
n ne savait pas à quoi s'attendre avant de regarder ce soir le docu-fiction de
Serge Moati consacré à une page sombre et longtemps restée secrète de la vie de
François Mitterrand : ses liens avec le régime de Vichy pendant la guerre.
Le documentaire commence par l'image qui symbolise le début du mandat du premier président socialiste de la Ve République : la marche de Mitterrand vers le Panthéon mise en scène par…
Serge Moati (et oui, déjà à l'époque). Vingt-sept ans plus tard, le réalisateur filme de nouveau Mitterrand sous les traits du jeune comédien
Mathieu Bisson. Aidé par le directeur de la rédaction de
L'Express,
Christophe Barbier, et par l'historien Hugues Nancy, Moati s'inspire librement de l'enquête de Pierre Péan qui avait révélé, le premier, le passé trouble du président de la République sous Vichy.
En 1941, Mitterrand a 25 ans. Évadé d'un camp de prisonniers en Allemagne, il rejoint sa famille à Jarnac. Visiblement éprouvé par son expérience carcérale, il gagne alors Vichy, «capitale de pacotille» de la zone libre, afin de contribuer au «relèvement de la France».
Le film nous installe dans une époque difficile à comprendre lorsque l'on ne la pas vécu. Notamment pour les plus jeunes, il contribue à expliquer, sans brusquer, les comportements de chacun et de nuancer certains a priori. Certes Mitterrand a servi le Maréchal Pétain mais il a toujours rejeté la collaboration avec l'Allemagne et les thèses fascistes. C'est peut-être là le décalage qui perdure encore aujourd'hui : pour Mitterrand, rejeter l'Allemagne nazie, c'était avant tout continuer à soutenir le Maréchal. C'est pour cela aussi qu'il commence à s'impliquer dans la résistance une fois Vichy aux mains de l'envahisseur, déçu par la Révolution nationale non aboutie de Pétain.
Le documentaire explique vraiment très bien et certainement pour la première fois non pas forcément l'histoire personnelle d'un homme au destin peu commun mais l'histoire de certains Français ordinaires traités trop rapidement de collabos parce qu'ils avaient travaillé à Vichy. Moati réhabilite Mitterrand, au risque peut-être de forcer le trais. On regrettera également le silence passé sur les relations intimes entre Mitterrand et Bousquet. On ne comprend pas alors les réserves de Danielle Mitterrand sur ce docu-fiction. Peut-être a-t-elle été déçue par l'interprétation un peu niaise de la comédienne qui joue son rôle ?