
'est hier qu'est sorti "Changer le monde", le deuxième album du chanteur québécois
Gage. Après avoir fait forte impression avec
"Pense à moi" en 2004, il repart à l'assaut des charts français avec des titres aux influences rétro et aux thèmes plus variés. A l'occasion de la sortie de l'album, nous avons rencontré
Gage. Il nous parle de la préparation de cet album, de l'importance de l'engagement en tant qu'artiste et aussi... de la musique fast-food.
Madonna n'a qu'à bien se tenir !
Ozap : Comment décrire Gage en trois mots ?
Gage : Passionné. Acharné. Esprit jeune, trop jeune peut-être même ! (Rires).
L'esprit trop jeune, ça ne se ressent pas vraiment dans votre musique. Vous êtes allés chercher des sonorités assez rétro…
Oui, mais il faut me voir en spectacle ! J'aime que ça bouge ! Je veux que tout le monde soit au taquet, parce que moi je le suis. Je saute partout !
Dans quel état d'esprit êtes-vous pour la sortie de ce deuxième album ?
Je suis excité, j'ai peur… c'est comme sortir de prison ! C'est tellement long ! Maintenant, je n'ai plus à m'inquiéter de rien, c'est au public de décider. Ca fait trois ans, je n'étais pas là, j'étais à Montréal, j'avais peur parce que mes fans ont grandi, le monde a changé. Revenir aujourd'hui, ça donne envie mais ça fait peur aussi. Est-ce que j'ai encore ma place ?
Ces trois ans, ça n'a pas été comme de la prison ?
Non, mais ça a été beaucoup de remise en question, après un premier album qui a bien marché. C'est se demander sans cesse ce qui va se passer par la suite, parce que c'est ma vie la musique ! Il y avait beaucoup d'interrogations et de pressions : arriver avec de nouveaux titres, qui vont toucher les gens, des nouvelles histoires, un nouveau son, quelque chose de frais… Et puis se dire que peut-être que le premier album était le plus haut point de ma carrière et aujourd'hui, bonjour McDo ! (Rires).
Ce genre de remise en question est-il nécessaire ?
C'est ce qui fait qu'on n'a pas envie de décevoir. C'est un truc d'artiste peut-être ! De toute cette remise en question, on sort son univers en tant qu'artiste. Moi, je fais de la soul, donc j'ai besoin de quelque chose de cru, qui me fait mal. Je dois m'inspirer de ce qui arrive autour de moi.
Il y a une forte inspiration américaine en termes de son sur votre album, mais vous n'avez pas collaboré avec de nombreux artistes sur chaque titre, comme ça se fait beaucoup là-bas. C'était un choix ?
On a essayé beaucoup de choses ! Même point de vue son, j'ai essayé d'abord un son beaucoup plus électro, à la Timbaland, mais ça ne collait pas. Au bout de deux semaines, on a réalisé que ça n'allait pas. Et on a essayé des collaborations, mais ça n'allait pas non plus.
Vous n'avez travaillé qu'avec Vitaa, qui partage "Tu peux choisir"…
On s'est rencontré l'année dernière, puis elle est venue à Montréal. Elle a écouté le morceau qui était très Motown, et ça correspondait tout à fait à ce qu'elle voulait faire. Ca a été un coup de cœur personnel, je suis tombé sous son charme. Et puis sa voix et la mienne se sont très bien mariées.
Deux titres de votre album parlent de la planète, de l'environnement. Ce n'est pas un peu opportuniste ?
Au contraire, la démarche est sincère ! Je m'intéresse aux gens, au monde qui m'entoure. La musique que je faisais avant, ça parlait de moi, mais pour toucher les gens. Aujourd'hui, c'est la même démarche, mais je veux les sensibiliser à des choses plus importantes, je ne veux pas chanter que des chansons d'amour. Pour moi, c'est le moment de jouer les super-héros ! On est tous des sauveurs, on a l'opportunité de faire quelque chose. Et ce n'est pas parce qu'on parle d'écologie que ce n'est pas fun ou pas vrai. Je ne suis pas en train de faire un truc marketing.
James Brown faisait ça,
Marvin Gaye faisait ça, c'est dans cette démarche que je m'inscris.
C'est un devoir en tant qu'artiste ?
Oui, de plus en plus. Je regarde Bono, Wyclef, je regarde partout autour de moi, et je me demande ce que moi je peux faire.
Et l'engagement politique ?
Non, c'est pas mon truc ça, je m'engage d'autres façons. En Haïti il n'y a pas d'électricité. Je donne mes vêtements, pour essayer d'aider des gens de ma famille qui sont là-bas et qui sont en train de mourir. Le recyclage aussi je le fais, c'est presque une compétition dans ma rue pour celui qui le fait le mieux ! Je pense que cet engagement, ces messages, c'est important pour un artiste. Il n'y a pas que les nénettes dans les clips !
Si on vous propose de faire la Star Ac pour faire votre promo, vous le faites ?
Oui, bien sûr ! Peu importe la plate-forme, si on peut faire passer son message, il faut le faire ! Là, je reviens de
Fort Boyard, et j'y suis allé pour une bonne cause !
Star Academy, c'est un moyen comme un autre, et en plus ça s'adresse aux jeunes, donc si mon discours peut en inspirer un ou deux, tant mieux !
On colle souvent une étiquette aux candidats à la Star Ac. Vous en avez déjà été victime ?
Oui, tout le monde le fait. Mais mon premier album s'appelait
"Soul Rebel". J'ai essayé d'incorporer plein de choses, et en spectacle je pousse encore plus les limites. Je vais faire du Prince, du Police, un peu de Radiohead, et mélanger tout ça pour montrer que la soul, en fait, c'est toi. Le reste, tu l'agrémentes comme tu veux. Si je décide de faire du rock, les gens qui me connaissent déjà ne seront pas surpris, parce que je l'ai déjà fait.
Vous prenez des risques en refusant de vous cantonner à un style, et pour ça, il faut une maison de disques qui vous soutient. La crise du disque ne vous fait pas trop peur ?
Si, mais je pense que ça va forcer les artistes à sortir du bon matériel. C'est fini le fast food ! Il va falloir trouver des trucs qui vont vraiment toucher les gens. C'est comme ça que j'ai envisagé mon retour. C'est un retour à la source, il y a pas mal de gens qui le font, comme
Amy Winehouse qui a travaillé avec
Mark Ronson. Ils ont cherché du côté des années 60, ils ont gratté pour retrouver quelque chose de nouveau. Et quand, à côté, on voit le nouveau
Madonna… il y a une vraie différence entre fast food et quelque chose de qualité.
Oui, mais Madonna vend aussi...
Oui, mais ça s'essouffle ! Le premier single
"4 Minutes", on a senti que c'était marketing. Ce n'est plus la Madonna de Holiday, où ce qu'elle faisait était frais et nouveau. Aujourd'hui, c'est réchauffé et les jeunes préfèrent zapper. Il faut faire attention à ça !