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07H00 Le 19/12/06 News 0
Isabelle Giordano - Yves Decaens : « Nous aidons les gens à ne pas se faire avoir »

Isabelle Giordano - Yves Decaens : « Nous aidons les gens à ne pas se faire avoir »


Isabelle Giordano et Yves Decaens présentent "Service public"
Isabelle Giordano et Yves Decaens présentent "Service public"

Tous les matins de 9h30 à 10h30, Service Public signe le retour sur France Inter d'une émission traitant des sujets de consommation dans toute leur diversité. Dans les années 70, Anne Gaillard avait marqué son époque en devenant le porte-parole des consommateurs et dénonçant sans complaisance arnaques et abus. Isabelle Giordano (Jour de fête sur France 2 ; lire son interview) et Yves Decaens (ancien présentateur de la revue de presse et du 13-14) souhaitent s'inscrire dans cette lignée, tout en proposant régulièrement des émissions spéciales, touchant à la politique notamment. Aujourd'hui, le duo reçoit justement Xavier Bertrand, le ministre de la santé, pour lui remettre une pétition contre les cigarettes bonbons. Rencontre avec Yves Decaens et Isabelle Giordano pour imédias.

D'où vient l'idée de lancer cette émission pour les consommateurs sur France Inter ? Est-ce un clin d'œil à Anne Gaillard qui proposait une émission sur ce thème dans les années 70 ?
Y.D. A la base, c'est vrai que c'est une référence à Anne Gaillard. Pas tellement dans la forme mais sur le fond. Le créneau de la consommation n'était pas traité sur France Inter. Le nouveau directeur Frédéric Schlesinger souhaitait qu'on s'y intéresse de façon un petit peu offensive, virulente, comme le faisait Anne Gaillard justement, mais c'était plus facile à l'époque.
I.G. L'idée, c'est effectivement d'être un peu les enfants d'Anne Gaillard à notre manière et adaptée aux années 2000. Il y a un mouvement de fond relatif à la défense du consommateur, au fait que les gens aient envie d'être bien informés, d'être assez vigilants. On peut rapprocher ce mouvement à celui des internautes qui ont envie de prendre la parole sur Internet, de s'exprimer sur les hommes politiques, de bloguer, etc.
Y.D. Il faut savoir qu'Anne Gaillard dénonçait, rentrait dans le lard, par exemple des assureurs ou des banquiers. A l'époque, c'était nouveau. Il n'y avait pas la concurrence qui existe aujourd'hui. Il n'y avait pas ce sentiment qu'aujourd'hui les consommateurs sont vigilants par eux-mêmes.
I.G. Enfin l'émission est aussi née du fait que France Inter est une radio qui ne dépend pas de la publicité. Donc c'est l'occasion pour nous de parler des marques sans avoir de pression économique.

La formation de votre duo est une surprise. Comment avez-vous été réunis?
Y.D. La collaboration programmes-rédaction (information) est inédite à France Inter. Ce sont des façons de travailler différentes, des approches différentes, c'est ce que Frédéric Schlesinger souhaitait. Il cherchait une complémentarité.
I.G. C'est vrai que sur un sujet aussi complexe, avoir un double regard, d'un homme et d'une femme, c'est au service de l'émission et c'est enrichissant.

Avez-vous des rôles bien définis ?
Y.D. Non, il y a une grande part d'improvisation.
I.G. On mène l'émission comme deux conducteurs, c'est comme une voiture avec deux volants.

Les thèmes abordés sont très variés. Comment s'opèrent vos choix ?
I.G. On fonctionne vraiment comme une rédaction comme pour toutes les émissions. Chacun met un peu la main à la pâte et propose des idées. Personne n'impose rien, on essaye d'avoir des décisions collégiales. On essaye de s'appuyer surtout sur l'actualité. Hier par exemple sur la viande avariée. Ce sujet a fait l'actualité au début du mois. Nous le traitons maintenant, à l'approche des fêtes. Ca permet de prendre le temps de la réflexion. On réagit aussi à chaud sur des événements d'actualité.
Y.D. Mais ne pas réagir trop à chaud, c'est aussi une manière de se distinguer de la rédaction.

Aujourd'hui vous interpellez le ministre de la santé sur la question des cigarettes bonbons qui a beaucoup fait réagir vos auditeurs. 98% d'entre eux se sont déclarés contre ce produit. Vous allez donc lui remettre cette pétition des auditeurs. Comment en êtes-vous arrivé à ce projet ?
I.G. C'est venu naturellement. Quand on anime une émission qui s'appelle Service Public, on se sent parfois très attaché à certaines causes du service public, notamment sur la santé publique. On a pris connaissance de l'existence de ces cigarettes et le fait qu'elles soient vraiment destinées à la vente pour les jeunes, ça nous a choqué. On s'est dit que c'était tout à fait normal d'en informer le ministre et de le soumettre à la question.
Y.D. Dans le cahier des charges de l'émission, il y avait la volonté de prendre parti, de prendre position. Dans la discussion, on s'est dit pourquoi ne pas lancer un appel aux auditeurs et ça a bien marché.

Comment allez-vous procéder pour cette émission ?
Y.D. Le ministre est déjà au courant qu'il y a 98% contre ces cigarettes. Il risque de nous répondre qu'il va faire tout son possible ; il l'a déjà fait pour les prémix (des sodas alcoolisés, NDLR) en les surtaxant. Il a la possibilité de surtaxer ces cigarettes et s'il ne le fait pas, on lui demandera pourquoi. Il va peut être nous annoncer aussi qu'il a pris une décision. On va aussi le faire réagir sur d'autres émissions qu'on a faites, notamment sur l'accès au soin des plus démunis, la CMU.
I.G. On peut espérer que ça va le faire réagir en tout cas. Et il y aura un vrai dialogue entre les auditeurs et le ministre. C'est bien que France Inter soit à l'origine de ce genre de débats.
Nous sommes des passeurs, des médiateurs pour aider les gens à se défendre et ne pas se faire avoir.

Pensez vous reproduire ce concept d'émission où vous interpellez une personnalité ?
Y.D. On a des thèmes en tête mais pas vraiment d'interpellations de prévues dans l'immédiat. Pourquoi pas Donnedieu de Vabres sur la question de la licence globale, par exemple ?
I.G. Et puis nous avons en projet une autre nouveauté : à partir du 11 janvier, on va faire une émission spéciale sur le traitement de l'information politique sur France Inter. Ce rendez-vous reviendra une fois par mois pendant toute la campagne présidentielle. Voilà encore une autre manière de discuter avec les auditeurs.

Votre émission traite de consommation, tout comme Julien Courbet depuis plusieurs années sur RTL. Comment pensez-vous vous distinguer de son programme ?
I.G. Les comparaisons, on peut les faire, il n'y a pas de honte. Mais on est très différents : Julien Courbet se base sur des arnaques, nous aussi, mais on ne fait pas que ça. On est aussi sur d'autres problèmes, d'autres enjeux, comme la santé publique. Surtout on a une forme de débat. Notre spécialité, c'est vraiment de mettre deux personnes, en général, qui ne sont pas d'accord l'une en face de l'autre et essayer d'en tirer des conclusions. Julien Courbet enfin est uniquement dans l'attaque, pas dans le débat.
Y.D. Julien Courbet est dans la dénonciation, pas dans l'information. En plus, il dénonce des cas particuliers. Nous on essaye plutôt de rendre service au plus grand nombre alors que lui rend des services ponctuels aux personnes qui appellent avec leur cas particulier. Enfin il a plus l'idée de spectacle alors que nous sommes dans l'information.

Aucun de vous deux ne va traiter directement de la campagne présidentielle en 2007 en tant que journaliste. N'y a-t-il pas un sentiment de frustration de ne pas couvrir cet événement plus directement qu'avec votre émission ?
Y.D. Je suis ravi d'y échapper cette année et bien content d'échapper aux petites phrases de Ségo et Sarko. Je n'étais pas obligé de venir faire l'émission de consommation ; j'aurai pu continuer le 13h. Donc non c'est un challenge de traiter des sujets que nous n'avons pas l'habitude de traiter dans l'info.
I.D. J'ai l'impression qu'on participe à tout ce qui est politique au sens large. On a été parmi les premiers à parler de la contestation des chiffres du pouvoir d'achat et je vois que maintenant c'est l'un des thèmes récurrents dans la campagne. On a quand même l'impression de débattre de questions politiques au sens large, de la vie de la cité.

Isabelle Giordano, vous avez justement déjà fait part d'une envie de traiter de politique en tant que journaliste...
Oui j'adore la politique, je ne l'ai jamais caché, mais j'ai toujours eu l'impression finalement de faire des émissions politiques. Qu'on parle avec des adolescents, qu'on parle même de cinéma, il y a plein de choses qui sont politiques : par exemple, quand je parle d'Indigènes qui sort au cinéma, j'ai l'impression que ça touche la politique mais au sens large.

Yves Decaens, après les locales de Radio France, la revue de presse et le 13-14 de France Inter, vous vous rapprochez clairement du format magazine. C'était une Ce que j'aimais bien dans le 13-14, c'était surtout le 13h30-14, la partie magazine, donc comme cette partie a disparu, il n'y avait plus que la partie news à faire. C'est intéressant, mais j'ai fait ça pendant 20 ans. Au bout d'un moment, ça devient une mécanique.

Et votre souhait de partir à l'étranger en tant que correspondant...
Ca aussi j'aurai bien aimé, mais c'est toujours mal tombé. Les correspondants à l'étranger restent 4 ans et à chaque fois que j'ai émis le souhait de partir il n'y avait pas de postes ou bien j'étais parti sur autre chose comme la revue de presse. Ca ne s'est pas trouvé. Rome, Londres, ça m'aurait bien plu !


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