Merci Claude Berri
Claude Berri et Audrey Tautou sur le tournage de "Ensemble, c'est tout".
Ils ont été quelques uns, pas beaucoup, à compter dans l’histoire de la production cinématographique française. Claude Berri faisait partie de ceux-là. Il s’est éteint le 12 janvier 2009 à l’âge de 74 ans.
Né en 1931 dans une famille qui n’avait à priori aucun intérêt pour la scène, il se jette pourtant bien vite sur les planches. Comme beaucoup, c’est par le théâtre qu’il a commencé, puis des apparitions devant la caméra, la production d’une pièce qui se traduit par un échec. Quelques petits rôles, et un court-métrage qui le fait sortir de l’ombre : "Le Poulet", un Oscar et une récompense à Venise à la clef. Le destin l’attend. Il s’appelle Claude Berri, et qu’il le veuille ou non, le cinéma hexagonal va devoir faire avec.
Vient ensuite Le Vieil Homme Et L'enfant, son premier long-métrage, avec Michel Simon. Claude se tourne ensuite vers son nombril, filme ses expériences, travaille sur le matériau qu’il connaît le mieux : sa vie. Cela donnera, entre autre, Le cinéma de papa, Sex Shop, ou Le Pistonné.
Puis les temps se font durs, il faut trouver des financements. Chiche. Claude Berri monte sa boîte, Renn, et part dans tous les sens, entre humour et audace. Il produit des comédies populaires (Inspecteur La Bavure et Banzaï, de Claude Zidi, Didier d’Alain Chabat) et des films beaucoup plus ambitieux (Tess de Polanski, Hôtel de France de Patrice Chéreau, Valmont de Milos Forman). Croit en ses projets, les soutient mordicus, quitte à couler la baraque. Signe des chèques pour Almodovar et Jean-Jacques Annaud. Les plus grands (et les plus rentables) passent sous sa coupe, André Téchiné, Eric Rohmer, Patrick Chéreau, Maurice Pialat… Et même Les Inconnus.
Bienvenue chez les Langmann
Mais, Berri est un enfant du cinéma, et la caméra lui manque rapidement. La casquette de producteur ne peut pas lui suffire. Alors en tant que réalisateur, aussi, il jouera l’audace, en particulier en mettant en scène Coluche dans un rôle à contre-emploi. Ce sera le succès de Tchao Pantin. Les films s’enchaînent, Berri inscrit son nom dans le cinéma populaire ( Jean De Florette et Manon Des Sources) et s’impose comme un parrain du cinéma français. En allant chercher son César du meilleur acteur pour Tchao Pantin, Coluche en rit, d’ailleurs : « Comme tout le monde, je remercie Claude Berri. Il faut toujours remercier Claude Berri. » Qu’il soit acteur, réalisateur ou producteur, il est là, toujours, à un endroit différent, dans la grande machinerie d’un film.
Arrive ensuite l’aventure Astérix. Il produira le premier, co-produira le deuxième avec son fils, Thomas Langmann, à qui il laissera le soin de se ridiculiser, seul, avec le troisième. Au même moment, pendant que La Petite Reine, boite de production de Thomas Langmann, produit le fiasco Astérix aux Jeux Olympiques, le père, avec la grande Renn, mise sur une petite production d’une région qui n’intéresse personne, investit quelques euros pour filmer le Nord. Ce sera son plus gros succès, le plus gros succès de l’histoire du cinéma français d’ailleurs, Bienvenue chez les Ch'tis.
Producteur, réalisateur, mais aussi acteur, collectionneur d’art, président de la Cinémathèque, etc.
Claude Berri est un touche à tout. Acteur, réalisateur, scénariste, producteur, il trouve toujours son champ de vision trop étroit. Alors en 2003, il prend la direction de la Cinémathèque française, qu’il abandonne en 2007. Il aura le temps, aussi, de partager son amour de l’art contemporain en créant l’Espace Claude Berri, ouvert en 2008 à Paris. Des toiles par centaines, une des plus grosses collections françaises, dit-on. Le parrain a réussi, avec difficulté parfois, comme lorsqu’il tourna La Débandade ou produisit Tess, deux fiascos. A chaque fois au bord de la faillite, il se releva toujours.
Début janvier, il avait commencé le tournage de Trésor, un film qu’il voulait réaliser et produire. Le tournage continue.
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