Lady Gaga : "Depuis des années, je suis une arnaqueuse"

Votre carrière a commencé il y a longtemps déjà, comment tout cela a-t-il débuté ?
Quand j'avais 14 ans, j'ai commencé à écrire des chansons et à enregistrer et à me produire en concert à New York. Quand je suis arrivée à l'université, j'ai décidé que j'allais vraiment me consacrer à la musique. J'ai choisi de tout abandonner, j'ai dit à mes parents que je voulais me débrouiller toute seule, et je leur ai demandé de me laisser un an. J'étais seule, avec mon piano, mon talent... et le monde ! J'ai enregistré des titres, les ai mis sur MySpace, j'ai fait des concerts toutes les semaines...
Pas trop difficile de caler des concerts sans le soutien d'une maison de disques ?
En fait, j'appelais les salles en me faisant passer pour mon agent. Je leur disais "Lady Gaga est très occupée en ce moment, mais elle a une disponibilité tel jour", et j'inventais des histoires folles pour avoir de bons créneaux. Je me suis battue, vraiment, depuis l'âge de 15 ans, et j'en ai 22 aujourd'hui. J'ai été signée, puis lâchée par des labels... La route a été longue, mais je suis contente du chemin parcouru.
« C'est très dur d'écrire une bonne chanson pop »
Vous étiez une artiste underground, connue uniquement dans les clubs. Qu'est-ce ça fait ?
C'est génial ! C'est vrai que je suis une artiste underground, mais je ne fais pas de la musique underground. Je fais de la pop, et j'ai toujours fait de la pop, même quand je jouais dans des bars hard rock. Les gens se demandaient un peu ce que je faisais là, mais la prestation en soi, en plus de la musique, les a convaincus. Les gens ont vraiment aimé le show. Et ma musique a convaincu le milieu underground, qui est le plus critique.
C'est plus difficile d'être un artiste pop dans ces conditions ?
Oui. C'est très dur d'écrire une bonne chanson pop. C'est bien plus facile d'écrire un titre un peu décalé, soi-disant artistique, dans lequel on dévoile tous ses sentiments et qui a une signification pour soi en tant qu'artiste. Mais faire une chanson qui peut être jouée n'importe où dans le monde, à n'importe quel moment, pour n'importe quel type de personne, et qui les fait danser, c'est très difficile.
« Je me suis déshabillée sur scène »
Vous gardez des souvenirs marquants de cette époque ?
Oui, par exemple, j'ai fait un concert quand j'avais 18 ans. On était dans un club et personne n'écoutait. Il n'y avait que des fans de rock bourrés, et moi j'étais au piano, en train d'essayer d'attirer l'attention des gens. Comme ça ne marchait pas, je me suis déshabillée. Je leur ai dit "maintenant, vous m'écoutez ?" Et ils ont répondu oui. Je n'ai pas enlevé tous mes vêtements, j'étais en sous-vêtements. C'est là que je me suis rendu compte que je voulais vraiment faire une performance, dans le sens artistique... que je voulais faire du pop art.
Avez-vous dû faire des compromis quand vous avez été signée chez Universal ?
L'industrie du disque n'est plus ce qu'elle était. Si une maison de disques met toute sa foi et toutes ses ressources pour vous soutenir, et vous présente comme la nouvelle artiste féminine de l'année, il faut gagner leur confiance en termes créatifs. Au début, ils m'ont observée de près car je suis un peu folle, ils m'ont guidée. Croyez-le ou non, ils m'ont beaucoup inspirée.
« Je mets tout mon argent dans mon art »
Vous avez donc dû faire ce qu'ils vous disaient ?
En fait, je les ai convaincus de me laisser carte blanche quand j'ai tourné mon court-métrage. Il contient quatre titres de l'album, et montre vraiment qui je suis en tant qu'artiste. Je l'ai financé moi-même, avec l'argent que je gagne grâce aux titres que j'écris pour d'autres artistes. Je ne vis pas dans une maison incroyable, je n'ai pas de voiture... bien sûr j'ai des vêtements sympas, mais ça fait partie de mon art. Je mets tout dans mon art. Donc j'ai fait ce film seule, sans prévenir personne, et je leur ai envoyé par mail en disant "j'ai fait ça ce week-end" ! Ils ont été très impressionnés, et c'est suite à cela qu'ils m'ont laissé prendre les rênes.
Vous croyez avoir été privilégiée ?
Je sais que j'ai un bon sens de ce qui va marcher. J'ai une intuition, comme les grands designers. Quand les collections sont dévoilées chaque saison, on retrouve des points communs chez tout le monde, et pourtant ils ne se concertent pas, au contraire. C'est de l'intuition sur la mode, sur la culture, c'est être en phase avec ce qui va sortir. Et ma maison de disques croit que j'ai ce type d'intuition, et je ne trouve pas anormal d'avoir eu à gagner le contrôle qu'ils m'ont accordé.
« Depuis des années, je suis une arnaqueuse »

C'est surtout vrai ! C'est génial, c'est un peu fou... je crois que ça fait partie de mon attitude : tout le monde veut savoir qui je suis. Depuis des années, je suis une arnaqueuse : j'ai eu l'attitude d'une star bien avant de savoir ce que je voulais dire dans ma musique. Je marchais dans les rues de New York avec mes lunettes de soleil, ma robe fabuleuse, et les gens se demandaient qui j'étais. Pourtant, je n'avais pas assez d'argent pour acheter des vêtements Valentino ou Versace. C'était juste ma façon d'associer mes vêtements, la façon dont je marchais, dont je parlais... Je sais énormément de choses sur la culture pop, mais ça ne fait pas de moi quelqu'un d'extraordinaire, tout le monde peut apprendre. Si on me compare à des icônes, c'est parce que je présente bien un travail dont je suis très fière. Je sais que ce que je fais est très bon.
Il y a quelques semaines, on vous a comparée à Christina Aguilera, ou plutôt on a dit d'elle qu'elle vous avait plagié avec son nouveau single...
C'est incroyable ! Qu'elle soit comparée à moi et non moi à elle. Oui, bien sûr, il y a des similarités, mais elle ne m'a pas plagiée ! C'est comme pour la mode, c'est l'intuition. Je suis sure que les gens avec qui elle travaille sont à la page, et dans tous les cas, je suis très flattée. Je suis fan de Christina, elle m'a inspirée, et je ne pense pas du tout qu'elle m'ait copiée.
« Mes chansons devraient figurer sur l'album de Britney »
Vous inspirez Christina, et vous avez aussi travaillé avec Britney Spears sur son nouvel album "Circus". Les chansons que vous lui avez écrites ont-elles retenues ?
Je crois qu'elles figureront sur l'album, oui.
Vous avez travaillé pour d'autres artistes ?
Oui, j'ai proposé des titres pour le nouvel album des Pussycat Dolls, j'ai des chansons sur l'album des New Kids on the Block, et je chante même sur un titre avec eux. Et j'ai travaillé avec beaucoup d'autres artistes. Parfois, des chansons sont mises de côté, certaines gardées pour moi... Comme pour les Pussycat Dolls, j'ai travaillé des mois sur ce projet, mais il y avait peut-être 500 titres en compétition !
Comment choisissez-vous quels titres sont pour vous et quels titres vont à d'autres artistes ?
Parfois, quand certains artistes écrivent de bons titres lors d'une session pour un autre artiste, ils vont se dire "non, je garde ça pour moi". Je ne fonctionne pas comme ça. Quand on rentre en studio pour écrire pour quelqu'un, on s'engage. Peu importe que j'écrive la meilleure chanson du monde, elle sera pour lui. Et c'est comme ça que les artistes viennent vous voir ensuite, parce qu'ils savent que vous donnez le meilleur.
« Mes fans gays, je mourrai dans leurs bras »
Aux Etats-Unis surtout, le hip-hop et le R&B ont fait de l'ombre à la pop ces dernières années, mais la tendance semble s'inverser. La pop est-elle à nouveau à la mode ?
Oui, la pop est de retour ! Et les Miley Cyrus et autres Jonas Brothers ont participé à cela. Je sais que certains les trouvent trop propres et trop aseptisés, mais même si on n'aime pas leur musique, la façon dont ils inspirent leurs fans est impressionnante. Quand les Jonas Brothers font l'émission TRL, il faut bloquer tout Times Square, c'est hallucinant ! C'était encore pire à l'époque de Britney, des Backstreet Boys, mais voir ce genre d'engouement se reproduire, c'est génial. La pop, selon moi, est la seule musique qui provoque ce genre d'hystérie. A part peut-être le métal !
Vous espérez avoir un jour ce genre de fans ?
Oui, je veux des super-fans, et j'en ai déjà en fait. Des fans qui m'aiment, qui ne vivent que pour ma musique, qui viennent aux concerts avec des éclairs dessinés sur le visage. Vous savez, mes fans gays, je mourrai dans leurs bras ! Ils me soutiennent, m'aiment, et je ne les abandonnerai jamais. Si je pouvais enseigner à la communauté hétéro comment être aussi génial, je le ferais. Mes fans gays sont magnifiques.
Quand vous vous levez le matin, vous vous maquillez, vous vous coiffez, et vous vous dîtes "ça y est, maintenant je suis Lady Gaga" ? Est-ce un personnage, une version extrême de vous ?
Non, je suis toujours Lady Gaga. C'est juste que j'aime le maquillage ! Je suis comme ça, je suis née sur une scène. Je n'ai pas de copain, je n'ai pas d'amis, je ne fais que travailler. J'appelle ma mère une fois par jour, pour garder les pieds sur terre, mais je ne fais que faire de la musique. Tout le monde n'est pas comme ça. Pour certains artistes, ce n'est qu'un job, mais pas pour moi. C'est ma vie, putain ! Certains pourraient démissionner un matin, mais pas moi. C'est tout ce que j'ai, ce serait comme arrêter la vie.
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