Un Mesrine impressionnant, mais un peu frustrant
Pendant que son ancien ami Mathieu Kassovitz part détruire sa crédibilité de l'autre côté de l'Atlantique, Vincent Cassel s'en sort avec classe : un blockbuster par-ci, le dernier Cronenberg par là (Les Promesses de l'ombre), et ce projet monstre, français de chez français, l'adaptation du parcours criminel de notre Jesse James à nous, Jacques Mesrine.
Départ sur les chapeaux de roues...
Derrière la caméra, Jean François Richet, réalisateur qui a d'ores et déjà surprit son monde avec son remake explosif de John Carpenter, Assaut sur le Central 13. On peut légitimement s'attendre à du cinéma nerveux, et là-dessus, rien à dire, on obtient satisfaction : la scène d'entrée est un bijou de paranoïa muette. On y voit, sur plusieurs plans simultanés, Mesrine et sa compagne, tous deux la mine angoissée, marcher d'un pas à la fois rapide et prudent pour échapper à une menace invisible. La police, bien sûr.
S'en suit un flash back terrifiant illustrant le traumatisme que vécu le gangster pendant la guerre d'Algérie. Mais c'est plus loin, avec la première apparition de Gérard Depardieu, excellent dans un rôle de caïd vieillissant, qu'on est véritablement plongé dans le long métrage : rarement film français a approché de si près la qualité des grands films de gangsters américains tout en gardant une véritable identité. Départ sur les chapeaux de roues.
... fin sur les rotules.
Malheureusement, la suite se gâte. Voilà que Richet se sert d'ellipses comme de figures de styles, omettant ainsi d'expliquer les conditions exactes de la première arrestation de son anti-héros, après s'être attardé sur une histoire d'amour qui ne parvient pas vraiment à enthousiasmer. Tout va trop vite, l'ambiance s'éparpille, Cassel n'a plus vraiment le temps de jouer son grand rôle, et les seconds disparaissent en un claquement de doigt. L'effet de choc est réussi, mais c'est au détriment de l'intérêt du scénario et des personnages.
Mesrine s'exile au Canada pour échapper à la police française, où les moments de violence se déchaineront encore, brefs mais brutaux comme des flashs de photographie. Nous, on enrage de ne plus réussir à cerner la raison d'être de Mesrine, problème dû à un réalisateur qui semble terrifié à l'idée de prendre son temps.
Heureusement, la grandiose scène d'évasion de la prison canadienne ravive notre intérêt avec ferveur. Le spectateur se retrouve malmené à coup d'adrénaline pure, mais c'est malheureusement pour retomber mollement dans un final digne d'un téléfilm de TF1 en deux parties. Sauf qu'ici, soyons honnête, on a quand même envie de voir la suite. Il faudra attendre Mesrine, Ennemi public n°1 pour émettre un jugement final, mais, en attendant, on aurait préféré le format d'un Parrain plutôt que celui des Kill Bill.
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