Le Ruban Blanc : Chronique stricte et un peu ennuyeuse d’un village malsain
"Le Ruban Blanc"
Haneke avait su séduire son public avec ce talent unique pour mettre le spectateur en position de voyeur, limite complice de l’horreur qu’il montre à l’écran. Il calme un peu le jeu avec Le Ruban blanc, chroniques en noir et blanc d’un petit village allemand juste avant la première guerre mondiale, avec ses habitants typiques (l’instituteur, le baron, le pasteur, le médecin, etc.) et ses enfants a priori sans problème.
Le plus long ruban du monde...
Entre Le Village (pour son ambiance qui se résume à quelques maisons) et Dogville de Lars Von Trier (pour sa population ignoble sous ses airs de sainte-nitouche), Le Ruban blanc se cherche en prenant son temps, chronique d’un village malsain dont la putréfaction prépare le terrain au nazisme. Ce sont eux, ces enfants brimés, battus, qui prendront leur revanche en votant Hitler quelques années plus tard.
Sa mise en scène, sobre et classique aux mouvements de caméra limités et fluides, vient dévoiler un sublime noir et blanc. Le cadre, aussi strict et serré que la société qu’il dénonce, nous plonge dans une ambiance bergmanienne pour un récit qui se veut violent (pas tant à l’écran, la violence étant assénée de façon plus psychologique au spectateur). Mais si l’image est belle, si le cadre sert aussi bien le propos, il n’en est pas que moins le ruban est long, très long. Rigoriste à mort, Haneke n’a pas jugé digne d’intérêt, par exemple, de mettre de la musique ou de s’autoriser, tout simplement, un mouvement de caméra un peu plus haut que les autres. Le jeu austère des acteurs finit de nous achever, et le ruban semble s’enrouler autour de notre cou pour nous étouffer.
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