Jamel Debbouze, la « french tchatche »
Il n’avait, à première vue, rien pour réussir. Pourtant, Jamel Debbouze, 31 ans, est aujourd’hui l’un des acteurs incontournables du cinéma français. D’Alain Chabat à Luc Besson, de Jeunet à Spike Lee, le voilà capable d’incarner tous les rôles. Et s’apprête maintenant à retourner à la radio.
Beur, issu de banlieue, un bras manquant, Jamel Debbouze semblait accumuler les handicaps pour réussir dans le cinéma. A 13 ans, ce fils cadet d’une famille marocaine de six enfants se fait en effet happer le bras par un RER. Le petit Jamel n’abandonne pas. Celui qui a compris qu’« en banlieue, soit tu as la force, soit tu as la tchatche », est remarqué par un directeur de théâtre de la Cité des Merisiers, où Jamel habitait. Ce sera sa première virée sur les planches, et la finale du Championnat de France junior de la ligue d’improvisation française à la clef. Sa tchatche, son gout pour parler de tout, de rien ou de n’importe quoi, ne le quittera jamais. Il fera même son succès. A 20 ans, il rentre directement à Radio Nova pour une émission quotidienne. Déjà, Jamel fait son ciné, tous les jours. C’est le début de l’ascension, sa gouaille plait, sur Paris-Première d’abord, puis sur Canal + où il intègre l’équipe des comiques de Nulle part ailleurs. Il devient la coqueluche de Canal, participe à la série H où ses potes Eric et Ramzy l’accompagnent dans la déconne. Parallèlement, il retourne sur les planches pour son premier one-man show, qu’il avoue très inspiré par Albert Dupontel.
La nouvelle coqueluche de la télé ne pouvait monter qu’au cinéma. Elle le devait. Après avoir tourné dans deux courts-métrages et fait une brève apparition dans « Les deux papas et la maman », c’est « Zonzon », film carcéral de 1998, qui sera son premier succès. Avec « Le ciel, les oiseaux et ta mère » la même année, Jamel impose son style, le langage des jeunes des quartiers et la gouaille irrévérencieuse. Et fait péter le box-office.
Entre romance et comédie, une nouvelle valeur sûre
Mais le petit homme ne s’arrête pas là. Oui, un jeune des quartiers sait jouer un rôle de jeune des quartiers, bien-sûr. Mais un acteur doit savoir tout jouer. Jamel abandonne donc le rôle de petit lascar pour camper Lucien, un épicier un peu benêt dans le célèbre « Fabuleux destin d’Amélie Poulain » de Jean-Pierre Jeunet. On découvre alors que Jamel peut jouer sans crier et que son personnage ne s’exprime pas que dans ses dialogues. Oui, oui, Jamel est un vrai acteur, pas forcément destiné à jouer toujours les mêmes rôles de petit banlieusard. A peine le temps de se remettre de la claque qu’il change encore de registre et s’intègre dans « Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre ». Il pique la vedette à Christian Clavier (Astérix) et Depardieu (Obélix) et se hisse sa petite bouille enfantine sur le devant de l’écran. C’est l’explosion. Le succès. Pourtant, on ne le verra quasiment plus pendant deux ans.
C’est finalement Spike Lee qui viendra le chercher pour le ramener de l’autre côté de l’Atlantique. Le cinéaste américain lui offre un petit rôle dans « She hate me » en 2004 et lui ouvre les portes d’Hollywood. Et c’est le plus hollywoodien des réalisateurs français, Luc Besson, qui récupérera la fierté française dans Angel-A un an plus tard. Le film, resté secret jusqu’à sa sortie, donnera à Jamel Debbouze un rôle à sa hauteur, tout en retenue. Puis « l’immigré de deuxième génération » reprend le dessus. Le révolté, le banlieusard, celui qui veut que ça change. Le Français avant tout. « On est nés ici, on est des iciciens », dira-t-il. Il coproduit alors « Indigènes », le film de Rachid Bouchareb, qui raflera plus de deux millions d’entrée en deux mois. Il a assez parlé pour déconner, il veut maintenant se faire entendre. Changer les choses. Avec ses compagnons, Samy Nacéri, Roschdy Zem, Sami Bouajila et Bernard Blancan, il rafle la Palme collective du meilleur acteur à Cannes en 2006, une première dans l’histoire du festival. Jamel écume les plateaux de télé, fait entendre son message, et gagne : les « Indigènes de la République », ces soldats de la Seconde guerre mondiale recrutés en Afrique pour combattre sous le drapeau français, obtiennent une reconnaissance (et une pension, par la même occasion) officielle. Son cinéma a fait bouger la politique, ce sera sa grande victoire.
Tout le monde se l’arrache, le petit Jamel fait partie de la cour des grands, comme Smaïn en son temps. On attend 2007, pour savoir s’il pourra être plus drôle dans le nouvel Astérix que dans le précédent. Ça risque d’être difficile. En attendant, c’est à la radio, dix ans après Nova, qu’il revient. Fun a raflé le gros lot. Cinq jours par semaine, Jamel animera la libre antenne, de 21 heures à minuit. Une chose au moins est sûre : si les auditeurs n’appellent pas, on peut toujours lui faire confiance pour combler.
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