Parlez-moi de la pluie : Bacri et Jaoui font du Bacri et Jaoui… Toujours aussi bien
Jean-Pierre Bacri le revendique. Lorsqu'il écrit un film avec sa compagne Agnès Jaoui, il ne peut pas faire comme si les autres n'existaient pas. Pas écrire deux rôles, toi et moi, et d'autres, dans le flou, à l'arrière-plan. Chacun doit avoir sa place, son rôle, à la hauteur du reste du casting. Un Bacri / Jaoui est donc forcément un peu plus que deux noms sur un générique.
Un cinéma fort et attachant qui se regarde le nombril
Il n'y a pas de méchant, chez Bacri et Jaoui. Il n'y a que des gens, leurs défauts, leurs faiblesses, leur mesquinerie parfois. Main de maître ou poigne de fer, on ne sait pas comment Jaoui se débrouille, mais elle les mène tous là où elle veut, à la frontière entre l'émotion et les larmes, au bout du jeu, juste avant le surjeu. Mais surtout, elle a joué de l'humour comme jamais auparavant. Toute la subtilité du film repose sur ses dialogues, ses réparties cinglantes, ses scènes incongrues (une politicienne essaye de répondre à une interview entourée de bruyants moutons, un réalisateur maladroit oublie une batterie, une voiture s'écrase dans un fossé, autant de situations simples et efficaces que Jaoui utilise avec talent).
Alors certes, si on gratte un peu le vernis, on y trouvera une morale bien pensante et dans l'air du temps (la lutte contre les petites humiliations du quotidien), un style loin de révolutionner la mise en scène et un classicisme à la française auquel beaucoup reprochent de se regarder le nombril. Mais le cinéma français a tellement de beaux nombrils qu'il serait parfois dommage de ne pas les regarder.
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