Comment charcuter un film culte en dix leçons ?
Voici venu le 6ème jour, du 6ème mois, de la 6ème année. Et si, plutôt que le retour de Satan, cette date marquait simplement une triste, mais alors très triste journée pour le cinéma…
Il était une fois, dans notre galaxie, il y a presque trente ans, l'un des films à suspense les plus poignants du genre. Une œuvre capable de rivaliser avec Shining, ou L'Exorciste. Servi par un casting d'anthologie (Gregory Peck et Lee Remick en tête), la version de Richard Donner vous faisait frissonner jusque tard dans la nuit. Ses maîtres-mots : la sobriété et un vrai amour du genre. Le film qui sort ce fameux 6 juin 2006 est le remake de ce monument des années 1970, un remake presque mot pour mot. L'histoire de Damien, né à la sixième heure, du sixième jour, du sixième mois, et adopté par une riche famille américaine, pour être élevé dans l'amour et le faste. En grandissant, l'enfant au regard glaçant éveille les soupçons de ses parents. Le petit Damien serait en fait l'incarnation de Satan, destiné à naître sous le signe 666. Une histoire simple et efficace.
Un supplice en 35 millimètres
Le film original ayant déjà fait l'objet de multiples suites, il n'est pas surprenant de voir débarquer un remake. On ne manquera pas de nous dire : «ça n'a rien de personnel, les affaires sont les affaires». Pourtant, on touche ici à une catégorie peu répandue de long-métrages, ceux qui vous donnent envie de fuir votre fauteuil… par dépit… Le réalisateur John Moore (En territoire ennemi) chausse ses plus gros sabots pour nous livrer cette adaptation calamiteuse. Oublié le héros vieillissant, il faut du jeune, il faut aller vite, il faut montrer que l'on a changé de millénaire. Le couple improbable formé par Julia Stiles et Liev Schreiber (dans les rôles de Kathryn et Robert Thorn) ne fait pas illusion une minute. Ce choix détruit la base même de l'histoire : cette famille si particulière, avec ce mari diplomate sur le retour. Une famille si pleine d'amour. Sans cela, sans ce terreau indispensable, on en est réduit à assister à un pur film d'angoisse au rabais, à grand renfort d'effets poussifs. Oubliez le fond, il reste… Rien. Pas d'écriture, pas d'idées de mise en scène, pas de cœur. Bien sûr, il ne s'agit que d'un film « d'horreur ». Est-ce une raison valable pour saccager une histoire aussi forte ? Le Psychose de Gus Van Sant avait au moins l'honnêteté de se contenter de recopier son modèle, plan pour plan. On aurait préféré ça. Il ne reste désormais qu'une chose à faire : regarder La Malédiction, la vraie, et de toute urgence. Car le jour approche… le jour de la Bête.