Taxi : révision d'un succès
Taxi, trois films, trois cartons. Le quatrième opus, en salles demain, fera sans doute le même effet. Grosses bagnoles, action et humour d’jeun’s, la recette, simpliste mais tant pis, fait mouche à chaque fois. Quand le premier est sorti, Besson s’attendait-il à un tel succès public ? Sans doute que non. « Petit » casting (Samy Naceri et Frédéric Diefenthal étaient moins connus à l’époque), scénario sans grande profondeur, Taxi semblait accumuler les tares, mais avant pourtant un avantage : un cinéma facile d’accès et divertissant, drôle et léger, exportable à volonté. Qu’on le veuille ou non, il symbolise maintenant une partie de notre production outre-manche. Un mythe est né. Pour vous, Imédias, met le Taxi à l’arrêt et soulève le capot. Révision d’un phénomène mondial.
Direction assistée. Avec Taxi, faites dans la facilité. Jamais une voiture n’a été aussi simple à conduire : la route est droite, du début à la fin, sans accroc, sans complication, mais avec des invraisemblances grosses comme des essieux de tracteur. Le scénario (signé Besson) des trois premiers épisodes, a suscité railleries et moqueries. Trop simplistes : un gang, parfois chinois, pardon « jaune », parfois allemand, et un duo Naceri / Diefenthal pour déjouer leur complot. Si David Lynch est loin, le public, lui, accroche.
Passagers. Au volant, Daniel Morales (Samy Naceri) tient la bête. Il est le provocateur, le beur qui attire le public de banlieue, le petit rigolo que rien n’effraie, mais aussi le débrouillard, le lover, bref, le héros. Sur le siège passager, on retrouve Emilien (Frédéric Diefenthal, qui, pour le premier, aura juste un prénom, pas de nom, à l’inverse de Just Leblanc. Il deviendra à partir de Taxi 2 Emilien Coutant-Kerbalec, petit flic coincé et maladroit, le Bourvil de service (en moins drôle, inutile de préciser). Il devra supporter la collaboration imposée par les circonstances avec Daniel, malgré leurs différences flagrantes. Deux caractères antagonistes, un duo explosif, le mélange fonctionne et accroche le spectateur.
Sur le siège arrière, Marion Cotillard incarne l’histoire d’amour obligatoire (pour accrocher aussi mémé, rappelez-vous). Après trois épisodes et trop occupée par son dernier film, La Môme, elle a courageusement sauté en route pour ne pas faire partie du casting du 4. Cours Marion !
A côté, le commissaire Gilbert (Bernard Farcy, qui, lui par-contre, n’a définitivement pas de prénom). Sans doute le personnage plus drôle de tout le film, oscillant entre son flegme très british et ses crises de nerfs à la mitrailleuse (au bas mot). Sur la plage arrière, Petra (Emma Sjoberg) dodeline de la tête, conscience gros tétés du film (faut penser à pépé). Dans le coffre, on trouve, selon l’épisode, une bande de malfrats, obligatoirement d’origine étrangère (asiatiques, allemands, belges, bref, quelque chose duquel on puisse se moquer, avec si possible une forte connotation raciste dans la bouche du commissaire Gilbert).
Dans le rétro, entre 6 et 10 millions de téléspectateurs selon l’épisode. C’est ce qu’on appelle un succès.
Carroserie. Pleine de rayures : succès public, mais échec critique. Pour le premier comme pour ses suites, les journaux se lâchent. Les Inrocks : <
Les déboires juridiques de Samy Naceri, déjà bad boy dans le film, n’ont fait qu’aggraver la réputation de petit film provocateur où la police, la morale et tutti-quanti sont mis à mal par un jeune beur peu respectueux des lois. A y regarder de plus près, le film joue sur l’autre registre : malgré son côté vilain garçon, le banlieusard et le policier font copain copain et combattent ensemble les bandits. Ouf.
Auto-radio. Parce qu’un film sur Marseille devait être accompagné de rap, Besson a eut l’idée de proposer le titre principal du 1 à IAM. Le groupe empocha, finalement, toute la bande-originale, sauf un titre : la célèbre musique de Pulp Fiction est reprise pour ensuite être utilisée dans tous les volets de la série. Aujourd’hui, on ne dit plus « ah oui, c’est la musique de Pulp Fiction », mais « je connais, c’est le musique de Taxi ». Sacrilège ! Depuis, toutes les bande-originales de la saga ont réuni ce qui se fait de mieux sur la scène rap française. Avec une qualité très inégale.
Freins. Les doigts recouverts de cambouis, on termine l’inspection. Le Taxi est lancé, il ne semble pas être prêt de s’arrêter. En 2004 déjà, EuropaCorp (la boite de Besson), produisait New York taxi (où Daniel est remplacé par une fille) pour attaquer le marché US.
D’épisode en épisode, il fallait toujours aller plus loin, aller plus haut (oui oui, un peu comme dans la chanson de Tina Arena).
Dans Taxi déjà, il allait vite, mais alors très très vite. On commençait déjà à sourire. Dans Taxi 2, aidé d’un parachute, il vole. Fou-rire nerveux. Dans Taxi 3, le voilà qui s’élance sur la neige. Passe-moi le pop-corn, ça commence à me gaver. A ce rythme-là, on s’inquiète pour un éventuel cinquième. Le pitch : Des extra-terrestres serbos-suédois à fort accent belge s’apprêtent à casser une banque. Grâce à des super-fusées prêtées par l’armée, Emilien et Daniel embarquent dans le taxi et s’envolent dans l’espace. Pris d’une crise de nerfs, le commissaire Gilbert lance une bombe atomique… Frein à main d’urgence !
Verdict. Bonne bagnole, mais a fait son temps. Après ces voyages éprouvants, le taxi ne semble plus très bien tenir la route, et on craint qu’elle ne fonce droit dans le mur. Le mieux serait de la mettre au garage. Impossible de la mettre à la casse, c’est déjà une pièce de collection.
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