Karl Zéro : « Je suis sur le net pour être libre »
Après 18 ans passés à Canal +, Karl Zéro a été débarqué en juin dernier. La traversée du désert a été de courte durée puisque l’animateur revient avec « Le club du net », une émission politique d’une heure diffusée sur AOL. L’occasion de se lancer dans ce qu’il pense être « l’avenir de la télé ». Pour imedias, il raconte à sa façon, sans langue de bois et en tutoyant, son licenciement de Canal + et son nouveau projet.
La question, en gros, c’est est-ce que faute de grive on mange des merles ? (Rires). Non, vraiment, j’avais réellement la volonté de le faire sur le web car j’ai constaté, en lançant le blog il y a six mois, puis le web2zero il y a un mois et demi, qu’on touchait un public généralement assez différent, très large, très intéressé et très participatif, interactif, intéressant. Je me suis dit « il y a un truc à créer ». J’ai mis en chantier ce Club du net, j’ai rencontré plusieurs personnes, puis AOL avec qui on a trouvé un partenariat. Mais sinon, je l’aurais fait tout seul, dans mon coin, sur le web2zero… Parce que si c’est pour aller présenter un jeu sur une chaine du satellite, tu vois, merci quoi…
C’est plus un pari sur l’avenir qu’une solution de la dernière chance ?
Bien sûr, c’est évidemment un truc d’avenir. Pour l’instant les gens ne s’en rendent pas bien compte, ça parle beaucoup mais ça n’agit pas. Nous, on y va, on le fait, et ça donne à AOL la possibilité d’être le premier portail à financer du contenu.
Cet été, tu as parlé de travailler pour la RTBF car les télés françaises ne voulaient plus de toi. Où en est le projet ?
En fait, il n’y a jamais eu de projet. J’étais en promo pour mon film « Dans la peau de Jacques Chirac » en Belgique. Je suis allé faire une émission à la RTBF : il se trouve qu’Yves Bigot, le patron de la RTBF, est un vieux copain du temps de Nulle part ailleurs. J’ai laissé un message du genre « Les Français parlent aux Français, je vais venir faire une émission ici ». C’était une déconnade, ça n’a jamais été à l’étude. Et de fil en aiguille, tout le monde a parlé d’un gros projet.
Tu dis que, parce que c’est le web, on pourra tout se dire. Aol n’est pas réputé pour être le portail le plus politiquement incorrect, au contraire. Est-ce que tu as une censure ?
Oh bien sûr qu’on pourra tout se dire. Il y a une totale liberté éditoriale pour mon équipe et moi, il n’y a pas l’ombre d’un doute. Si je viens là, c’est justement pour exprimer ce que je veux et qu’il n’y ait pas de diffuseur qui me prenne la tête.
Et d’autocensure peut-être ? Tu prépares par exemple un film sur la Présidentielle. Tu vas te mettre tes invités à dos !
Au contraire ! Le film sortira en mars, on n’y est pas, d’ici là, j’aurais fait mon émission. J’aurais eu le temps de les avoir. (rires)
Zapping, sketchs et interviews sérieuses… C’est l’esprit Canal ça ? N’as-tu pas peur d’autres procès ?
Ce serait quand même étonnant que ce soit eux qui m’attaquent pour contrefaçon, c’est plutôt à moi de le faire. Quand je regarde les différentes productions qu’ils font en ce moment, je retrouve énormément d’éléments qui faisaient le succès du Vrai journal, que ce soit chez Laurence Ferrari ou bientôt chez Thierry Ardisson. En gros, la partie reportage est chez Ferrari et le reste va se retrouver chez Ardisson.
Canal + est même allé jusqu’à t’empêcher de travailler chez SFR… (Karl Zéro accuse Bertrand Meheut d’avoir téléphoné à la direction de SFR pour leur interdire de le prendre, ndlr)…
C’est absolument aberrant. C’est non seulement déloyal, mais en plus ridicule, ça prouve qu’il y avait vraiment une haine, ce qui ne fait que renforcer ma théorie auprès du tribunal de commerce. Même si j’ai perdu en première instance, je vais gagner en appel grâce à cela. Ils ont fait une erreur historique en faisant ça : un coup de fil pour casser un mec, ça existait peut-être du temps d’Alain Peyreffite et de l’ORTF, mais de nos jours, ce sont des choses qui ne devraient plus exister. C’est le genre de choses que les gens trouvent dégueulasses.
C’est de la vraie rancœur personnelle ?
Bien sûr, ils n’avaient aucune raison de me virer. L’audience était excellente, l’image aussi, et c’était une année de Présidentielle. J’ai été licencié sans motif, mais au-delà de ça, ce qui se passe aujourd’hui avec SFR, ce n’est pas normal.
Justement, une année d’élection présidentielle, vous pensez qu’il y a eu des pressions politiques ?
Je pense que c’est pour ça qu’ils m’ont viré. Mais ils ne peuvent pas l’écrire noir sur blanc, ils ne peuvent pas licencier un mec dont la faute grave serait de ne pas pratiquer la langue de bois, ce serait un peu énorme (rires).
Une émission sur le web doit avoir moins d’impact et tu n’es pas réputé pour avoir ta langue dans ta poche. Est-ce dur de convaincre les politiques ?
Non, parce que je les connais bien, ça fait quand même dix ans que je les pratique. Et en même temps, ils savent que dans le panel des interviewers en France aujourd’hui, je fais quelque chose de vraiment différent, alors ils aiment bien venir.
Tu as déjà essuyé des refus ?
Pour l’instant, aucun.
La première émission est déjà en ligne. Est-ce que le format va évoluer sur les prochains numéros ?
Bien sûr, ça c’est l’avantage du web, c’est que c’est très léger. Donc ça n’a rien à voir entre la première émission avec Laurent Fabius et la suivante. C’est très évolutif.
D’ailleurs, pour une fois, une émission sur le net est réalisée avec des vrais moyens. Ça aussi c’est nouveau sur le web, on ne fait plus des podcasts avec un téléphone portable.
Au fond, il n’y a pas de différence entre télé, web, tout ça c’est la même chose, sauf que ce n’est pas encore entré dans la tête des gens. Ils sont toujours sur les vieux modèles, ceux qu’on a connus depuis qu’on est gosses. Mais tout ça va changer, bientôt on regardera la télévision non plus à horaires fixes mais à la carte. Mon émission est un avant-gout de ce qui se passera après sur les grands écrans.
Tu as changé ta façon de travailler entre la télé et le web ?
Oui, le web, c’est beaucoup plus de libertés, beaucoup plus facile, moins lourd à gérer techniquement. Ça donne la possibilité de retrouver une énergie qui me fait d’ailleurs penser au début des radios libres du début des années 80, quand on faisait des émissions avec vraiment des bouts de chandelle et on trouvait quand même un public. Et quelque part, ça me rappelle aussi les débuts du Vrai journal, car au début, personne ne se rendait bien compte de ce qu’on allait faire et on avait une totale liberté. Après il y a eu quelques problèmes. Et à la fin il n’y avait plus que des problèmes. (rires)
Tu as l’air de devenir plus sérieux. Il suffit de voir ton costume, chemise blanche et cravate noire.
J’ai du ranger ma chemise orange parce qu’elle était très estampillée Vrai journal. J’ai remis le look de Nulle part ailleurs. J’étais déjà habillé comme ça à l’époque.
Tu as repris dans le Club du net des personnages qui sont proches de ceux de Zerorama il y a dix ans. C’est quelque chose que tu ne pouvais plus faire à Canal, jouer les vieux collabos ?
Ça, c’est une déconnade qu’on a fait avec ma femme Daisy dans la cave. C’est vrai que les personnages viennent directement de Zerorama où on jouait un couple de petits vieux réactionnaires. On s’est dit que ça serait marrant de commenter l’émission comme ça. Il y a une chance sur un milliard que ce genre de personnes aient internet, c’est pour ça que c’est drôle de voir leur réaction. Et en tournant l’émission, on a remarqué que ce qu’il manquait, c’était ça, ces petits commentaires.
Le Club du net est donc ton grand retour. Et après, d’autres projets ? Tu parles par exemple de travailler avec Arte.
C’est à la fois précis et vague. On s’est vu plusieurs fois avec Arte autour des thèmes de l’International, de l’Alter-mondialisme, de « Une autre télé est possible », mais c’est une grosse machine franco-allemande difficile à bouger et pour l’instant, je ne peux pas en dire plus.
Le Club du net, le web2zero, ton blog, ton avenir est-il sur le net ?
Oui, clairement, mais je ne vois pas une telle différence entre le net et la télé, à part que tu n’es pas obligé d’être le dimanche à 12h40 devant ton poste. Ce que Canal faisait avec les rediffusions, c‘était déjà un avant-gout de ce que tu as sur le net. Ici, tu regardes par bouts, tu en piques, tu commentes, c’est ça qui est marrant. Mais de toute façon, ce n’est pas que mon avenir, c’est l’avenir de tout le monde qui est là, même si pour l’instant ils font comme si de rien n’était et que les portails ont peur de bouger, de produire du contenu. C’est là qu’il faut rendre hommage à AOL qui a osé se lancer. Souvent, les portails ont beaucoup de projets mais ont une déférence par rapport à la télé, ils les laissent dans les cartons en se disant « c’est pour la télé ». C’est là où SFR est bête, ils sont largement plus puissants que Canal +, et au-delà de ma personne, ils ont tout intérêt maintenant à essayer d’être autre chose qu’un tuyau. Ils se sont avoué vaincus.
Tu fais une émission sur le net avec des blogueurs, tu réponds à un média internet, tu as demandé à Laurent Fabius s’il s’y connaissait en net dans ta première émission, mais toi, tu t’y connais ?
Le web, je m’y suis mis très tard. J’ai 45 ans, j’ai été très réticent à l’ordinateur, je n’ai rien compris pendant 20 ans. Je dirais, sans jeu de mots, que je suis un enfant du web 2.0, car je me suis mis au net quand j’ai commencé à voir des vidéos de bonne qualité en streaming. Donc c’est assez récent.
+ Karl Zéro, le club du Net à découvrir sur www.aol.fr
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