Harvey Milk : Mise en scène intelligente, Sean Penn bluffant
Nominé huit fois aux Oscars, et lauréat du meilleur scénario original et du meilleur acteur pour Sean Penn, Harvey Milk fait le portrait du premier homme politique ouvertement gay des Etats Unis. Avant que Gus Van Sant s'en empare, le projet a longtemps été l'arlésienne d'Hollywood, abandonné tour à tour par Oliver Stone et Bryan Singer.
Un récit académique, dynamisé par sa mise en scène
Après avoir annoncé qu'il renonçait au formalisme de ses quatres précédentes oeuvres (le sublime triptyque Gerry, Elephant, Last Days, et le redondant Paranoid Park), on pouvait redouter que Gus van Sant renoue avec la fade orthodoxie de ses premiers films de commande (Will Hunting, A la rencontre de Forrester).
Dès les premiers moments, Harvey Milk nous rassure sur ce point et fait la démonstration d'une grande ingéniosité dans la mise en scène et d'une photographie de qualité - un mérite partagé par Harris Savides, directeur de la photo déjà présent sur Gerry et Elephant. A l'instar de [film%]I'm not there[/film%] de Todd Haynes, Gus Van Sant se donne pour ambition de réconcilier le biopic avec les ambitions de mises en scènes. L'académisme de la narration de Milk est dynamisé par les trouvailles de réalisation de Van Sant, qui confirme son aptitude à introduire une dose (plus réduite cette fois) de cinéma expérimental dans des films "grand public".
Un film documenté, transcendé par la présence de Sean Penn
Le film sait néanmoins tirer profit de son statut de grosse production, notamment avec des reconstitutions très précises du San Francisco des années 70 et un casting séduisant. Sean Penn épate dans l'incarnation de ce politicien atypique, généreux et narcissique, naviguant avec flamboyance entre les chars de la gay pride et les marches du "city hall" de San Francisco.
Gus Van Sant endosse, sans les édulcorer, les ambiguïtés du militantisme gay des années 70, communautaire et volontiers provocateur. L'intransigeance militante de Harvey Milk en fait un héros modérément consensuel, témoignage d'une démarche honnête et documentée de l'équipe du film. Seule une des dernières scènes du film (une marche au flambeau en mémoire du héros) laisse entrevoir une tentation de faire de Harvey Milk une icône à vocation pédagogique, un "Martin Luther King Gay", que son excentricité rendait impossible au début du film.
Au final, Harvey Milk est un biopic informé et réussi, même s'il aurait pu sans doute tirer avantage d'un scénario plus audacieux.
- Génial0
- Incroyable !0
- Prévisible0
- Déprimant0
- Rien à faire0
Près de quatre ans après "Into The Wild", Sean Penn s'apprête à revenir derrière la caméra pour son...
Le film récompensé de la Palme d'Or lors du 64ème Festival de Cannes n'est pas à la hauteur des...
En compétition au dernier Festival de Cannes, le film This must be the place sortira dans les salles...
Voir toute l'actualité sur Sean Penn
