Pouvoir & Télévision, « Je t'aime, moi non plus » (8/8) : On s'aime ?
La télévision française des années 2000 se conjugue au pluriel. Fin du monopole, ouverture à la concurrence, câble, satellite, numérique… Difficile de comparer la télé d’aujourd’hui aux programmes du milieu du siècle précédent. Pour le pouvoir et les hommes politiques en général, la petite lucarne doit désormais se dompter, s’amadouer au risque de voir sa carrière dégringoler.
Les débats, des hauts et des bas
A l’origine totalement réticents au débat télévisé, les hommes politiques de la Ve République ont très vite perçu la portée quasi instinctive avec le téléspectateur-électeur que leur procure cette bataille cathodique. Lors de la dernière présidentielle notamment, la demande de débat fut extrêmement forte à la fois chez l’électorat mais également chez les candidats. Qui, en 1958 aurait osé défier un ministre de la République sur un plateau de télévision ? L’élection présidentielle de 2007 aura également vu se démocratiser une nouvelle forme de débat télévisé : l’intervention de « vrais gens » qui posent de « vraies questions » aux hommes politiques. Pendant politique de la télé-réalité pour certains, c’est en tout cas une mine d’or pour les diffuseurs. Des stars-politiques de la télévision voient même le jour. En 2002, le futur Président de la République, Nicolas Sarkozy, « est partout ». Michel Drucker, Marc-Olivier Fogiel, Michel Denisot l’invitent même couramment dans leurs émissions de divertissement. Car les hommes politiques ne sont plus des bêtes de combat mais se transforment en hommes et femmes (presque) comme tout le monde. Après avoir invitée les caméras de télévision dans sa chambre d’hôpital dans les années 90, Ségolène Royal est devenue en 2007 une véritable candidate-reine de l’écran.
Le marketing politique impose ses règles, fixe ses choix. Fini les Serge Moati dans l’ombre de la communication politique, bonjour les coachs en marketing. De la corde tendue entre les journalistes et l’homme politique à la couleur du tailleur, tout doit pouvoir « passer » à la télévision. On est bien loin de l’unique conseil que l’on prodiguait aux débateurs politiques dans les années 60 : « Surtout, essayez de mettre une chemise bleue, c’est la couleur préférée des Français ! » Aujourd’hui, le simple fait que le Président chausse ses lunettes de vue pour s’adresser à la Nation et la télé parle de cécité tant politique que physique…
La campagne de 2007 ou le triomphe de la télévision
Lorsqu’en 2002 Lionel Jospin adressait un fax pour déclarer sa candidature ou Jacques Chirac préférait une visite « surprise » en Avignon, on était loin d’imaginer le virage de 2007. Finaliste de l’élection présidentielle, Ségolène Royal a annoncé sa candidature sur le plateau du « Grand Journal » de Canal+ en répondant à une question impromptue du comédien Jamel Debouzze. Et c’est lors d’un show à l’américaine, orchestré par les caméras de l’UMP et la dextérité d’une foule de conseillers en communication, que Nicolas Sarkozy a été désigné candidat par son parti.
La télé au centre de la campagne, la télé en ligne de mire du centre. Le représentant de l’UDF, François Bayrou, a véritablement lancé sa course à l’Elysée sur TF1, sur le plateau du journal télévisé le plus regardé d’Europe. En dénonçant la connivence entre « les médias et les puissances d’argent », le centriste finira par grimper dans les sondages jusqu’à en faire frémir les deux favoris…
La télé comme arme de bataille, la télé comme élément essentiel de cette campagne de 2007. Jamais la télévision et le pouvoir politique ne furent si étroitement associés. Même sur Internet, l’UMP lance NSTV, une chaîne consacrée uniquement aux faits et gestes du candidat Nicolas Sarkozy, à ses soutiens et à son programme. Le Parti socialiste a répliqué par une web-TV à la gloire cette fois de la « Madone du petit écran ». Mais internet n’est pas aussi « fiable » que la télévision, déjà grandement maîtrisée par les principales formations politiques. Internet qui aurait même pu couter très cher aux candidats à forces de rumeurs, de vidéos tronquées et de propos malhonnêtement rapportés. Le web sera très certainement le prochain terrain de chasse des hommes et des femmes politiques. L’élection de 2012 devrait déjà nous livrer quelques réponses.
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