Ce soir, peut-être… mais demain ?
Cette fois, ce n’est plus lui qui tient la caméra. Après avoir filmé pendant huit ans les nuits parisiennes pour Paris Dernière, Frédéric Taddéï devra rendre culturelles les nuits de France 3 avec un magazine culturel quotidien, Ce soir ou jamais. Mission a priori possible, mais… ardue.
Pourtant, les concepteurs du projet ont cherché l’originalité en imposant une ambiance. Celle d’une soirée mondaine, dans un lieu branché, pleine d’invités qui se délectent d’un breuvage non identifiable (car camouflé dans des verres opaques ; de l’eau, sans doute …). Les discussions se tiendront là, au centre, sur les cubes lumineux façon Habitat. Le décor se veut « hype » et « cosi », et c’est réussi. Un peu trop, peut-être : on se sent presque un peu exclu de cette soirée à laquelle on n’est pas convié.
Des invités prestigieux
Heureusement, dès les premières minutes, Frédéric Taddéï nous prouve que les discussions ne seront pas creuses grâce à des invités prestigieux et d’horizons divers. Le comédien Lorant Deutsche, l’écrivain Phil Marso, le cinéaste Claude Lanzman, entre autres, ont répondu présent à l’invitation.
Pour entamer l’émission, Frédéric Taddéï a choisi la littérature. Le roman de Jonathan Littell, Les bienveillantes, dont discutent Claude Lanzman et l’écrivain Jonge Samprun. Le thème ? le parcours d'un personnage complexe qui fut docteur en droit constitutionnel, juriste, fonctionnaire de la sécurité, et officier SS chargé d'améliorer la production des camps. On aurait pu rêver plus léger comme apéritif.
Heureusement, après un démarrage un peu effrayant rythmé par un Taddéï au stress perceptible (normal, c’est une première, sur une grande chaîne nationale, qui plus est en direct), on va de surprise en surprise. La transition entre les sujets, petit interlude musical au piano, a le mérite d’épargner au téléspectateur les fins de discussion à rallonge. Une petite douceur qui nous rappelle qu’on est bien confiné au milieu de la nuit.
Passion, enthousiasme
La deuxième partie de l’émission réunit autour de la table Lorant Deutsche, qui joue actuellement au théatre une pièce d’Oscar Wilde, L’importance d’être constant, et l’écrivain Marc-Edouard Nabe, pour un tract consacré au geste malheureux de notre footballeur retraité pendant la finale de la Coupe du Monde de foot. Qui a dit que Zidane, c’était pas de la culture ? La passion des deux intervenants, authentique, ravive la paupière. Et là, on comprend comment Frédéric Taddéï compte « casser les codes de la promo », comme il l’a répété à plusieurs reprises : en parlant du contenu, en montrant l’enthousiasme et la passion de ceux qui font la culture. Et ça marche ! On foncerait la voir, cette pièce !
C’est manifestement plus détendu que l’animateur rejoint son dernier panel d’invités pour la dernière partie de l’émission – la plus longue, et… la plus intéressante ! Phil Marso, auteur de Pa sage a taba (premier roman écrit en langage SMS) discute avec Erik Orsenna, de l’Académie française, du langage et de son évolution. Voilà un thème culturel et actuel ! La rappeuse Diam’s est venue témoigner de la diversité des langues Françaises parlées dans notre pays, du verlan au patois, de l’argot au châtié… Franchement léger et amusant. On l’aurait bien croqué en apéritif !
On s’est plus amusé en cette fin d’émission, et Frédéric Taddéï semble l’avoir ressenti. Serein, déstressé, soulagé, il semble content que cette première soit enfin finie ! L’indulgence des téléspectateurs et de ses invités, qu’il a implorée pour cloturer cette première en direct, lui est toute acquise. A demain, Frédéric !
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