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08H41 Le 03/10/08 Business 8 publié par Julien Lalande
Samuel Etienne : "Créer les conditions du débat"

Samuel Etienne : "Créer les conditions du débat"


Samuel Etienne
Samuel Etienne


Après plus de huit ans passés au sein du groupe Canal+, Samuel Etienne a rejoint cet été France Télévisions. Dès ce soir, il présentera chaque vendredi Comme un vendredi, un magazine d'actualité programmé juste après le Soir 3. Il atterrit également sur France 4 où il animera chaque mois une émission innovante réunissant lycéens et politiques. A cette occasion, le journaliste revient pour Ozap sur ses nouvelles émissions, sur son départ mouvementé de Canal+, mais aussi sur plusieurs faits d'actualité marquants du PAF, comme les départs de PPDA et de Florence Schaal de TF1.

OZAP : Dans quelques heures, vous présenterez la première de Comme un vendredi. Dans quel état d'esprit êtes-vous ?
Samuel Etienne : Sur le papier tout fonctionne. On a fait deux numéros zéro il y a quelques jours. Là aussi, ça fonctionne. Et surtout, Comme un vendredi correspond journalistiquement à ce que je voulais faire. Je me sens à l'aise pour porter le projet. Je ne pense pas qu'on va réinventer le genre - de toute façon ce n'est pas mon objectif - mais ce que je sais, c'est que je vais y prendre beaucoup de plaisir.

Quel est le concept de l'émission ?
Ce n'est ni un magazine politique, ni un magazine sur l'Europe comme j'ai pu l'entendre. Je préfère parler de magazine d'actualités au sens large. On peut parler d'une triple promesse : d'abord, un retour sur l'actualité de la semaine. Un 7 sur 7 nouvelle formule si vous voulez. Il s'agira d'un reportage de 5 minutes préparé par deux journalistes féminines, deux plumes, qui alterneront. La deuxième promesse, c'est une rencontre avec une personnalité qui nous accompagne de la première à la dernière minute de l'émission. Et la troisième, c'est l'image. Près de 50% du programme sera composé par les magnétos : le retour sur l'actu, le portrait de l'invité, un zapping réalisé à partir des images des stations régionales de France 3 et enfin une enquête d'environ 13 minutes. La première sera consacrée à l'alcool chez les jeunes.

On a parlé d'un invité surprise également...
Oui, exactement. C'est lui qui viendra créer les conditions du débat. Son identité est bien évidemment cachée à l'invité. Il viendra lui poser ses questions. Une femme nous rejoindra en fin d'émission, elle sera la seule chroniqueuse. Il s'agit de Marielle Darrigrand, une sémiologue, qui viendra nous parler du mot de la semaine mais aussi des mots de l'invité.

Quels seront vos invités ?
Des politiques souvent, au moins une fois sur trois. C'est ce qui m'intéresse le plus dans l'actualité. Et puis très régulièrement, il y aura aussi des artistes. J'espère avoir des grands chefs d'entreprise, des personnes de la société civile. Toutes ces personnes auront deux choses en commun : une passion pour l'actualité et des choses à dire sur la société dans laquelle ils vivent. Ce soir, nous aurons Nicolas Hulot. On recevra aussi Xavier Darcos, Patrick Poivre d'Arvor et Julien Clerc les semaines suivantes.

Comment avez-vous convaincu PPDA ? On sait qu'il va sortir un livre le 15 octobre qui devrait faire parler...
Paul Nahon (patron de l'info de France 3, NDLR) l'a appelé pour lui proposer de participer à l'émission, Patrick lui a dit oui. Ils se connaissent bien. Et puis j'ai croisé PPDA à un dîner de bretons où il m'a confirmé sa venue lors de l'émission du 17 octobre. C'est quelqu'un que j'admire. Je suis content de le recevoir. Je vais essayer de prendre mes distances de ma position « d'admirateur » pour poser les bonnes questions.

[S1663326W350 Crédits : France 3/Schousboe]]Avec un invité comme PPDA, qui n'est pas engagé politiquement, de quoi allez-vous parler ?
De politique d'abord. Même si l'invité n'est pas un "politique professionnel", on parlera toujours de ça. Ca sera la condition nécessaire pour qu'un invité vienne chez nous. Si c'est pour parler de son dernier chiffre d'affaires ou de son dernier album, ça n'a aucun intérêt. Après, on ne parlera pas que de politique. On parlera aussi de l'actualité. Avec PPDA, on discutera de son nouveau livre. Je pense qu'il y aura quelques révélations sur son éviction de TF1 même si je n'ai pas encore reçu son ouvrage.

Justement, qu'avez-vous pensé de cette éviction ?
Ça m'a choqué qu'on se sépare de manière aussi brutale, avec aussi peu de ménagement, de quelqu'un qui est resté à son poste durant 21 ans. C'est symbolique de la violence des relations qu'il peut y avoir dans le monde du travail. Ensuite, je pense que c'est une mauvaise décision. En tant que téléspectateur assidu du JT de PPDA, je me sens frustré et orphelin.

C'est violent la télévision ?
C'est violent comme le monde du travail. Ni plus ni moins. C'est juste plus médiatisé.

Qu'avez-vous pensé du licenciement de Florence Schaal à TF1 ?
(Long silence) Il y avait une faute journalistique évidente, qu'elle a tout de suite reconnue. Je crois que ça peut arriver à n'importe quel journaliste. Au niveau de la vérification des sources et de l'honnêteté de l'information, je ne suis pas sûr que beaucoup de gens ait des leçons à lui donner. Être sanctionnée de la sorte après 33 ans de collaboration, ça me semble disproportionné. Évidemment, il devait y avoir une sanction, mais pas celle-là. Un avertissement, un blâme ou une mise au point aurait suffit. Humainement, cela aurait été bienvenu.

Et comment s'est passée votre séparation avec Canal+. Elle a été brutale là aussi ?
Ah je ne l'ai pas vue arriver celle-là (rires). C'était comme une histoire d'amour : une séparation, ça ne peut jamais bien se passer, quelque soit les efforts des deux parties, en l'occurrence des deux ici. Bien avant la fin de saison, Canal+ et moi avons décidé que je ne rempilerai pas pour une deuxième saison à la tête de L'Edition Spéciale. J'étais mal à l'aise dans ce programme où on mêlait info et divertissement. On s'était mis d'accord sur le fait que j'allais revenir sur de l'info pure et dure et qu'on annoncerait mon départ de l'émission à Cannes. Le problème, c'est qu'avec le mercato, l'information a "fuité" en étant déformée. La rumeur disait que j'étais débarqué. J'ai alerté ma direction qui n'a pas réagi. J'ai donc décidé de prendre le parti d'annoncer - chez vous d'ailleurs, à OZAP - mon départ, dans des termes très choisis. Canal+ n'a pas apprécié cette initiative.

Vous semblez ému. Ce départ vous a rendu malheureux ?
Oui, ça a été dur à vivre. Ce sont des gens avec qui j'ai eu une très belle histoire. Après cet événement, je n'ai pas réussi à voir la direction de Canal+. Humainement, c'était vraiment dur. La période a été compliquée. Mais les directions de Canal+ et d'i-TELE m'ont fait confiance, ont cru en moi et m'ont laissé toute liberté dans mon travail. C'était un luxe infini. Je me sens infiniment redevable.

Cette saison, vous débarquez également sur France 4, à la tête de Questions de génération...
J'en suis fier. Pour la première fois de ma vie, j'ai créé une émission. Avec Grégoire Olivereau, mon producteur, on a voulu construire une émission politique avec le soucis de créer un nouveau format. Rapidement, on s'est dit qu'il fallait aller vers les jeunes. Pas les étudiants, pas les profils type Sciences Po - on avait peur d'avoir un discours très formaté - mais des plus jeunes, des lycéens de 16 à 18 ans. A cet âge, on a une curiosité maximale. On remet tout en question. Leur curiosité pour l'actualité et leur impertinence m'intéressent.

Quel est le concept ?
L'émission est très ambitieuse. On s'installe durant un an dans un lycée. Cette saison, nous serons dans l'établissement Honoré de Balzac, porte de Clichy. C'est le plus grand lycée de Paris. Tous les mois, on leur apporte une personnalité politique de premier plan. Et on organise les conditions d'un dialogue entre 15 à 20 lycéens et ce politique dans un grand décor d'émission de télé qu'on installera dans le gymnase du lycée. Je serai l'arbitre, le médiateur de l'émission. L'émission sera composée de 4 thèmes d'actualité qui seront choisis par les lycéens qui seront introduits par des petits magnétos "rock" selon les termes de Bruno Gaston (le patron des programmes de France 4, NDLR).

Avez-vous la même liberté de ton qu'à Canal+ ? Vous travaillez désormais à France Télévisions, une entreprise détenue par l'Etat qui est en plus au centre des discussions en ce moment.
Ce sont des groupes très différents économiquement, qui n'ont pas les mêmes ressources, la même richesse. Mais ils ont un point en commun : une volonté d'indépendance, farouche, chevillée au corps. Je ne suis donc pas dépaysé.

Financièrement, c'est difficile de construire une émission sur France Télévisions ?
Sur Canal+, le facteur financier n'est pas absent mais il n'intervient pas au premier chef. Je découvre qu'ici, en revanche, c'est un critère très important. La ressource financière n'est pas la même, c'est l'argent du contribuable. Ce serait donc mentir de dire que c'est pareil. En même temps, s'il suffisait d'avoir beaucoup d'argent pour faire une bonne émission, ça se saurait.

Vous avez des objectifs d'audience ?
Pour l'instant, on ne m'en parle pas. Paul Nahon m'explique que j'ai le temps. J'espère l'avoir. Jusqu'ici, le vendredi à 23h30, il y avait une case documentaire qui tournait autour des 8%. A 10%, je serais très content.

Lors de votre dernier entretien à OZAP, vous aviez confié votre envie de refaire des JT et de la radio. C'est toujours d'actualité ?
C'est dans un coin de ma tête. Le JT est l'exercice où j'ai le plus de plaisir. Ce n'est pas une urgence mais j'espère en refaire. La radio c'est la même chose. Mais pour l'instant, je me concentre sur mes deux émissions à France Télévisions.

On avait parlé de vous pour intégrer Europe 1. Vous auriez même fait des tests pour animer la matinale.
Non, c'est faux. Je n'ai pas fait de tests. Mais il est vrai que Jean-Pierre Elkabbach m'a proposé le poste. J'ai décliné parce je ne me sentais pas capable d'animer une telle tranche.

*"Comme un vendredi", chaque vendredi sur France 3 vers 23h30. La première sera diffusée le 2 octobre à 23h25.
*"Questions de génération", chaque mois sur France 4 à 20h45. La première sera diffusée le lundi 20 octobre.


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