Frank Michael : "Si je faisais Drucker, je serais partout à la télé"
Il vend des disques, et c'est pourtant un chanteur qu'on voit peu dans les médias. Cette semaine, Frank Michael est d'ailleurs classé onzième des ventes en France avec son nouvel album [musique:340090 "Rue des amours"]. Malgré une réelle désaffection des médias, le chanteur peut compter sur un public fidèle, souvent féminin et d'un certain âge. Mais l'artiste assume totalement et se réjouit de ce succès sans passer par le système médiatique. Pour Ozap, il se livre sur les raisons de cette indifférence et évoque aussi ses chansons et son envie de ne plus se limiter aux chansons d'amour. Entretien.
Ozap : Comment définir ce nouvel album, [musique:340090 "Rue des amours"] ?
Frank Michael : Ça ressemble à ce que j'ai toujours fait depuis le début. Je pense que mon public m'a toujours suivi et a toujours été là pour le genre de chansons que je faisais, mélodieuses, avec des mots qu'on peut chanter tous les jours, du « Frank Michael ».
Il y a des titres plus intimes sur ce disque comme "Mamma Mia", qui évoque votre enfance avec vos parents. Avez-vous hésité à faire cette chanson ?
Michel Jourdan est l'auteur de cette chanson. Il me connait très bien et a signé beaucoup de mes chansons depuis douze ans. Me connaissant bien, il s'est aventuré sur ce texte où j'avais du mal et je me suis dit "Pourquoi pas". C'est mon histoire, donc je l'ai enregistré.
Et une fois qu'elle était enregistrée, vous avez hésité à la conserver sur l'album ?
Je l'ai gardée car, en studio déjà, les musiciens l'ont trouvée bien. Maintenant, je m'aperçois qu'on parle beaucoup de cette chanson. Le public la classe déjà parmi ses titres préférés du disque avec "31, rue des amours", "Mille façons d'être amoureux" ou encore "Les hommes se cachent pour pleurer". Donc, j'ai bien fait de la faire. C'est assez touchant et prenant.
Vous chantez "Ca ira mieux demain" dans cette chanson. Vous avez beaucoup galéré avant d'en arriver où vous en êtes aujourd'hui ?
J'ai beaucoup galéré, c'est un travail de fourmi. Dans la chanson, c'est plutôt mon père qui dit à ma mère que "ça ira mieux demain". Moi, il y a eu des hauts, des bas, des hauts, des bas... Au début, j'étais musicien et j'ai présenté une chanson à une maison de disques. C'est parti tout seul et il y a eu "Dites lui que je l'aime" qui a fait un tube. Après cela, il y a eu des petits trous. J'ai donc fait l'Italie, où j'ai des origines, pendant 5 ans avec des aller-retours. J'ai fait le Canada, j'ai essayé en Allemagne, et puis, je suis retombé sur mes pattes et j'ai trouvé de nouvelles chansons... Après, j'ai fait plusieurs maisons de disques car certaines ont fait faillite. Jusqu'au jour où ça s'est bien passé et où j'ai bien vendu. Je n'ai jamais fait "Born to be alive", lui n'en a fait qu'un, mais en a vendu 25 millions ! Mais, j'ai eu quand même la chance de faire [musique:14922 "Toutes les femmes sont belles"] où on a vraiment cartonné.
« Si c'était Geneviève de Fontenay qui décidait, je pense qu'elle m'aurait pris pour chanter aux Miss France »
C'est votre plus grand tube au point que Geneviève de Fontenay aurait aimé que vous veniez le chanter pour les Miss France samedi soir à la place de Robbie Williams, qu'elle ne connait même pas... Pourquoi vous n'y êtes pas ?
Si c'était elle qui décidait, je pense qu'elle m'aurait pris. Elle est très fan, je l'aime beaucoup et je crois qu'elle m'aime aussi. Pas plus tard que la semaine dernière, on se parlait encore au téléphone. Elle aime mon répertoire et on s'entend très bien. C'est quelqu'un de très sympa, très simple. Et c'est quelqu'un de clean.
Et vous avez évoqué ensemble cette idée de chanter aux Miss. Pourquoi ça ne peut pas se faire ?
Je ne sais pas si c'est elle qui décide du choix du chanteur. Je ne sais pas qui dirige, si c'est Endemol... Je ne sais pas. Je pense que si Geneviève avait la possibilité de décider, elle n'aurait pas hésité à m'inviter. C'est mon avis.
D'ailleurs, vous avez déjà participé à la cérémonie sur TF1...
Oui, il y a quelques années. Mais elle n'était pas contente parce qu'on m'avait un petit peu bâclé. On m'a passé dans le générique de fin. Elle voulait que je chante ma chanson avant de présenter la Miss France. Ça s'est mal passé, ça ne s'est pas fait. Il y a parfois des choses en direct qui font que ça ne se passe pas comme on veut. Je suis passé après, et il y a eu le générique. J'étais un peu dans l'ombre mais j'étais là quand même.
Au final, ça vous a gêné ou non ?
Non, ça ne m'a pas gêné car je n'ai pas vu le générique. Je l'ai vu après en regardant l'enregistrement et je me suis dit que c'était dommage. Vous savez, quand on dévoile le nom de la Miss, les confettis tombent, tout le monde s'embrasse, les journalistes arrivent... Et là, je pense qu'on ne fait plus attention à celui qui chante. Ce n'est pas évident. Je ne pense pas que Robbie Williams va chanter pendant le générique, je n'en ai pas l'impression.
« A la télé, on prend des artistes qui parlent, qui parlent, qui font un peu le bordel »
Vous vendez des disques, vous avez des fans... Pourtant, on ne vous voit pas sur les grandes chaînes, dans les grandes émissions. On ne vous voit pas en fait à la télé.
Oui, on ne me voit pas beaucoup. C'est peut-être pour ça que je vends beaucoup (rires). Mais moi, je ne peux rien y faire.
J'imagine que vous y avez réfléchi. Comment l'expliquez-vous ?
Je ne comprends pas bien ce problème. Déjà, il y a de moins en moins d'émissions de variétés. Donc, on prend souvent les mêmes et on prend des artistes qui parlent, qui parlent, qui font un peu le bordel...
Des bons clients ?
Oui, de bons clients. Moi, je me vends très mal. Je suis incapable de dire « J'ai vendu 1,5 million de "Toutes les femmes sont belles" et on vient d'en vendre 400..000 en Allemagne ». Je ne suis pas un gars comme ça. Je vais dire que ça marche bien... Est-ce une raison ? Peut-être... Peut-être que c'est le répertoire, le style de chansons. Quoique Julio Iglesias... il ne chante pas autre chose. Je ne sais pas, vraiment.
Et dans le privé, vous connaissez des animateurs et journalistes à qui vous en avez parlé ?
Oui, j'en connais depuis 34 ans que je fais ce métier. Je n'ai jamais été dire à un présentateur ou à un journaliste « Penses à moi pour ton émission ». Je ne sais pas faire ça. S'ils me demandent, je dirais que ça m'intéresse mais d'aller téléphoner et de me vendre moi-même, il y a la maison de disques, les attachés de presse qui sont là. Ce n'est pas à moi de le faire et ce n'est pas mon style.
Vos chansons ne passent pas non plus à la radio. Vous en parlez avec les gens dans les grandes radios ?
Non, je ne les connais pas beaucoup. Je vis en Belgique donc je connais plus de gens là-bas. Je ne sais pas non plus pourquoi on vend autant d'albums, on fait autant de tournées et que les grosses radios ne me passent pas. Ou alors, de temps en temps, au bout d'une lune, et encore. Il faudrait qu'un journaliste ose poser la question à quelques animateurs d'Europe 1, TF1, RTL, France Inter...
Ca se passe mieux en Belgique ?
Ca se passe un peu mieux. Ce qui est extraordinaire, c'est que je travaille depuis plus de deux ans en Allemagne, et là-bas, je fais toutes les plus grosses émissions. Je pense que si j'avais la chance de faire Michel Drucker en France, tout le reste suivrait. C'est l'impression que j'ai, il faudrait qu'un premier se mouille.
« Des chansons engagées ? Je ne pense pas que ce soit une bonne idée »
Vous chantez encore l'amour sur ce nouvel album...
Oui, un peu.
Un peu, beaucoup quand même... !
Non parce qu'il y a quelques chansons un peu différentes mais, c'est ce que mon public veut.
Mais vous, de quoi avez-vous envie ? Vous pourriez faire comme Michel Sardou par exemple, qui a des chansons d'amour mais aussi des chansons sur l'actualité ou des sujets de société.
Oui, c'est une bonne idée, c'est à réfléchir. C'est vrai que ça me tenterait de chanter peut-être des chansons dans le style de Sardou mais il faut voir si mon public va suivre.
Il y a des sujets dans l'actualité qui vous interpellent par exemple en ce moment, et qui pourraient en faire des chansons... ?
Alors, ça deviendrait peut-être un peu des chansons engagées. C'est un risque parce qu'il y a des artistes qui ont beaucoup marché quand ils ont commencé à faire ça. Personnellement, il y a tellement de problèmes partout que si on commence à en remettre sur la vie qui ne va pas... Quand ils viennent au spectacle, les gens sont heureux pendant deux heures et oublient tous leurs soucis. Si je vais maintenant leur chanter le Vietnâm ou autre chose, je ne pense pas que ce soit une bonne idée.
On résume souvent votre public à des femmes, plutôt âgées. Ça vous agace si je dis ça ?
Non, pas du tout. Il y a de tout. J'étais mardi à Evry et la première rangée était composée de très jolies femmes. Mais il y a des gens de 50, 60, 70 ans aussi. Je suis parfois étonné car je vois la mamie, la maman et la petite-fille ou le petit-garçon. Je vois les trois générations, c'est extraordinaire. Ça ne me dérange pas du tout. Si ma mère, qui a 80 ans, me demande d'aller voir [personnalite_ozap%]Sardou[/personnalite_ozap%] ou Salvatore Adamo, c'est avec plaisir que je la conduirais, et je n'aimerais pas qu'on dise qu'elle est allée voir « un ringard ». Pour moi, un public ne doit pas rentrer dans une salle en montrant sa carte d'identité !
« La chirurgie esthétique ? Pourquoi pas ! »
Vous avez une image de crooner. Du coup, avez-vous peur de vieillir ?
Non, je n'ai pas peur de vieillir. Ce qui est extraordinaire, c'est que la voix ne vieillit pas. Je dirai même qu'elle s'améliore. J'ai pas mal d'amis médecins et j'oublie toujours de leur demander pourquoi la voix ne vieillit pas alors qu'on a des cheveux blancs, des rides... Mais regardez Charles Aznavour, il a plus de 80 ans et continue de faire une très belle carrière.
Mais votre physique compte plus dans votre carrière...
Oui, le physique compte aussi.
Plus que pour Charles Aznavour.
Oui parce qu'il chante autre chose, c'est juste.
Du coup, faites-vous attention à vous, à vos rides... ?
Je n'ai pas encore une seule ride, c'est formidable ! Peut-être que je le dois à mon père qui, à 80 ans, n'avait pas une seule ride. Je n'ai jamais vraiment pensé à ça. Bien sûr qu'on se regarde le matin quand on se rase mais sinon je n'ai jamais regardé si j'avais une ride ou un machin. Peut-être que ça viendra dans deux-trois ans. Alors, là, on verra ce qu'on peut faire. De toute façon, il y a des remèdes à tout.
La chirurgie par exemple ?
Pourquoi pas ! Avant, c'était tabou. Maintenant, en Amérique, on ne fait plus que ça... Mon nez, ça va, mais s'il avait fallu, ça ne m'aurait pas dérangé d'aller me faire refaire quelque chose.
Un lifting ?
Oh, je crois que ça fait mal un lifting. J'ai vu un reportage et le lifting ne m'emballe pas trop, je ne pense pas. Laissons passer encore une dizaine d'années.
Bon, dans dix ans, on se refait le nez alors ?
Le nez ne changera peut-être pas mais on verra bien... Je n'y ai jamais pensé mais c'est vrai que ça compte par rapport à mes chansons. Mais, ce n'est pas une obsession.
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