Bruce Toussaint : "Je ne veux pas être le sauveur de Canal +"
Depuis septembre dernier, Bruce Toussaint est aux commandes des mi-journées de Canal+. Après être parvenu à redresser les audiences des petits matins de la chaîne cryptée avec La matinale, L'édition Spéciale a permis à Canal+ de dépasser ses objectifs d'audience en réunissant, chaque jour, environ 5% des téléspectateurs. Deux succès qui ont attisé la convoitise d'autres médias, des radios (comme Europe 1 l'an dernier) comme des télévisions (comme M6). Mais le journaliste a choisi d'être fidèle au groupe audiovisuel qui lui a donné sa chance. Entretien.
C'est aujourd'hui la dernière de la saison de L'Edition Spéciale. Quel bilan dressez-vous ?
Je suis très content. J'ai passé une année extraordinaire, vraiment. Le mot n'est pas trop fort. Je me suis énormément amusé. J'ai découvert une bande de chroniqueurs fous furieux comme je les aime, terriblement attachants. Et puis, au-delà de l'aspect humain, professionnellement, je crois qu'on a montré qu'on pouvait, à la mi-journée, proposer un rendez-vous qui soit une vraie alternative au JT, plus moderne, plus décalé, un peu plus drôle aussi. Malgré tout, on brasse tous les grands sujets d'actualité. Et puis nous avons eu des vrais moments d'actualité pure comme lors du crash du vol Rio-Paris.
Vous êtes parvenus à redresser les audiences en dépassant régulièrement les 5% de parts d'audience...
Oui, très régulièrement au-dessus des 5%, ce qui est beaucoup pour la chaîne. Et même des pointes à plus de 6%. Ça représente quand même en téléspectateurs des pointes à 800/900..000 les grands jours. Et en moyenne, entre 600..000 et 700..000 personnes. Ça fait du monde... !
« Une autre case sinistrée ? Non, ça va aller ! »
Après avoir redressé les audiences du matin, vous avez redressé celle de midi, vous êtes un peu le messie de Canal+ ?!
Je ne crois pas être le messie ! Je pense que c'est une coïncidence et je ne vois pas de rapport entre les deux, pour être honnête. C'est assez peu comparable dans la mesure où La Matinale était une création d'émission, une création de case ; le midi, c'est un peu plus compliqué : j'ai repris une émission qui existait déjà. Et, de toute façon, je ne pense pas qu'on puisse mêler religion et télévision... (sourire)
Il n'y a pas d'autres "cases sinistrées" qui vous intéressent à l'heure actuelle ?
(Rires) Non, ça va aller. Ça m'ira très bien de ne pas être le sauveur l'an prochain. Non, je n'ai pas cette vocation-là. Je ne tiens pas à être le sauveur ou le pompier de service ! Ce n'est pas un but dans la vie !
L'émission va-t-elle évoluer la saison prochaine ?
C'est une question qu'on se pose. Pour être honnête, les discussions vont vraiment commencer maintenant mais je pense qu'on va essayer de changer le moins possible. Je pars du principe qu'on ne change pas une équipe qui gagne et que là, on a réussi à consolider des bases. Je voudrais qu'on garde la même équipe, ce qui devrait être le cas a priori. Une évolution interviendra peut-être dans un an. Je pense qu'il faut au moins deux ans pour que les téléspectateurs nous connaissent, se fidélisent. Il y a encore beaucoup de boulot. Quand on fait 5% à 6% de parts de marché, on peut viser un peu plus haut. Et ce n'est pas forcément en faisant des changements. Au contraire, la stabilité est très importante.
[S2266976W450 Chris Esquerre, Daphné Burki, Bruce Toussaint,
Ariel Wizman, Anne-Elisabeth Lemoine et Nicolas Domenach
crédits Canal+/Rabaux]]Et ça ne passe pas par l'envie de mettre de nouveaux visages autour de la table en plus, par exemple ?
La table est déjà bien garnie. Donc, pour mettre de nouveaux visages, il faudrait que certains s'en aillent et comme je ne souhaite pas leur départ, je ne vois pas très bien qui… Après, il y aura peut-être UNE arrivée, mais ce n'est pas encore finalisé.
On a vu justement que Marie Colmant quittait le matin. Vous avez travaillé avec elle sur La Matinale. Par exemple, c'est le genre de personnalité que vous avez envie de faire venir ?
Oui, c'est possible. Si cela se présente, je serais ravi de retravailler avec elle. Mais, encore une fois, pour l'instant, cela reste du domaine du possible.
« Ma place est ici, sur Canal+ »
Votre nom a circulé pour le JT de M6. Avec quels arguments Canal+ vous a convaincu de rester ?
Ça ne se passe pas comme ça. J'ai été contacté, comme de très nombreuses personnalités. Après réflexion personnelle et avec la chaîne, j'ai décidé de rester pour une raison très simple : ma place est ici. Il n'y a pas eu d'arguments, de propositions, de contre-propositions. La preuve, je suis là, il n'y a rien de plus ou de moins. C'est simplement une réflexion sur le fond et sur l'envie de continuer d'être à Canal.
L'émission estivale que vous allez présenter dans quelques semaines, ça ne faisait pas partie des négociations ?
Non, pas du tout. C'est quelque chose qu'on m'a proposé il y a un mois, donc bien après ce petit épisode. D'ailleurs, j'étais très surpris qu'on pense à moi pour cette émission mais ça n'a absolument pas joué dans ma décision.
Cet été, vous êtes donc à l'antenne avec un jeu basé sur l'info et intitulé "Le News Show". De quoi s'agit-il plus précisément ?
Pour être très honnête, j'ai encore du mal à me rendre compte car c'est une création et les tournages n'ont pas encore débuté. Ce que j'en sais, ce que je vois sur le travail qu'on fait ensemble avec les producteurs et la chaîne, c'est qu'en gros, ça va être un "jeu prétexte", dans le sens où ce sont deux équipes de deux personnalités qui vont s'affronter, mais pour le fun. Ça sera de 19h10 à 19h55, tous les jours à partir du 6 juillet.
Quelle est la mécanique de l'émission ?
On va montrer énormément d'images et on va jouer avec ces images. Il y aura des questions : qu'est-ce qui se passe dans cet extrait ? Regardez bien ces images... et, derrière, je pose trois questions.... Donc, c'est comme un énorme zapping des douze derniers mois. Ce n'est pas un jeu de connaissances, c'est un divertissement. Je vais être là aussi pour essayer d'apporter des compléments d'info, donner des petits trucs en plus, des anecdotes, faire commenter les gens... Par exemple, certaines personnalités politiques qui vont participer à l'émission seront chargées de commenter certaines images dont ils ont été les acteurs ou les actrices. Donc, ça sera un peu à moi aussi de jouer le rôle de l'intervieweur.
Dans les politiques, qui sont ceux qui ont d'ores et déjà accepté de participer ?
Pour l'instant, il y a un secret défense sur les noms des politiques parce qu'on se dit qu'on ne veut pas non plus faire de promo là-dessus. Par décence vis-à-vis d'eux, je ne vais pas vous en donner. Mais dès qu'on les aura tournés, je pourrai vous le dire ! (Selon nos informations, Rama Yade, David Pujadas, Marianne James, André Manoukian, Jean-Pierre Foucault et Anne-Sophie Lapix vont notamment participer au programme)
« Dans ce métier, il ne faut pas faire de projets »
La case de Michel Denisot est une case qui marche bien. Est-ce qu'il y a une pression d'audience pour vous ?
Non... (Rires) Sincèrement, je ne me suis pas posé ce genre de questions. D'abord, parce que ce n'est pas la case de Michel Denisot, c'est 19-21h. Donc, moi, je n'en occupe qu'une petite partie. Et puis c'est l'été, donc les données sont différentes. Sincèrement, je me suis plus concentré sur des questions de format, de jeu et sur les invités que sur la question de savoir si ça allait faire de l'audience. J'espère que ça fera un peu d'audience et que nous serons dignes de cette case qui est devenue une référence depuis quelques années.
Sur le Grand journal de Canal+, vous faites partie des noms qu'on cite régulièrement comme possible successeur à Michel Denisot. Il a dit qu'il continuait, au moins jusqu'en 2012. C'est quelque chose qui vous plairait dans l'évolution de votre carrière ?
Je me poserai la question le moment venu. Pour l'instant, je ne me pose pas du tout ce genre de questions.
Et comment vous voyez-vous évoluer ? Est-ce que vous vous dites qu'un magazine en access sur Canal ou ailleurs serait une suite logique ?
J'ai appris ces dernières années que faire des projets à plus de 12 mois était extrêmement périlleux dans ce métier. Donc, en ce qui me concerne, l'avenir s'arrête en juin 2010. Je ne sais pas ce qui se passera après et je refuse de me le demander. Ce n'est pas de la langue de bois dans le sens où, vraiment, on est dans un univers où tout est tellement fragile que tout peut arriver, tout peut se casser la gueule.
A plusieurs reprises, vous avez dit que vous aviez envie de faire de la radio. Est-ce toujours le cas ?
Le problème de la radio, c'est qu'idéalement, pour bien profiter de ce média et pour bien s'éclater, il faudrait le faire tous les jours. Et cela ne me paraît pas compatible avec ce que je fais.
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