A propos de Beyrouth (ou presque)
Un couple de plasticiens-réalisateurs libanais réalise son deuxième film. A travers une journée dans la vie du jeune Malek, ils cherchent à faire partager leur vie et leur vision de Beyrouth.
Au départ de ce film, il y a la volonté de faire connaître Beyrouth, une ville pleine de contradictions, à la fois très vive par la richesse de la création artistique, et figée dans le temps par ses rapports avec la Syrie et le poids insupportable des 17.000 disparus, et ce malgré l'évacuation récente des troupes de Damas. En parlant de Malek (Ziad Saad), c'est leur vie à Beyrouth que Joana Hadjithomas et Khalil Joreige veulent faire ressentir et partager. Une ville charnelle, où l'on a une irrépressible envie de sortir, de voir du monde. Une ville séduisante, où Malek peine à trouver sa place, entre sa mère Claudia (Julia Kassar) qui refuse de faire le deuil de son père, disparu quinze ans plus tôt pendant la guerre, et sa très belle petite amie Zeina (Alexandra Kahwagi), qui le fuit. Pour ne rien arranger, Malek souffre d'apnées du sommeil, s'endormant aussi bien au travail qu'en voiture. Vingt-quatre heures de sa vie, de ses allers et venues dans la ville, avec ses embouteillages, ses chantiers, le fourmillement de sa vie, jusqu'au bout de la nuit.
Une idée séduisante pour un film indécis
Alliant des intentions séduisantes à un intéressant travail sur les symboles et les images, ce deuxième long-métrage du couple libanais partait plutôt bien, faisant preuve d'un humour discret et attachant. Mais, au fil du film, on est peu à peu irrité par l'indécision et la lenteur des personnages et des évènements. Ni tenants, ni aboutissants. Le scénario joue sur le ressenti des auteurs, qui cherchent à toucher directement à notre propre ressenti, sans vraiment y parvenir, tant le voile posé sur les relations de Malek avec son entourage est vaste. Dans l'incapacité matérielle de comprendre ce qu'éprouvent ces personnes, le spectateur en est réduit à capter les variations de leurs visages, leurs moindres mouvements. Un défi un peu lourd à relever pour des acteurs (presque tous amateurs) par ailleurs admirables. Et finalement, c'est la chaleur de Beyrouth qui est occultée. A trop se concentrer sur le concept, les réalisateurs ont négligé le spectateur, qui finit par s'ennuyer, et passe à côté du message. C'est son histoire difficile qui fait du peuple libanais ce qu'il est, et c'est l'histoire de Malek, de Claudia et de Zeina qui aurait pu nous les rendre plus palpables. Dommage.