Outreau : le procès d’une hystérie collective
Carole Gaessler présente "Immersion totale"
L’affaire d’Outreau restera dans la mémoire judiciaire comme celui d’un échec patent et marqué du sceau de l’infamie. France 5 revenait hier sur cette sombre histoire dans une série de deux documentaires intitulée « Outreau : autopsie d’un désastre », présentée par Carole Gaessler.
D’autres questions restent en suspens
Les conséquences de cette affaire sont considérables. Autant l’accusation avait été sans nuances, autant la libération des faux coupables a donné lieu à une vaste entreprise de repentance nationale avec force indemnités, naturelles, à la clé. Sans pour autant poser toutes les questions. « J’ai même été brûlé à l’eau de Javel », dit Legrand père à la commission parlementaire chargée de l’enquête sur l’enquête. François Mourmand s’est suicidé en prison en l’administration, par la camisole chimique des médecins disent ses avocats. Cela a-t-il donné lieu à un vaste débat sur les conditions sanitaires et de sécurité dans les prisons françaises, sans cesse accusées de confondre privation de liberté et négation du respect de l’identité humaine ? Hélas, non.
Depuis, il n’est pas un seul procès lié à des affaires de pédophilie dans lequel l’avocat de la défense n’interpelle pas les juges en leur reparlant de l’affaire d’Outreau. L’erreur judiciaire d’Outreau immobilise en partie notre justice. La vérité ne sort plus de la bouche des enfants.
Il faudra aussi attendre cinq mois à David Brunet, un des innocents d’Outreau, pour revoir son fils, Anthony, plus de trois ans après son incarcération. A-t-on débattu des procédures de placement, et de signalement, dans notre pays qui font généralement le bonheur des dénonciations anonymes ? Non, hélas, non. <
Lynchage médiatique
Seul l’Abbé Viel est revenu habiter, après son acquittement, à Outreau. Les autres innocents connaissent des fortunes diverses. Alain Marécaux, par exemple, a tout perdu, sa dignité, son cabinet d’huissier de justice, mais aussi l’espoir que l’existence se ponctue de petits bonheurs.
C’est aussi, indirectement, le procès du lynchage médiatique. L’absence du respect de la présomption d’innocence, avant le premier procès, est à ce titre emblématique des faiblesses de la société de l’information, voire de la délation, qui est la nôtre. Les lecteurs, les auditeurs, les téléspectateurs retiennent plus facilement les premiers faits que les rectificatifs qui paraissent par la suite. « Il n’y pas de fumée sans feu », diront les bonnes langues soucieux de trouver de la véracité dans les adages populaires. Certes, mais il n’y a pas de feu sans pyromane.
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