
ela fait plus d'un an que
Marc-Olivier Fogiel est aux commandes de la matinale d'Europe 1. Une nouvelle fois, l'institut Médiamétrie fait état d'une hausse de l'audience d'
Europe 1 Matin. En cette rentrée, la matinale avait été largement remaniée mais n'a pas déconcerté les auditeurs. Pour Ozap,
Marc-Olivier Fogiel dresse un bilan de ses audiences et évoque son implication à Europe 1 mais aussi le monde de la télévision où l'animateur ne compte toujours pas revenir à plein temps. Entretien.
Ozap: Europe 1 a connu une vague en progression. Votre matinale a elle aussi progressé, a-t-elle plus performé que les autres tranches ?
Marc-Olivier Fogiel : La matinale est la locomotive et on est heureux qu'elle ait beaucoup progressé. Après, l'ensemble progresse et
Laurent Ruquier y est pour beaucoup. C'est un effet collectif et tous les paris risqués faits dans la programmation se sont révélés payants. Que ce soit le fait de faire démarrer plus tôt la matinale ou
Jacques Pradel, de décaler l'information à 18h30... Et pour la matinale en particulier, c'est pareil. Ca aurait été moins risqué de mettre
Guy Carlier à un autre horaire car il y a Stéphane Guillon en face. Moi, je pense que c'était sa bonne heure dans la tranche et je ne l'ai d'ailleurs pas fait par rapport à Stéphane Guillon. Ça a été très payant, comme pour Nicolas Canteloup. L'idée n'était pas de le mettre face à
Laurent Gerra mais c'était plus logique de finir cette heure par lui.
« Ce qui est important, c'est d'être un peu corrosif, plus irrévérencieux »
Dans le même temps, vous avez décidé de muscler en info « pure et dure » la tranche 6h30-7h ?
Ce n'est pas que ça.
Guy Carlier,
Nicolas Canteloup sont médiatiques et c'est assez facile de résumer le succès d'Europe à "Il y a besoin d'humour dans les tranches". Évidemment que c'est important. D'ailleurs, ce n'est pas de l'humour pour moi. Ce qui est important, c'est d'être un peu corrosif, plus irrévérencieux. Ça fait partie du dispositif mais ça ne reste qu'un quart d'heure sur trois heures d'info. Ce qui est payant pour nous aujourd'hui, c'est d'amener une expertise et d'avoir une rédaction qui compte. Je ne prétends pas du tout qu'on est les meilleurs mais on est aujourd'hui largement dans la course.
La matinale avait rapidement trouvé ses marques l'an passé. Pourquoi avoir tout cassé finalement ?
Quand on a démarré, j'étais super content que ça marche. J'ai d'abord appris à me caler mais on a fabriqué en se rassurant. La grille qu'on fait aujourd'hui, c'est celle qu'on aurait pu faire l'année dernière si on avait eu plus de temps. Sinon, je serai resté mille ans à faire
On ne peut pas plaire à tout le monde en seconde partie de soirée sur France 3, j'aurais bien gagné ma vie mais ce n'est pas ce qui m'intéresse. Je veux avancer, parfois me tromper. Là, j'ai la chance de ne pas trop me tromper mais ça arrive aussi. Par exemple, je me suis trompé en prime time quand j'ai fait
On ne peut pas plaire à tout le monde. De janvier à juin, ça a été un désastre mais, ce qui m'a passionné, c'est le succès des deux années qui ont suivi.
« J'ai essayé d'être dans des codes moins vieillots »
Les aspérités dans la matinale, le ton un peu corrosif, le débat après 9h.. On a l'impression de vous retrouver encore plus. Ca rappelle ce que vous faisiez avant à la télévision...
On en parle parce que ce sont les changements mais 80% de la matinale, ce n'est pas ça, c'est de l'info rigoureuse, sérieuse. La volonté était simplement de mettre plus de réalité de la vie. J'ai essayé d'être dans des codes moins vieillots. Dans la vie, on peut être extrêmement sérieux et pouvoir être un peu subversif.
Hier, sur Ozap, interrogé sur les bonnes performances de la matinale d'Europe 1, Christopher Baldelli, le nouveau patron de RTL, répondait que sa station était numéro 1 et Europe 1 quatrième. Qu'avez-vous à répondre ?
Je connais bien Christopher et je l'aime beaucoup. Franchement, il n'y a pas de guerre. Pour moi, c'est une phrase de télévision et c'est pour ce genre de choses que j'ai choisi de la quitter. La télé est un monde de concurrence frontale et de tacles alors que la radio est beaucoup plus paisible et confraternelle. La réalité, c'est que l'écart n'a jamais été aussi proche et qu'il y a une vraie progression d'Europe. J'aime bien la phrase d'Alexandre Bompard qui dit qu'on est chacun dans notre couloir. Christopher est quelqu'un de très intelligent et je pense vraiment que c'est un réflexe parce qu'il a fait de la télé depuis quinze ans. Mais, il va vite être dans cet état d'esprit. Pour connaitre encore beaucoup de gens à RTL, le travail au quotidien est un travail de fond et c'est toujours une belle maison, tout va bien pour eux. C'est une maison confraternelle.
Sur votre rôle d'anchorman, on a le sentiment que la matinale est de plus en plus personnalisée. Vous aimez raconter les coulisses, des anecdotes sur la vie hors antenne... C'est une volonté ?
Moi, c'est ce que j'aime à la radio. Quand je l'écoutais gamin, j'avais envie d'y être. La difficulté, c'est de trouver la bonne distance parce qu'il ne faut pas tomber dans les private jokes ou dans quelque chose d'excluant. L'auditeur qui aime la radio l'aime aussi pour ça, car il a envie d'être rue François Ier. Après, faut trouver le bon dosage et j'en ai fait parfois un peu trop. Ca se justifie uniquement quand il y a un truc à raconter mais je pense que ça contribue à l'attachement à une station. Julie est une bonne juge de ça et m'a dit une ou deux fois "Là, tu racontes trop de trucs, ça n'a pas de sens". C'est un bon baromètre.
« Je ne suis pas un conseiller d'Alexandre Bompard, on parle de tout »
On dit de vous que vous êtes presque un conseiller d'Alexandre Bompard, le patron d'Europe 1.
Non, je ne suis pas un conseiller mais je suis venu pour travailler avec lui. Ce qui est bien à la radio par rapport à la télé, on ne délivre pas de cassettes à des chaînes. Mon bureau est collé à la rédaction et à quelques mètres du bureau de Philippe Balland (le directeur des programmes, NDLR) et d'Alexandre Bompard donc on se parle toute la journée. Je n'ai pas de mission de conseiller et toute la journée, on parle de tout. Je donne donc mon avis, comme d'autres, et on en débat.
Vous débattez de choses qui dépassent la matinale.
Oui. Je suis venu rejoindre Alexandre Bompard à Europe 1. C'est l'ensemble qui m'intéresse, ce n'est pas que la matinale.
« L'interview avec Michel Drucker ? Rien ne m'a gêné »
On a beaucoup parlé de votre interview chez Michel Drucker (lire notre brève) pour promouvoir votre livre. Tout le monde a trouvé l'échange plutôt tendu, comment l'avez-vous vécu ?
D'abord, ce n'est pas tout le monde ! Ce qui est drôle, c'est que tout le monde l'a trouvé d'un coup quand Ozap l'a mis en ligne le lundi. C'est intéressant de voir d'ailleurs comment fonctionnent les médias et le buzz sur Internet. C'est donc après sa mise en ligne sur Ozap que c'est devenue une histoire (rires). Pour moi, cet entretien avec
Michel Drucker n'était pas une histoire. J'étais étonné qu'il soit un peu plus offensif mais je n'ai pas trouvé ça méchant. Il me cherchait gentiment et j'ai trouvé ça rigolo.
Les questions sur la vie privée ne vous ont pas gêné ?
Rien de ce qui a été dit dans l'émission ne m'a gêné. Je suis un grand garçon, je sais répondre. Et rien de ce qui a été écrit ne m'a gêné, j'ai trouvé ça marrant. J'ai juste trouvé ça surréaliste.
Quel bilan faites-vous d'ailleurs de votre livre, A mon tour d'être sur le grill. Il ne se serait vendu qu'à un peu plus de 2 900 exemplaires.
Alors, en fait, il s'est vendu à 15 000 exemplaires, ce qui est au-dessus de ce que je pensais. L'éditeur pense qu'au final, il se vendra à 30 000 exemplaires mais moi, je ne pense pas. Mais ça ne m'intéresse pas... c'est de l'ordre de la marge d'erreur à la radio ! Quand j'ai vu un article disant que j'en avais vendu 3 000, j'ai demandé à mon éditeur. On m'a alors expliqué d'où venait ce chiffre utilisé par les journalistes. En fait, ce sont uniquement les prévisions des libraires. On en a mis 15 000 en place. Après, aux estimations de ce qui se vend, ce sont les prévisions de réassort. Donc, à ce stade-là, après six semaines, les pré-commandes pour réassortir sont de 3 000.
Vous co-produisez l'émission de Franz-Olivier Giesbert sur France 2. Quelle est votre implication concrète dans ce projet ?
Je suis allé aux sept premières émissions tous les vendredis pour amener ma patte du direct et je vais aux réunions de préparation, une fois par semaine. Mon apport est relatif mais je contribue à amener des idées, des choix, des angles, des invités et j'aide Franz dans ses directs. Mais la patronne de l'émission, c'est Rachel Kahn.
Quel bilan faites-vous de Vous aurez le dernier mot ?
Il est correct. C'est novateur dans la forme. Je trouve ensuite que le casting et les sujets choisis sont de haut niveau. En deux mois d'émission, je trouve que la progression de Franz est considérable et j'estime qu'il y en a encore sous le pied. En audience, on a démarré bas mais au-dessus des objectifs de la chaîne. Puis, on ne pensait pas que ça monterait aussi vite. Il y a deux semaines, lors d'une réunion de débriefing, la direction de France Télévisions a fait un bilan positif. Leur phrase exacte est "L'émission est très bien produite et bien présentée".
« Je n'ai aucune envie de refaire de la télévision »
Ce petit retour à la télé, c'est une respiration pour vous ?
C'est le plaisir de travailler avec Rachel et de découvrir Franz. Pour moi, ce n'est pas de la télévision. Je continue à travailler avec quelqu'un que j'aime, Nicolas (Plisson, NDLR), avec qui je travaille sur les sujets de
100% Mag. Affectivement, je serai frustré si je n'avais pas ces deux liens forts.
(Nicolas Plisson et Marc-Olivier Fogiel ont monté une société de production après avoir vendu PAF Prod à Endemol. "On se donne 24 heures" vend notamment des sujets à M6, NDLR).
Vous n'avez pas d'autres envies de projets à la télévision ?
Hier, un gros producteur de télévision m'a appelé pour me dire "J'ai trouvé un format génial à l'étranger que j'ai acheté pour toi, je veux te le présenter". Je lui ai répondu que je serais ravi qu'il vienne me le présenter mais que je n'avais aucune envie de refaire de la télévision. Il était super étonné... On a rendez-vous que fin janvier d'ailleurs ! Mon quotidien, c'est passer ma vie à la rédaction à Europe 1.
Ca vous amuse les gens qui répètent, "Tu sais, Fogiel refera de la télé l'an prochain" ?
Au moins, je le saurais car je ne sais pas moi-même (rires) ! Franchement, ça ne me fait rien. Je ne sais pas ce que je ferai l'année prochaine. Je verrai quand les décisions se décident, au mois de mai. Si c'est dur de se lever, je ne sais pas quoi... En tout cas, aujourd'hui, je n'ai pas du tout envie de revenir à la télévision.
A la radio, vous êtes à la matinale, ce que vous rêviez de faire. Vous vous demandé parfois ce que vous pourriez faire à la radio si vous étiez lassé de cet exercice ?
Heureusement pour moi que je ne suis pas lassé ! Il y a plein de choses à la radio qui m'intéressent comme d'autres tranches d'info, réfléchir...
Comme diriger une radio ?
Une radio, non. J'ai déja dirigé une société avec 120 personnes mais je n'ai pas envie de diriger. Moi, le truc dont je ne pourrais plus me défaire, c'est la réflexion quotidienne sur le news. Ca, c'est ma vie aujourd'hui.
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