Hélène Jouan : "Nicolas Demorand est culturellement boulimique"
Nommée début août à la tête de la rédaction de France Inter, Hélène Jouan commente sur Ozap la rentrée de la station publique et réagit aux dossiers d'actualité : le départ de Patrick Cohen, l'emploi du temps de Nicolas Demorand et enfin, sa réponse à Jean-Michel Aphatie qui a remis en cause l'indépendance de la station.
Hélène Jouan : Sur la matinale, je suis plutôt très contente. Je trouve qu’il y a un vrai changement de ton et d’ambiance, c’était une de mes priorités. J’avais l’impression qu’on ne se faisait plus plaisir à l’antenne. Je suis très contente des nouvelles arrivées car c’est toujours dur chez nous de faire prendre certaines greffes. On a l’impression que Dominique Seux (édito éco) et Thomas Legrand (éco politique) sont en interne depuis longtemps. J’aime leur façon d’être et ce qu’ils disent. Les nouveaux présentateurs sont complètement dans le ton comme Mickaël Thébault ou Agnès Bonfillon qui est bien meilleure que les années précédentes. Et Drouelle à 8 Heures est en train de s’installer : on évalue les essais de directs qu’on a fait dans le journal. On est aussi très contents du nouveau 13 Heures avec Claire Servajean.
Vous regrettez tout de même le départ de Patrick Cohen qui ne sera resté qu’un an au journal de 8 Heures ?
Je le regrette parce qu’il nous a apporté plein de choses et qu’il en avait encore à nous apporter. Il nous a mis en face d’un certain nombre de nos manques. Je regrette qu’il soit parti parce que c’est un excellent journaliste. Mais en même temps, il ne nous manque pas. Il n’y a pas de vide à l’antenne ou dans la rédaction parce qu’il est parti. Et ce qu’il fait par ailleurs sur Europe 1 est très bien le soir donc tant mieux, tout va bien.
Comment avez-vous fait le choix de Thomas Legrand ? Est-ce facile de s’intégrer à Inter quand on vient d’une radio privée comme RTL ?
Ce n’est pas une question de privé ou de public. On est une rédaction très « famille » avec des liens très forts, on est très soudés. En même temps, elle est un peu excluante. Et quand on arrive, je me souviens de moi il y a huit ans, ce n’est pas facile de rentrer dans cette famille Inter. C’est vrai qu’il y a moins de mouvements ici car on s’y sent bien et que peu de gens partent. Donc, il y a moins d’arrivées aussi car nous n’avons pas une masse salariale totalement extensible. Mais on avait besoin d’être confrontés à d’autres expériences.
Nicolas Demorand a été très courtisé par la concurrence. Comment expliquez-vous son choix de rester ?
Je pense qu’il n’a pas terminé son aventure avec Inter. Il m’a dit, et je le crois, qu’il n’a pas voulu quitter Inter. En réalité, il n’a jamais examiné les offres qu’on lui a faites avec beaucoup de sérieux parce que je pense qu’on lui proposait d’acheter son image et sans parler avec lui de ce qu’il aime.
Il arrive également tous les soirs sur i-Télé. Il y a eu des débats au sein de la rédaction pour savoir s’il pourrait mener de front un tel agenda. Etes-vous vigilante ?
C’est une décision personnelle de Nicolas qui a été acceptée par la présidence. Mais il n’y a pas eu vraiment de débat, Nicolas ne nous a pas demandés ce qu’on en pensait. On attend de voir. Je suis très confiante parce qu’il est culturellement boulimique : plus il en fait, meilleur il est. Ça peut tenir comme ça même si ça va être un emploi du temps de fou. Il va nourrir Inter de cette autre expérience. Pour nous, ce n’est pas une perte.
Avez-fixé une période au bout de laquelle vous ferez un premier bilan de cette expérience ?
Non. Il a un contrat dans les deux stations et va faire sa saison entière sur Inter et i-Télé. Je pense que son point d’ancrage est chez nous et qu’il est viscéralement attaché à Inter.
Sur son blog, Jean-Michel Aphatie s’interroge sur l’indépendance d’Inter au sujet du livre de Martine Aubry co-édité par Radio France. Qu’avez-vous à lui répondre ?
Il y a eu ici une réponse de la direction pour dire qu'on ne reniait pas le fait d'avoir co-édité ce livre mais on regrette de ne pas avoir été suffisamment vigilants sur la date. On s'est rendus compte que ça tombait juste avant les Universités d'été de La Rochelle et donc en pleine montée en puissance de Martine Aubry. Ce n'était pas programmé au moment où Paoli et Viard ont décidé de la choisir comme une des interlocutrices de leur collection. Le moment est pour nous assez désagréable mais ça ne remet pas en cause l’indépendance de l’antenne. Jean-Michel a été mon chef de service pendant des années, j’adore ce qu’il fait et sa façon de régler de temps en temps ses comptes de manière un peu facile et rapide avec France Inter. Pour le coup, il ne dit pas grand-chose sur son blog qui mette en cause l’indépendance.
Et sur le fait d’inviter Martine Aubry le 3 septembre sur Inter ?
Je ne suis pas sûr qu’on ait fait le choix de Martine Aubry : il se trouve qu’on l’avait calée pour la rentrée parce qu’on voulait avoir un ténor socialiste juste après La Rochelle. On a Moscovici dimanche soir dans l’émission politique de Jean-François Achilli. La semaine prochaine, on aura d’autres grands responsables socialistes, Bertrand Delanoë va aussi venir chez nous dans les dix jours qui viennent. On n’est pas en train de faire la campagne de Martine Aubry. Je mets au défi Jean-Michel d’essayer de trouver des reportages, ou pendant l’interview de Nicolas Demorand, des moments qui mettent à mal notre indépendance.
A l’antenne le 3 septembre, avez-vous précisé à vos auditeurs qu’il s’agissait d’une co-édition de France Inter ?
Oui. Ça a été dit. Il y a même des promos qui tournent sur l’antenne. Ça ne veut pas dire qu’on soit super à l’aise avec ça. On n’a pas avancé masqués. On regrette que la parution soit tombée à ce moment-là. Après, il n'y a pas de problème pour nous, ni dans ce qu'il y a dans le bouquin, ni dans le fait d'inviter Martine Aubry sur Inter.
A l’avenir, souhaitez-vous que vos journalistes soient plus prudents avec ce type de projets ?
Oui, bien sûr. C’est toute une chaîne de co-édition : c’est un peu compliqué car il y a un décalage entre le moment où on décide un projet et le moment où ça sort. Par exemple, Paolini prépare d’autres livres avec peut-être Daniel Cohn-Bendit… On va faire attention parce qu’on sait qu’il y a des élections européennes qui arrivent au mois de juin. Si on pouvait éviter d’avoir un livre qui sort avec Cohn-Bendit au mois de mai, ce sera mieux. On mène cette réflexion mais on ne s’empêche pas d’écrire un livre avec Cohn-Bendit.
Vous avez dit que Jean-Michel Aphatie avait « des comptes à régler avec Inter ». Vous regrettez ce genre de billet assez rentre-dedans sur son blog ?
Il s’amuse ! Il a raison de jouer là-dessus parce que c’est de la pub, que ça se fait parler. Je suis hyper admirative de ce que fait Jean-Michel . Je ne dis pas qu’il a des comptes à régler mais je trouve juste que c’est un peu facile et que c’est pour faire du buzz, pour parler sur son blog etc. mais amusons-nous ! Ca ne me heurte pas. Je pense qu’il a tort et que ce qu’il dit n’est pas vrai mais ça reste tout à fait dans les limites du débat. Il a tout à fait le droit de penser ça et de l’écrire et on a le droit de lui répondre éventuellement.
Vous allez lui répondre ?
Oui, je crois que je vais lui répondre sur son blog dans les commentaires.
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