Guillaume Depardieu, l’écorché vif
Guillaume Depardieu est mort lundi 13 octobre 2008 d’une pneumonie foudroyante attrapée sur le tournage en Roumanie de "L’Enfance d’Icare", tout juste terminé. Il n’avait que 37 ans, et une vingtaine de films à son actif.
Certains le décrivaient comme un homme à fleur de peau. Ce serait plutôt un écorché vif. Il voulait tout faire, tout vivre, comme s’il cherchait à en mourir. Drogues, alcool, prostitution, prison à 17 ans, son parcours ressemble à celui d’une tenue de soirée qui veut se frotter aux blousons noirs, d’un gosse de riche qui joue à la roulette russe. Mais Guillaume Depardieu a mis plus de balles que prévues dans le barillet.
Il a commencé dans le sillage d’un père qui ne lui a pas laissé assez de lumières pour s’épanouir, sur les plateaux de "Cyrano de Bergerac" ou "Jean de Florette", à occuper des petits rôles. Tout le paradoxe de Guillaume : un figurant maigrichon qui court dans l’ombre immense d’un père absent.
Jacques Rivette lui confie enfin un rôle en 1991, dans Tous les matins du monde. Toujours à côté de papa, mais qu’importe, c’est l’occasion de s’élancer. De film en film, l’acteur incandescent se brûle lui-même les ailes avec sa propre aura, montant, descendant, au gré des tournages, des rencontres. Exceptionnel un jour (Ne touchez pas la hache), transparent un autre (Célibataires), sa carrière ne l’empêche pas de vivre dans l’excès, de rechercher ses limites, de les trouver parfois. Comme son père, il aime la moto. Son accident, en 95, est comme une lame qui le fauche en plein vol. A l’hôpital, il attrape deux staphylocoques dorés qui le ruinent physiquement et moralement.
« Plus grand acteur de France » (Libération)
Un César du meilleur espoir masculin pour Les Apprentis (1995), et c’est reparti pour un tour. En 1999, il incarne le fils de Catherine Deneuve dans Pola X. On le dit tour à tour associable, généreux, agressif ou sensible. Morbide, c’est certain : sa boite de prod’ s’appelle Post Mortem, comme si son parcours tragique était ancré à lui, comme si le destin voulait dire quelque chose. Il continue à jouer en famille, avec sa sœur, avec son père, qu’il a appris à haïr. Aime ton père, semble lui dire Jacob Berger en 2002 dans le film homonyme en lui demandant de jouer avec Gérard Depardieu. Ce sera la réconciliation, viens faire un bisou à papa, avant que la famille n’explose une nouvelle fois deux ans plus tard quand Guillaume sort Tout donner, un livre co-écrit avec Marc-Olivier Fogiel.
Après dix-sept opérations de la jambe, sa malade nosocomiale l’oblige à demander l’amputation en 2003. L’alcool le rattrape, la drogue le dépasse, le cinéma l’oublie. Passage par le petit écran, "Les Rois Maudits", et Jacques Rivette se souvient qu’il a du talent, ce petit. Les rôles s’enchaînent dans des films d’auteur, (La France, De la Guerre, Versailles). Impressionnant, hors norme, impeccable, plus grand acteur de France, la presse sort son dictionnaire des compliments à rendre jaloux Depardieu père lui-même. La tête hors de l’eau, Guillaume s’attaque à de nouveaux projets. Ecrit une chanson pour Barbara, un opéra. Chante, même. Son premier album aurait dû sortir en 2009.
- Génial0
- Incroyable !0
- Prévisible0
- Déprimant0
- Rien à faire0
"Je fais ce que je veux de mon corps" diffusé sur Europe 1.
Le client reçoit des appels destinés à l'acteur disparu.
La chaîne diffuse "Les apprentis"
Voir toute l'actualité sur Guillaume Depardieu
