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00H00 Le 18/07/05 News 0
Pierre-Jean Bozo : « Les gens lisent 20 Minutes parce que nous avons un autre regard sur l’informati

Pierre-Jean Bozo : « Les gens lisent 20 Minutes parce que nous avons un autre regard sur l’informati


Pierre-Jean Bozo
Pierre-Jean Bozo

Dans la série « les quotidiens français sont en crise », il est une exception : 20 minutes. Trois ans après son lancement, le journal est devenu cette année le second quotidien national en terme de tirage, juste derrière l’Equipe. Efficace et complète, la formule 20 minutes plaît. Pierre-Jean Bozo, le directeur de la publication du gratuit, est un des hommes fort de l’année. Il défend le nouveau modèle de presse et réfute le terme de « gratuit ». Rencontre.

Imédias : La rentrée de 20 minutes sera alsacienne avec le lancement d’une édition strasbourgeoise le 14 septembre.
Pierre-Jean Bozo : Nous sommes dans les starting-blocks pour le lancement de l’édition strasbourgeoise. On ne le perçoit pas forcément mais distribuer 775.000 exemplaires, c’est comme distribuer Le Monde plus Le Figaro plus Libération ! Toutes les nuits, 10 imprimeries travaillent. Il va en avoir une onzième à Strasbourg. C’est une vraie horlogerie industrielle qu’il faut mettre en place d’ici septembre.

Combien de journalistes nécessitent une édition régionale ?
Trois journalistes permanents et deux pigistes. C’est-à-dire un bureau d’une demi-douzaine de personnes.

Quelle est la prochaine étape du développement de 20 minutes ?
Cette édition terminera la phase de développement géographique dans un premier temps. Nous verrons à partir de l’automne dans quelles mesures et sur quels thèmes nous poursuivons nos développements thématiques. Au printemps dernier, nous avions testé le City guide, une déclinaison verticale de la formule. On verra donc si ça mérite d’être industrialisé.

Quels sont vos objectifs économiques pour la fin 2005 ?
Conserver l’équilibre de l’édition parisienne acquis depuis novembre 2004. Et se rapprocher de cet équilibre pour nos éditions régionales dont la plus ancienne a 15 mois.

Quand dépasserez-vous l’Equipe et deviendrez-vous le numéro 1 de la presse française ?
Le sondage du premier trimestre 2005 dans lequel nous avons 2.261.000 lecteurs est un sondage uniquement fait sur Paris, Lille, Lyon, Marseille, Bordeaux et Toulouse. Il ne prenait pas en compte Nantes et Strasbourg. Logiquement, il y aura 60.000 exemplaires de plus de distribués. Il y a 2 lecteurs minimum par exemplaire. Avec 2.4 millions de lecteurs on se sera en tête. Donc ce n’est pas une course à la puissance.

« La course à la puissance » semble être importante entre 20 minutes et Métro.
Metro se limite à 630.000 exemplaires et ne s’est pas lancé dans une course au dépassement. On a 200.000 exemplaires et 500.000 lecteurs de plus qu’eux.

Il n’y a pas de course mais vous connaissez leurs chiffres parfaitement !
Je connais tous les chiffres de nos concurrents, c’est normal !

La maquette va-t-elle être modifiée à la rentrée ?
Non, il n’y a pas de changement notable de prévu.

Il est difficile, voire impossible, de se procurer votre journal après 9H00. Pourquoi ne pas augmenter vos tirages ?
Nous sommes effectivement dans une situation de pénurie, notamment à Paris. L’analyse du marché en terme de recettes publicitaires ne nous permet pas de vendre plus chère la page. Cela nous permettrait de pouvoir mettre davantage d’exemplaires à la disposition du public. Ce n’est pas le cas actuellement.

Les perspectives de ce marché permettent-elles d’envisager une augmentation du tirage ?
C’est en surveillance. Depuis 4-5 ans le marché publicitaire est dans une situation de stagnation, voire de récession. On doit attendre qu’il se raffermisse. Cela ne dépend pas de nous.

20 minutes n’est pas un journal d’opinion. Il n’y a pas d’éditorial par exemple. C’est une de ses spécificités. C’est un élément non négociable ?
Nous avons une orientation qui correspond aux besoins des jeunes actifs urbains. Nos informations, ne sont pas neutres car la neutralité n’existe pas. Le fait de choisir de traiter telle ou telle information et de la titrer de telle ou telle manière est déjà un choix au sens politique du terme. Mais le fait de ne pas nous projeter dans les opinions des lecteurs est une forme de respect. C’est une nécessité dans cette nouvelle appréhension de l’information qu’ont les jeunes. Je pense que l’absence d’éditoriaux fait partie de notre formule. Nous avons comme vertu éthique de séparer les faits et le commentaire. Nos lecteurs sont suffisamment matures et citoyens pour se forger leur propre opinion à partir de faits vérifiés.

Quitte à être très « AFP » ?
Je m’inscris en faux ; ce n’est pas « AFP » ! Quand vous regardez les journaux, vous avez une information développée qui n’est certainement pas de l’AFP. Le style non plus ne ressemble pas à celui des agences de presse. Quand vous regardez le travail que nous avons fait sur les attentats de Londres par exemple : nous avions une envoyée spéciale. Nous avons 5 articles par double page. J’appelle cela la multi accessibilité qui permet d’avoir 5 angles de traitement sur un même sujet. Ce n’est pas quelque chose de traditionnel. C’est enseigné dans les écoles de journalisme et c’est fort peu respecté par les quotidiens. C’est un de nos concepts rédactionnels qui nous distinguent complètement des empilages de dépêches d’agences et des journaux traditionnels qui, eux, mélangent faits et opinions !

Vos unes sont fortes et laissent cependant passer un message.
Nous travaillons beaucoup la une et la photo. Cela fait partie de notre concept rédactionnel.

Votre maquette ressemble à celle de Libération, où vous avez travaillé. Assumez-vous cette influence ?
Ca ressemble à ce que faisait Libé il y a 10 ou 15 ans et qu’ils ne font plus. C’est un ton qui nous est spécifique maintenant. C’est le ton 20 Minutes.

Les ventes de Libération sont en baisse. Pensez-vous que le succès de votre journal en soit une des raisons de l’essoufflement de Libé ?
Les ventes de Libération baissent depuis 1988. La formule 3 de Libé, qui date maintenant d’une dizaine d’années, avait pour but de remonter les ventes. Cela a été un échec.
Quand vous regardez les courbes des ventes tendanciellement à la baisse des principaux titres français, vous remarquez il n’y a pas de point d’inflexion en 2002 (l’année de l’arrivée des gratuits). De plus, toutes les enquêtes montrent que 70% de nos lecteurs ne lisaient aucun titre. La quasi-totalité des autres lit plutôt le Parisien qui est un des seuls titres qui se maintient en audience. Cela montre bien que cette nouvelle forme de presse n’a rien à voir avec la baisse des ventes de Libé. C’est statistiquement faux !

20 minutes mélange des pages d’information nationale et locale. Pensez-vous que cela peut expliquer la morosité de la presse quotidienne régionale (PQR) ?
Non car, là encore, la tendance à la baisse de la PQR en terme de vente est généralisée même dans les zones où 20 minutes n’est pas implanté. A Marseille, il y a trois titres de presse gratuite. Les ventes de La Provence, le titre local, sont stabilisées. Alors que le Dauphiné Libéré baisse à Grenoble et nous n’existons pas chez eux. Ces contrevérités sont sorties en 2002 au moment du lancement des journaux et n’ont pas été suivi dans les faits. Les mauvaises informations, comme la chienlit, ont la vie dure !

A l’étranger, dans les pays où les gratuits sont installés, constate-t-on une érosion de la presse traditionelle.
Non ! 20 minutes s’est installé en Suisse en 1999. Depuis septembre 2004, nous sommes devenu le premier quotidien en langue allemande. Et les ventes du quotidien de référence en langue allemande continuent de progresser. En Espagne, une des presses en Europe qui se porte le mieux, El Païs, El Mundo, l’Avanguardia et ABC, les quatre quotidiens principaux sont en progression depuis l’apparition des gratuits. La crise, si crise il y a, est française et n’a rien à voir avec nous. Elle vient surtout du fait que les gens ne retrouvent pas dans les colonnes ce qu’ils attendent.

C’est en terme de fond alors que s’explique leur baisse ?
Oui ! Les gens ne nous lisent pas parce que nous sommes gratuit mais parce que nous avons un autre regard sur l’information. 90% de nos lecteurs disent qu’ils seraient près à payer entre 0.80 et 0.90 euros pour avoir ce quotidien. La gratuité ne représente que 13% du succès de 20 minutes. Notre journal est une nouvelle forme de presse, plus objective, plus proche. Elle correspond à l’attente des gens.

La presse traditionnelle a raté le coche ?
Oui ! Comme il y a 18 mois, certains groupes de presse magazine ont raté l’arrivé des quinzomadaires télé. Sur un marché donné, vous avez des acteurs industriels qui cherchent à se développer et qui ont une politique de stratégie de mise en œuvre de ces innovations. Et puis vous avez d’autres groupes qui ronronnent un peu…

Vous avez travaillé auparavant à Libération, à la Socpresse. C’est votre expérience qui vous a amené à ce constat ?
Pour être honnête, je me suis trompé pendant 15 ans. J’ai fait partie de ses moutons bêlants qui répétaient à l’envie qu’il y avait en France une crise de la demande et que l’on ne pouvait rien y faire. La France est le pays qui a le plus faible taux de lecture pour mille habitants. J’ai répété ça sans l’analyser. C’est pour cela que je suis virulent maintenant. C’est la méthode de l’expérimentation qui permet de tirer des leçons. Quand vous suivez un mouvement, vous faites des erreurs. Il n’y a pas de crise de la demande en France. Lorsque vous offrez les contenus que les gens ont envie de lire, ils lisent ! Avant dans les rames de RER et dans les bus, les gens ne lisaient rien, maintenant ils lisent ! Les jeunes aussi. Les 15-24 ans, sont très demandeurs de ce genre d’info. Ils ne font pas que télécharger des mp3, ils lisent et s’intéressent à l’actualité. C’est un phénomène sociétale. Il y avait pas de crise de la demande, seulement une crise de l’offre. Je m’étais trompé !

Quels a été l’élément déclencheur de cette prise de conscience ?
En 1999, j’étais à Amsterdam. Dans le train rapide entre l’aéroport et le centre ville, j’ai feuilleté un exemplaire de Métro. Ca m’a interpellé. Je me suis demandé comment ça marchait.

Le journal s’interrompt pendant les vacances ?
On a une interruption de parution la dernière semaine de juillet et les trois premières d’août. Les jeunes actifs urbains ne sont plus dans les villes. Mais l’année prochaine, cette interruption sera compensée par une édition sur Internet. Vous pourrez consulter 20 minutes depuis votre lieu de vacances.

Un dernier mot, que fait un directeur de presse l’été ?
Je vais en Chine. On m’a raconté beaucoup de choses, notamment sur la presse. Toujours selon la méthode de l’expérimentation scientifique, j’ai envie d’aller voir de mes propres yeux ! Un voyage de découverte pris sur mon temps de vacances.

Propos recueillis le 11 juillet 2005


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