Ricky : Ozon ose tout et ça réussit à Alexandra Lamy
Ricky
Ricky, le genre de film si troublant qu'il est difficile de savoir si on a aimé, ou pas. Et encore plus de dur de dire pourquoi. Loin des drames bourgeois chers à Ozon, Ricky commence comme une fable sociale, Ken Loach dans le rétro. Le quotidien d'une mère seule, ouvrière, passant ses journées derrière la chaîne d'une usine de produits d'entretien et ses soirées dans son appartement de cité pourrie qu'elle rejoint en montant un escalier sale et tagué.
Alexandra Lamy aussi a fait le deuil de Chouchou, mettant les choses au clair dès la première scène : elle est une vraie actrice, capable de tous les rôles, celui-là y compris. Avec son compagnon Sergi López, ils composent un impeccable couple populaire qui ne laisse pas une seule seconde de doute quant à sa crédibilité. Musique quasi-inexistante, couleurs fades, les Frères Dardenne et Bruno Dumont ne semblent pas loin.
François Ozon a-t-il du plomb dans l'aile ?
Et puis des petits moignons poussent dans le dos d'un bébé, les enfants s'envolent, le scénario s'affole, et le spectateur se perd un peu. Le drame est devenu un conte. Un conte sur la différence, et tous les problèmes qu'elle apporte. Faut-il la montrer ou la cacher ? La soigner ou la développer ? Et d'ailleurs, se soigne-t-on de sa différence ? Réalisateur homo revendiqué, François Ozon, sans nous asséner la réponse à coup de poupon grassouillet, nous pose au moins la question.
Comme Edouard avait ses ciseaux, Ricky a ses ailes. Sauf que dans Edward aux mains d'argent, Tim Burton assumait son conte du début à la fin, son univers pop, son ambiance décalée. Ici, Ozon ose la rupture de style, les tons différents, et brouille son message. Le plus déroutant semble être le choix du réalisateur lui-même, impossible à placer dans une cohérence et une carrière cinématographique claire.
Il nous avait surpris avec 8 Femmes, étonnés avec [film%]Angel[/film%], et le voilà qui recommence, assume et revendique sa volonté de ne pas se laisser enfermer dans une case, de jouer de tous les styles et de se jouer de toutes les attentes. Et c'est là que, peut-être, le critique doit admettre ses propres limites et reconnaître qu'un film, parce qu'il ne correspond pas à ses attentes aux vues du parcours du réalisateur, n'est pas mauvais pour autant.
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