Funny People : Un hommage cruel et touchant au stand-up US
Judd Apatow. Plus qu'un nom, plus qu'une signature. Une marque déposée et un concept en matière de comédie américaine depuis ces cinq dernières années, tout simplement. Avec Funny People, le réalisateur de 40 ans, toujours puceau et En cloque, mode d'emploi signe un film dans la lignée de ces précédentes productions. Sous couvert d'un humour graveleux (voire douteux) et d'une multitude de blagues potaches, Funny People nous surprend avec un fond plus fragile et plus fin que la lourdeur de ses dialogues ne le laisse penser.
Si le gag s'efface, l'émotion reste, elle, indélébile
Alors l'histoire dans tout ça ? Elle peut se résumer à celle d'une star du rire en pleine gloire (Adam Sandler, qui oscille à merveille entre l'antipathie de la vedette et la tendresse de l'homme) qui, proche d'une mort imminente, décide de prendre sous son aile un jeune comique (Seth Rogen, qui a perdu dix kilos, mais pas sa bouille de grand ado).
Oui, Judd Apatow parle de maladie, évoque la mort. Et il ne s'arrête pas là. Il se permet même de nous faire réfléchir (dans une moindre mesure, n'exagérons rien) sur des notions qui lui sont chères : la famille, le couple, l'amitié. Même si un gag vient souvent casser le charme d'une scène touchante, reste que, malgré tout, on se surprend à être ému. Si le gag s'efface, l'émotion paraît, elle, indélébile.
Judd Apatow ne pêche que par gourmandise
Funny People ou l'art du paradoxe. Le paradoxe de faire une comédie de 2h20 à rendre fous les distributeurs habitués à couper presque une heure du film. Mais justement, cette comédie singulière a beau pâtir de sa longueur, on a du mal à ne pas vouloir rester avec cette bande d'allumés qui parlent de sexe sans complexe. Dans des personnages taillés sur mesure, les (nombreux) seconds-rôles font mouche à chaque réplique (le méconnaissable Eric Bana, l'attendrissant Jason Schwartzman ou la belle déjantée Leslie Mann).
Avec son humour souvent lourd mais pas balourd, et son festival de vannes toujours à la limite, mais jamais dans l'excès, le dernier bébé de Judd Apatow pêche seulement par gourmandise. A trop vouloir en dire, à ne pas savoir à quel sujet se rattacher, le film perd son fil conducteur et sauve la mise grâce aux talents de ses comédiens et la patte indéniable d'un réalisateur qui a définitivement créé un genre à lui tout seul. Reste à canaliser cette énergie créative pour offrir une histoire plus limpide et ne plus perdre le spectateur en brouillant les pistes. Mais Judd Apatow n'en est qu'à son troisième film derrière la caméra. Ce qui laisse augurer du bon. Et du lourd. Dans tous les sens du terme.
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