Whatever Works : Comédie désopilante, humour noir et morale libertaire
Woody Allen, jeune homme de 73 ans, signe Whatever Works, une comédie maligne et déjantée, tricotée de mailles bien serrées et assaisonnée çà et là par des blagues intelligentes et acides, si cyniques et désespérées qu’elles en deviennent hilarantes. Fort heureusement, après son périple européen des dernières années avec Match Point (2005), et le trop extravagant Vicky Cristina Barcelona (2008), le réalisateur retourne à ses anciennes amours en reprenant un vieux scénario des années 1970, et brode sur le thème du barbon et de la jeune ingénue comme le faisait Molière avec L’école des femmes.
On reprend les mêmes schémas, et on recommence
Pas un seul temps mort au programme dans ce montage bien coupé, où l'on a l’impression de flotter sur une belle musique qui enchante l’esprit. Il s’agit d’un pur Woody Allen philosophique en bonne et due forme, mais il faut toutefois reconnaître que l’innovation n’y est pas extraordinaire : il y parle de l’amour comme il en a toujours parlé, le décor de fond reste l’éternelle New York, le milieu reste bourgeois, et les personnages d’éternels insatisfaits vivant la « nausée » sartienne et qui, faute d’être bien dans leur peau, ne peuvent trouver le vrai amour qu’après des aventures rocambolesques.
Le cinéaste ne se fatigue pas de répéter encore et toujours son thème de prédilection, le ménage à trois, ce qui finit par devenir agaçant ; il fait aussi preuve de trop de légèreté envers l’homosexualité, qui semble apparaître comme par un coup de baguette magique chez l'un des personnages. Une facilité jusque dans sa conclusion, où tout le monde trouve chaussure à son pied, un peu comme dans [film%]Hannah et ses sœurs[/film%], pourtant un de ses meilleurs films.
Friandise d’été, cette comédie à la crème bien maîtrisée s’accompagne de plusieurs cerises sur le sundae : des dialogues mordants projetés comme au lance-pierre, des personnages qui ont le courage d’être eux-mêmes et de ne ressembler à personne d’autre, et une morale sur la liberté qui, si elle tire un peu trop sur les ficelles du passé, réussit à inspirer le goût du bonheur qui nous fait sortir l’esprit léger.
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