Colbie Caillat : "Je suis parée et je n'ai plus peur"

A l'occasion de la sortie de son nouvel album le 24 août prochain, et alors que le premier single [musique:324166 "Fallin' For You"] cartonne dans les charts américains, Colbie Caillat revient pour Ozap sur sa fulgurante ascension, sur les changements qui se sont opérés dans sa vie personnelle et professionnelle depuis la sortie de son premier album, et sur les nouvelles configurations du marché du disque. Interview en toute simplicité.
« Le nouvel album est plus intense et plus grave »
Pour commencer cette interview sur une note légère, je voudrais revenir sur quelque chose d'amusant que j'ai lu récemment sur votre page Twitter. Un message que vous avez posté à propos de prostituées à Hambourg, en Allemagne... Ca vous dit quelque chose ?
Oh mon Dieu (rires) ! C'était de la folie. Mon groupe et moi avions quitté notre hôtel pour aller dîner. On descendait la rue et je filmais avec ma petite caméra, c'était très mignon. Au moment de traverser, j'ai remarqué qu'il y avait ces prostituées, et comme j'avais ma caméra à ce moment-là et que je filmais tout, je les ai filmées elles aussi. Lorsqu'elles s'en sont aperçues, elles se sont avancées vers moi et ont commencé à me hurler dessus en allemand. J'ai éteint ma caméra mais l'une d'elles a essayé de me frapper au visage, j'étais terrorisée ! Heureusement, mon guitariste, qui est assez baraqué, l'a fait reculer. J'en ai profité pour m'éclipser ! Je comprends que ça ne leur ai pas plu, mais je n'avais aucune mauvaise intention et je ne m'attendais vraiment pas à ce qu'elles me frappent. En tous cas, je me suis dit que c'était une anecdote à poster sur Twitter.
Plus sérieusement, parlons de votre nouvel album, "Breakthrough". Selon vous, qu'y a-t-il de différent sur ce deuxième opus ?
Tout est différent. Il y a beaucoup plus d'intensité et de gravité dans ces nouveaux titres que sur [musique:38558 "Coco"]. Je me suis vraiment ouverte au changement, notamment dans la manière d'écrire. J'ai travaillé avec de nouveaux auteurs sur cet album, avec cinq producteurs différents, des musiciens et des studios différents. Je voulais être d'avantage créative et tendre la main à beaucoup plus de gens. J'aime tous les styles de musique et je voulais qu'il y ait de tout. Par exemple, la chanson "Fearless" est principalement jouée au piano, ce qui aide à mieux faire passer l'émotion et la mélancolie qu'elle véhicule. Un autre titre, "Rainbow", a plutôt des racines reggae et est plus festive. Et puis le premier single [musique:324166 "Fallin' For You"] est la chanson d'amour pop par excellence, plus rapide et plus vivante.
Est-ce que vous diriez que c'est l'album de la maturité ? Un passage à l'âge adulte ?
Tout à fait. Le nom de l'album, "Breakthrough" (littéralement "faire une percée, un progrès", ndlr), signifie pour moi me détacher de mes peurs et de mes angoisses de jeune femme afin de pouvoir devenir la personne que je veux être, et ne plus avoir à me retenir. C'est le message que je voulais faire passer à mes fans et les chansons parlent de ça également.
« J'ai énormément grandi depuis mon premier album »
Qu'est-ce qui a changé pour vous depuis la sortie de votre premier album ? Qu'y a-t-il de différent dans votre vie ?
Tout est différent. Je voyage dans le monde entier et j'ai rencontré tant de personnes qui travaillent dans ce métier : des producteurs, des musiciens, des auteurs... Je n'ai presque plus de temps libre maintenant. Tout a changé, vraiment. J'ai tellement grandi, que ce soit en tant qu'artiste ou que femme. J'ai appris les ficelles de ce métier, j'ai appris à faire des interviews, chose que je ne savais pas faire avant. Je me contentais de répondre par « oui » et par « non », donc autant vous dire que les journalistes n'étaient pas très contents (rires) !
Maintenant que vous êtes une artiste établie, la pression est-elle moins forte parce que vous savez comment ce métier fonctionne, ou, au contraire, y a-t-il d'avantage de pression parce qu'on attend plus de chose de vous ?
Les deux à la fois. Au début, j'étais vraiment angoissée et il y avait énormément de pression dû au fait que cet album devait bien fonctionner. Il y avait de nombreux choix à faire. Mais ensuite, je me suis dit que ces chansons étaient géniales et qu'on les avait extrêmement bien produites. Je pense que lorsque tous les ingrédients sont réunis - une combinaison de bons musiciens, d'auteurs et de producteurs - cela fonctionne très bien. Je suis heureuse d'avoir appris avec le premier album comment faire de la promo et être une interprète parce que maintenant, je suis parée et je n'ai plus peur !
Et le fait que [musique:324166 "Fallin' For You"] soit très bien classé dans le Billboard Hot 100 (lire la brève), ça vous inspire quoi ?
Je suis très contente ! Vous espérez toujours qu'une chanson va bien marcher mais le fait que ça se produise réellement, c'est toujours quelque chose d'incroyable. Je suis également impatiente que les gens écoutent le reste de l'album.
« Grâce à Internet, ce sont les fans qui découvrent les artistes »

Ca a été dur pour moi, je ne savais pas vraiment comment gérer tout ça. Lorsque les fans me reconnaissaient dans la rue et venaient me voir, j'étais extrêmement timide et assez maladroite. Je n'étais pas méchante avec eux mais je n'étais pas très amicale. Je pense que je me sentais un peu embarrassée, surtout lorsque j'étais avec ma famille ou des amis, où j'avais l'impression que tout l'attention était portée sur moi. Je n'ai pas su gérer la célébrité aussi bien que j'aurais du. Mais maintenant, je sais comment m'y prendre et je suis préparée à plus de choses qu'au début.
Comment avez-vous vécu cette transition, depuis votre inscription sur MySpace, où personne ne vous connaissait, à devenir l'artiste la plus téléchargée sur iTunes ?
C'était surréaliste. J'écrivais des chansons pour m'amuser et je les enregistrais avec mon producteur. C'est devenu un jeu et on s'est dit : « Voyons ce qui se passe si on enregistre une chanson et qu'on la met sur MySpace ». Au bout de six mois, mes chansons étaient écoutées 50..000 fois par jour et les fans étaient constamment en train de prêcher la bonne parole sur ma musique. C'est comme ça que je suis devenue l'artiste numéro 1 à ne pas être rattachée à un label. Je ne savais absolument pas que tout cela pouvait se produire. Grâce à ça, j'ai décroché un contrat dans une maison de disques et je suis là où je suis aujourd'hui. C'était incroyable et je ne l'avais absolument pas prévu.
Pensez-vous que des sites comme MySpace constituent une alternative efficace pour débusquer de nouveaux talents ? Pour vous, ça semble avoir fonctionné à merveille...
Oui, c'est ça qui est génial avec MySpace. Je n'ai jamais été donner une démo à une maison de disques, c'est le label qui est venu me chercher parce que j'avais de nombreux fans à mon actif. Normalement, on décroche d'abord un contrat dans une maison de disques et les fans viennent ensuite. Pour moi, ça a été l'inverse : j'avais les fans avant le contrat. C'est ce qu'il y a de bien avec internet : la manière dont les artistes sont découverts aujourd'hui est davantage en accord avec ce que les fans veulent, parce que ce sont eux qui vous découvrent.
Dans le contexte actuel de la crise du disque, pensez-vous que MySpace va avoir un poids plus important ?
Absolument. C'est la manière dont beaucoup d'artistes ont été découverts ces dernières années. Je pense que c'est vraiment le meilleur moyen parce que ce sont les fans qui les trouvent en premier. Ce que moi je faisais sur MySpace, c'est que je consultais régulièrement mes fans et je leur demandais quelles chansons ils préféraient, le prochain titre qu'ils aimeraient voir sortir en single... Après tout, ce sont eux qui écoutent cette musique, c'est donc normal qu'ils soient inclus dans ces décisions. Et tout cela est rendu possible grâce à MySpace, Facebook et internet en général.
Pensez-vous qu'un jour les maisons de disques n'auront plus lieu d'être ?
Non, je ne pense pas. Je ne serai pas là où je suis aujourd'hui si ma maison de disques n'avait pas été là. MySpace m'a amenée à un certain point, mais mon label m'a fait voyager autour du monde. Il vous faut les deux. La maison de disques a l'argent qui vous permet d'aller plus loin. Il faut le partager avec elle mais ça vaut le coup !
« Cela parait normal d'acheter une bouteille d'eau, alors pourquoi pas une chanson ? »
Toujours sur le sujet d'internet, quelle est votre position sur le téléchargement illégal ?
Je le faisais quand j'étais plus jeune et mon père n'arrêtait pas de me crier dessus (rires) ! Mais à l'époque, je ne voyais pas ce qu'il y avait de mal, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui évidemment. Tous les gens que je connais achètent leurs chansons sur iTunes, et moi aussi. Du coup, j'ai tendance à oublier qu'il y a encore des gens qui téléchargent illégalement. Je comprends que les gens puissent le faire. Je le faisais souvent lorsqu'il s'agissait d'une seule chanson pour ne pas avoir à acheter un album entier alors que je savais que je n'allais pas aimer les autres chansons. Mais lorsqu'on apprécie plusieurs titres d'un album, voire l'album entier, il faut soutenir les artistes qui vous offrent cette musique. Et ça marche dans tous les domaines. Cela parait normal d'acheter une bouteille d'eau, alors pourquoi pas une chanson ?
Il y a récemment eu un projet de loi en France qui vise à couper la connexion internet de ceux qui téléchargent après leur avoir envoyé trois avertissements (la riposte graduée instaurée par la loi Hadopi, ndlr). Vous pensez que de telles mesures sont nécessaires ?
A un moment donné, je pense qu'il faut regarder le problème en face : le téléchargement, c'est du vol. Si quelqu'un vole trois fois à l'étalage, il peut se retrouver en prison. Là, je pense que c'est pareil. Vous faites quelque chose que vous ne devriez pas faire et vous avez été averti plusieurs fois, donc c'est normal qu'il vous arrive des ennuis.
Et la personne qui a été condamnée à payer 2 millions de dollars pour avoir téléchargé 24 chansons aux Etats-Unis (en savoir plus), vous ne trouvez pas que c'est un peu trop ?
Si, dans ce cas-là, c'est beaucoup trop. Surtout parce que cette personne ne pourra certainement jamais payer cette somme, c'est ridicule. Aussi, je pense que, quelque soit le crime commis, punir les voleurs ou les mettre en prison n'est pas forcément la meilleure solution. Il faut aussi qu'ils en tirent une leçon et qu'ils comprennent pourquoi ce n'est pas bien de voler et les conséquences que ça a sur autrui.
« Collaborer avec d'autres artistes, c'est comme jouer au tennis : on se renvoie la balle »
Sur votre nouvel album, vous avez collaboré avec le guitariste David Becker. Vous avez également déjà travaillé avec Jason Mraz (sur le titre [musique:293254 "Lucky"], ndlr) et co-signé une des chansons du dernier album de Taylor Swift. Que vous apporte la collaboration avec d'autres artistes ?
J'adore travailler avec d'autres artistes. C'est tellement amusant de collaborer et de composer avec une autre personne parce que, sur une même chanson, vous avez de nouvelles idées et un point de vue qui peut être différent du vôtre. Vous apprenez grâce à cette personne, elle ouvre votre esprit à autre chose. Vous pouvez vous aider l'un l'autre, vous compléter. C'est un peu comme jouer au tennis, on se renvoie la balle : les idées passent d'un côté à l'autre et font des allers-retours. Vous vous retrouvez avec une chanson qu'aucun des deux n'aurait pu composer tout seul. Et je pense que de cette manière, plus de gens peuvent se retrouver dans les chansons.
Vous avez enregistré une version française de votre chanson "The Little Things", rebaptisée [musique:293260 "Ces petits rien"]. Vous envisagez de chanter à nouveau en Français ?
Oui, j'aimerais beaucoup enregistrer une autre chanson en Français. Je le ferai certainement avec un des titres du nouvel album, je ne sais pas encore lequel, probablement un des singles, peut-être "Fearless".
Une dernière question, que je suis obligé de vous poser. Que ressentez-vous suite à la mort soudaine de Michael Jackson ?
C'est bouleversant et regrettable. C'est très triste. Etant donné que je voyage à travers le monde en ce moment, j'ai réellement pu voir à quel point sa mort a affecté la planète entière. C'est impressionnant de voir qu'il a inspiré des millions de personnes d'une manière ou d'une autre, que ce soit en tant que chanteur, en tant qu'artiste ou en tant que danseur. Je trouve que la manière dont le monde entier lui rend hommage et ce que les gens font pour lui montrer leur amour et leur soutien est extraordinaire et, où qu'il soit, j'espère vraiment qu'il peut le voir.
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