Rose et noir : Une comédie maladroite et excessive sur la différence
Quelle drôle d'idée de centrer son film sur l'univers de la haute couture dans une Espagne du 16ème siècle où règne l'Inquisition ! Les mauvaises langues diront que c'est peut-être, là, le seul détail amusant d'une farce un peu trop lourde. Mais il s'avère plus certainement que Gérard Jugnot aurait davantage rendu service à son Rose et Noir en jouant sur les anachronismes plutôt qu'en forçant le trait d'une caricature dressée ici de manière maladroite.
Trop excessive, l'émotion glisse sur l'écran sans le traverser
L'histoire de Pic Saint Loup, un grand couturier haut en couleur (rose de préférence), envoyé par le roi de France en Espagne avec la mission de confectionner la plus belle robe pour un mariage arrangé, ne se révèle pourtant pas si désagréable à suivre. On regarde notamment d'un oeil amusé la relation tumultueuse et paternelle qui naît entre le grand couturier (Gérard Jugnot) et le neveu du roi. A l'instar de Monsieur Batignole, Jugnot traite du rapport adulte/enfant et retrouve par instant la sensibilité et la justesse qui faisaient sa signature.
Rose et Noir se présente comme une oeuvre récoltant de ses qualités ses plus grands défauts. Aborder dans une comédie les thèmes du racisme, de l'homophobie, de l'injustice est un choix courageux, mais périlleux si on tombe dans l'excès. Et à ce jeu-là, Jugnot a eu la main un peu trop lourde. La scène où Pic Saint Loup et ses compagnons se retrouvent face aux grands Inquisiteurs paraît trop grandiloquente pour être crédible. L'émotion glisse sur l'écran sans le traverser. On se sent presque gêné de ne pas être touché par le sort en suspens des personnages.
Une comédie sans temps mort, mais sans génie
Dans cette comédie moins drôle qu'elle le laissait espérer, Jugnot parvient à livrer un film sans temps mort, mais sans génie. Ses comédiens tentent avec plus ou moins de réussite de nous embarquer dans leur aventure, et c'est étonnamment Bernard Le Coq qui nous surprend dans son rôle d'ami et confident. On en vient à regretter qu'il se fasse si rare au cinéma.
Au bénéfice du film, il paraît impossible de ne pas souligner deux éléments essentiels. D'une part, les décors et costumes qui apportent une crédibilité et un esthétisme à cette comédie historique (on est loin du naufrage de L'île aux trésors par exemple). D'autre part, la musique. La partition du compositeur espagnol Roque Banos contribue fortement à apporter un souffle à un film qui en manque un peu. Les scènes de défilés sur fond de musiques électroniques sont certainement les anachronismes les plus savoureux. Un mélange des genres qui n'est pas sans rappeler celui de Chevalier de Brian Helgeland ou du mésestimé Guns 1748 de Jake Scott avec la musique techno de Craig Armstrong.
En dépit d'une fin prévisible que Gérard Jugnot conclut en trente secondes, montre en main, l'acteur/réalisateur termine sur un dernier plan très réussi dans lequel il tacle avec une ironie cinglante les conditions de l'homme. Alors on préfère quitter Gérard Jugnot sur ce plan. Et comme son personnage le dit si bien dans son film : « La clef du succès n'existe pas. Il faut simplement regarder par la serrure et observer le monde de demain ». On ne doute pas que l'ancien bronzé retrouvera le succès qu'il a connu pour son prochain film. Il a certainement oublié de regarder par la serrure pour celui-ci.
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