en prime time. Pièces à conviction s'est fait remarquer par ses enquêtes. Le magazine sera désormais tourné en extérieur, en situation.
Elise Lucet, Marie Drucker, Michel Cymès et Marina Carrère d'Encausse officient habituellement sur d'autres antennes. Vous jouez la carte du groupe France Télévisions ?
Très clairement, on est un groupe. Mais il faut faire attention. Nous travaillons fortement sur la différenciation des antennes. C'est possible à condition que les animateurs respectent une certaine cohérence concernant l'horaire de programmation et le type d'émission. La pluralité des antennes est notre atout. Mais cela serait criminel d'avoir l'impression d'avoir cinq fois la même chaîne.
France 3 s'est aussi distinguée avec de grands portraits à 20h50. Est-ce qu'il y en aura d'autres ?
Il y aura le portrait d'Alain Souchon. Il racontera des choses sur sa carrière, sa vie intime et notamment ses relations avec ses parents. Ce sont des moments d'intense émotion.
Les séries américaines sont à la mode et France 3 semble à la traîne dans ce domaine. Êtes-vous à la recherche d'un House, d'un Grissom ou d'un Jack Malone ?
Sans langue de bois, les fictions achetées à l'étranger ont pour vocation d'équilibrer nos budgets. Donc nous sommes toujours à la recherche de ce genre de programmes. Mais au-delà de cet aspect, nous avons pas mal de séries qui fonctionnent comme l'Inspecteur Barnaby, The Closer ou "City Homicide", une nouvelle série australienne que nous proposerons cette saison. Les séries que nous achetons ne sont pas forcément américaines. On ne cherche pas forcément LA série américaine. Notre volonté est d'avoir des séries qui fonctionnent. Ce qui me frappe aujourd'hui, ce qui ne veut pas dire qu'on va le faire, ce sont des séries israéliennes, russes ou québécoises. D'ailleurs, on a acheté plusieurs séries québécoises comme Les Experts historiques. On l'installera plutôt en fond de grille, le dimanche après-midi.
Cet été, à la place de Thalassa, France 3 diffusait chaque vendredi Faut pas rêver. Le magazine conservera-t-il sa programmation exceptionnelle ?
Oui, exactement. J'ai beaucoup milité pour cette programmation saisonnière et c'est plutôt un succès puisque ce fut la meilleure soirée de l'été. Nous avons d'ores et déjà renouvelé l'émission pour la saison 2008-2009. Les tournages de l'été prochain ont débuté, notamment au Groenland, en Russie et en Amérique du Sud.
Le vendredi soir, on retrouvera à la rentrée le nouveau magazine politique de France 3, présenté par Samuel Etienne, ex-Canal+. Vous souhaitiez le retour d'une émission de plateau dans cette case comme vous l'aviez fait avec Marc-Olivier Fogiel ?
Avec un ton qui modernise un peu l'image de la chaîne, on voulait un rendez-vous hebdomadaire politique qui aborde aussi à travers des reportages l'actualité de la semaine. C'est un peu notre newsmagazine à nous. J'espère qu'il va s'imposer et que Samuel Etienne n'a pas dans ses projets d'aller présenter le 20H de TF1 (rires).
En deux ans, Ce soir ou jamais est devenue un magazine culturel de référence. Allez-vous le modifier ?
On le fait un peu évoluer en faisant un magazine d'actualité et de culture. Nous avons la volonté de décrypter l'actualité au milieu d'invités culturels. Frédéric Taddéï est rentré de ses vacances avec un nouveau slogan : "le feuilleton du monde moderne".
La place du Soir 3 va-t-elle évoluer ?
Pas dans l'immédiat. Maintenant, c'est un chantier que nous ouvrons pour le mois de janvier avec les conséquences de l'arrêt de la publicité après 20H dès le 1er janvier. Je pense que Patrice Duhamel devrait officialiser demain (aujourd'hui, NDLR) le nouvel horaire du Soir 3 qui sera avancé à 22h30. C'est notre intention de laisser ce journal à un horaire fixe.
Concrètement, pour le téléspectateur, à quelle heure débutera la première partie de soirée le 1er janvier 2009 ?
Entre 20h35 et 20h40. La suppression de la publicité nous force à repenser notre offre en seconde partie de soirée, mais aussi entre 20h et 20h35. Tout sera acté puis annoncé à la Toussaint. Après, il faudra penser à notre rentrée de septembre 2009.
Justement, à cette heure-là, il y a Plus belle la vie, votre programme le plus fédérateur avec régulièrement 5 millions de téléspectateurs. Allez-vous modifier sa programmation ?
La solution n'est pas simple. Mais il n'est question que d'un décalage de quelques minutes. On peut respecter l'avancement de nos soirées en ne changeant quasiment pas l'horaire de Plus belle la vie. On peut respecter les horaires en débutant à 20h15. Ça ne sera pas une révolution. Si on devait envisager des modifications plus substantielles, ce qui est possible, il faudra agir avec prudence.
Vous avez des projets avec ce feuilleton ?
Oui. Il y aura un prime pour les fêtes. Il est en train d'être tourné. Mon souhait serait qu'il y ait deux prime times par an. Techniquement, ça ne serait pas possible d'en faire plus. Et puis on continue à diversifier les produits dérivés.
Vous avez initié un genre en France, celui du feuilleton quotidien. Aujourd'hui, vos confrères s'y mettent tous, pour l'instant sans succès. C'est une tendance qui vous fait sourire ?
Nous avions bien conscience d'ouvrir un grand chemin... Nos collègues se rendent compte aujourd'hui de la difficulté du travail accompli. A un moment, certains ont pensé que Plus belle la vie se limitait à des ingrédients faciles. Mais ce succès est du à un travail profond. Ce n'est pas un produit formaté avec une recette qu'il suffit de décliner pour avoir le même succès. Et puis on n'est jamais accro à un programme par choix. Rien ne dit que les téléspectateurs auront envie de regarder un deuxième feuilleton quotidien dans leur journée. Mais je ne me réjouis pas de l'échec des autres parce ça ne contribue pas à la bonne santé du marché de la fiction française.
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