Lucky Luke : Un univers délirant pour une adaptation originale
Après un Brice De Nice devenu culte et un Hellphone plus confidentiel, James Huth revient derrière la caméra pour un gros défi : adapter la célèbre bande dessinné de Morris et Goscinny. Malgré quelques baisses de rythme, le pari est réussi. Dans le film, l'homme qui tire plus vite que son ombre va devoir nettoyer Daisy Town des malfrats qu'elle abrite. Il sera aidé dans cette tâche par des hors-la-loi tous aussi azimutés les uns que les autres : Calamity Jane, Jesse James et Billy the Kid.
Un univers délirant
En effet, l'auteur de Sérial Lover s'est approprié le personnage et l'univers de Lucky Luke. Il nous offre un film complètement "huthien", bourré de clins d'oeils et multipliant les références. Les deux influences principales de James Huth dans ce film sont claires : Terry Gilliam d'un côté, et le western spaghetti de l'autre. Huth aime, adore, idolâtre le réalisateur de Brazil et L'Armée des 12 Singes : univers délirant et complètement barré, personnages haut en couleurs, esthétisme soigné, penchant vers l'imaginaire et le merveilleux, acteurs à contre-emploi...
C'est bien simple, il n'y a pas une minute où on ne pense pas à un film de Gilliam en voyant ce Lucky Luke : la scène d'intro ressemble étrangement à celle des Les Frères Grimm, certains personnages semblent tout droit sortis du film Les aventures du baron de Munchausen, Jesse James et Billy the Kid sont drogués comme les deux protagonistes de Las Vegas Parano...
L'autre référence de James Huth est le western spagetthi. On pense bien entendu aux films de Sergio Leone (utilisation des gros plans, duels tendus, couleurs flamboyantes, gueules sales et poussiéreuses) mais aussi aux westerns spaghettis tendance nanar, c'est à dire les innombrables films avec Terence Hill et Bud Spencer (entre autres) comme On l'appelle Trinita ou Durango encaisse ou tue. Huth n'oublie pas de faire référence aux cartoons (notamment ceux de Tex Avery), à la B.D (celles de Goscinny notamment), et de temps en temps à Tim Burton (le croque mort).
Un film personnel
Il est intéressant de noter que le personnage de Lucky Luke ressemble à ses deux créateurs : James Huth et Jean Dujardin. Lucky Luke est un grand enfant enfermé dans un corps adulte, un doux rêveur qui refuse de tuer pour échapper à un monde cruel, dur et réaliste. Il y a une vraie cohérence dans la filmographie de James Huth comme réalisateur, et dans celle de Jean Dujardin acteur. Tous deux refusent un certain cinéma (c'est à dire un cinéma réaliste, sombre, pessimiste - même si Dujardin s'est essayé au dramatique) pour se plonger dans un univers déjanté, onirique, poétique et joyeusement foutraque : Serial Lover, Hellphone, Brice de Nice pour Huth. 99 Francs, Brice de Nice, OSS 117 pour Dujardin.
Le film souffre malgré tout d'une baisse de rythme (les scènes avec Alexandra Lamy). Huth a ajouté des détails ou personnages qui n'ont pas vraiment d'importance (le "peu bavard" Jolly Jumper a un intérêt tout relatif). Sylvie Testud ne s'en sort pas trop mal même si son personnage est sous-exploité. En revanche, mention bien à Melvil Poupaud qui, pour une fois, quitte l'univers nombriliste et prétentieux de certains films d'auteurs pour nous offrir un cow boy farfelu et fou de théâtre, qui déclame des vers à n'en plus finir. Un vrai contre-emploi. Mention très bien à Michael Youn, qui compose un personnage complètement frappé. Il est d'ailleurs l'excellente surprise du film, et mériterait presque un César. Rien que ça !
Qu'en pensez vous ?
- Génial0
- Incroyable !0
- Prévisible0
- Déprimant0
- Rien à faire0
