C. Moulin : "Pas de sensationnel à Sans aucun doute"
Il a eu la lourde tâche de succéder à Julien Courbet dans Sans aucun doute. Transfuge de LCI, Christophe Moulin a tout de suite trouvé sa place et a réussi le pari de maintenir l'audience. Pour Ozap, il revient sans détours sur son arrivée à la tête du magazine qu'il compte fait évoluer. Entretien.
Comment vous sentez-vous quelques semaines après avoir repris Sans aucun doute ?
Ça se passe très bien. Les gens qui viennent nous voir sont un vrai moteur pour moi. C'est très agréable à faire, ça répondait à mes attentes et à mes souhaits. En plus, on a décidé d'y mettre une vraie vie de rédaction, avec des conférences de rédaction, des journalistes, des débriefs. On a décidé de mettre l'accent sur le suivi : on s'était rendu compte qu'une fois la diffusion faite, les gens ont souvent tendance à laisser tomber leurs promesses.
Avez-vous mis des conditions avant d'accepter l'émission ?
Pas vraiment puisque le postulat de départ était de reprendre l'émission et de ne pas faire comme Julien Courbet. Je voulais simplement ne pas être qu'un présentateur mais le concept de l'émission fait qu'on est plus que cela. On reprend un concept fort où on est pendant 7 ou 8 heures à se battre comme dans un direct pour essayer de résoudre les cas : là, il y assez de place pour la personne qui le fait. De toute façon, je voulais prendre une vraie part dans la rédaction, le choix et le suivi des sujets mais également dans la forme de l'émission. TF1 partageait cette volonté, c'est-à-dire laisser plus de place aux reportages, aux gens sans artifice, juste avec leur histoire.
Très clairement, ça veut dire ne plus faire de sensationnel ?
Oui, c'était de ne pas faire de sensationnel, c'était de ne rien rajouter. Ce magazine est fait pour aider ceux qui nous le demandent et ceux qui en ont besoin. C'est pour raconter leurs histoires qui sont parfois difficiles, tragiques, tristes. A nous d'y apporter, par notre boulot, une belle fin et de les suivre après.
Y-a-t-il des sujets de l'ancien « Sans aucun doute » que vous ne souhaitez plus voir ?
Non, il n'y en a pas car les cas restent les mêmes. Il y a des traitements dans Sans aucun doute que je ne vois plus et que je ne veux plus voir. Si vous racontez simplement leur histoire, leur douleur, leurs difficultés, vous n'avez pas besoin d'en rajouter par un format clipé, une musique assourdissante et des lumières anxiogènes. La douleur des gens suffit, on ne va pas en rajouter. Ce qui nous intéresse, c'est d'arriver à une résolution, pas de faire du spectacle sur eux. Je pense qu'il n'y a pas besoin de ça pour que les gens regardent. En tout cas, les gens qui viennent nous voir ne nous demandent pas ça. C'est ce qui me gênait donc je n'ai pas envie que ça continue.
Comme Julien Courbet l'expliquait sur Canal+, pensez-vous qu'il faille garder des cas « impressionnants » pour conserver une grosse audience ?
Quand les gens appellent, que voulez-vous que je leur réponde ? Qu'une certaine intelligentsia dit que ce n'est pas bien ? Vous allez leur expliquer à ma place ? Vous voulez que je vous les passe au téléphone pour leur dire que leur cas n'est pas intéressant ? Je leur dis ou pas, qui juge que ce n'est pas bien ? Qui peut leur dire que ça ne doit pas passer ? Parce que ça ne plait pas ? Je m'en fous.
Vous évoquiez votre passé de journaliste. N'avez-vous pas peur de vous enfermer dans un rôle avec ce programme. C'est ainsi que Julien Courbet a été qualifié de « Zorro du PAF » ?
Je ne suis pas Zorro, je ne suis pas Robin des bois, je ne suis pas procureur ou flic. Notre plateau n'est pas un tribunal. On fait une émission où on aide les gens, point. Je me suis occupé de faits divers, d'enquêtes, de justice… j'ai couvert des procès d'assises pendant des années en prenant parfois part à des débats pour défendre des causes, des victimes d'injustices, des mauvais procès etc. Je ne jouerai pas de rôle : ça plait, ça plait, et si ça ne plait pas, on verra bien (rires).
Avez-vous justement des objectifs fixés par TF1 ?
Non. J'avoue qu'en passant de LCI à TF1, je pensais qu'on me parlerait d'objectifs d'audience mais je n'en ai pas. Après, je sais très bien qu'à un moment donné, des gens regardent les courbes. Pour l'instant, TF1 est satisfaite de cette émission et de nos audiences. Je ne vous cache pas qu'autour de moi à TF1, on parle beaucoup d'audiences et même moi, je me mets à en parler et à regarder, comme quoi ça doit être un virus. Sorti de là, en toute honnêteté, je n'ai pas d'objectifs.
Vous aimeriez vous essayer à d'autres genres ?
J'aimerais, tout en gardant Sans aucun doute, revenir sur un magazine d'investigation, de société. Je pense qu'il y a encore une place à trouver même si j'ai pu lire que l'excellente émission Faites entrer l'accusé avait fait beaucoup de petits ces derniers temps et qu'il y aura bientôt plus d'émissions que de cas intéressants à traiter ! Mais je crois qu'il y a quelque chose à faire autour de comportements qui peuvent être le reflet de ce que peut être notre société. C'est quelque chose auquel j'avais déjà réfléchi avant qu'on me propose Sans aucun doute. Je me suis aussi toujours dit que j'aimerais faire un magazine sur le vin, la nourriture et la découverte d'une région. J'adore l'émission de Petitrenaud… J'aimerais faire une émission où on pourrait mettre un peu plus de terroir, de déco, d'arts de vivre, de consommation.
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