Remake intelligent et torturé du film danois "Brodre", le nouveau film de Jim Sheridan nous plonge dans un drame familial où se glissent les traumatismes de la guerre et un triangle amoureux porté par un trio d'acteurs épatants de justesse.
Une descente aux enfers froide, intelligente et brutale
Home, sweet home ? Belle ironie et sournoise utopie vous crierait
Jim Sheridan. Avec son drame
Brothers, le réalisateur irlandais de
My Left Foot et
Au nom du Père nous plonge dans les traumas de la guerre et place son acteur
Tobey Maguire face à ses propres démons. Car comment aspirer à une vie normale quand, après avoir vu de vos yeux les affres et horreurs de la guerre, sonne enfin l'heure du retour au foyer ? Qui peut comprendre ce que vous avez traversé ? Et avez-vous envie, finalement, qu'ils le comprennent…
Les regards, les non-dits et les gestes font plus mal que les mots
Le méconnaissable
Tobey Maguire délaisse les collants de son
Spider-Man pour se glisser dans la peau de Sam. Avec Grace, ils forment un couple parfait et sont les parents de deux petites filles. Sam est alors envoyé par l'ONU en mission à l'étranger et confie à Tommy, son frère tout juste sorti de prison, le soin de s'occuper de sa famille. Mais lorsque Sam est porté disparu et présumé mort, Tommy et Grace se rapprochent contre toute attente. C'est alors que Sam revient du front… Mais mieux vaut ne pas trop en dire sur
Brothers pour ne pas lever le voile sur une fin partisane qui ne manquera pas d'enflammer les débats.
Il est intéressant de constater comment
Jim Sheridan s'est attaché à faire monter en pression le drame psychologique qui se trame dans ce foyer où
Tobey Maguire ne retrouve plus sa place. Car si le thème de départ (le traumatisme des soldats au retour de la guerre) a déjà été traité à plusieurs reprises au cinéma, comme dans
Voyage au bout de l'enfer ou
Le Retour, le cinéaste noue sa dramaturgie avec celui de la famille et des liens qui unissent chacun de ses membres. Dans
Brothers, les dialogues sont distillés avec parcimonie. Les personnages parlent peu mais parlent juste. Et ce qui pourrait paraître vite pesant devient indéniablement la force du film : les regards, les non-dits et de simples gestes font parfois plus mal que les mots.
"Brothers" s'inscrit dans son époque et pointe du doigt les maux de notre temps
Pour cette famille, le silence n'est pas toujours d'or. Et les acteurs se plient avec talent à cette exigence.
Tobey Maguire est impressionnant de vérité,
Jake Gyllenhaal joue avec la sobriété qu'il faut,
Sam Shepard en figure paternelle impose son charisme fragile. Quant à
Natalie Portman, elle apporte à son rôle de mère-courage déchirée et à fleur de peau une justesse et une sincérité saisissantes. Elle porte sa famille comme elle porte le film. Sans artifice et sans fard. La lolita de
Léon n'est plus une femme-enfant, elle apparaît comme une femme, tout simplement.
Alors bien sûr,
Brothers est un remake du film danois
Brodre et bien sûr, il n'évite pas certains clichés du genre. La repentance miraculeuse du frère, ou le pétage de plomb évident de
Tobey Maguire semblent trop téléphonés pour nous coller au fond du siège. Mais le message essentiel passe et reste.
Jim Sheridan est un maître d'œuvre engagé qui a les moyens de ses ambitions. On reprochera simplement au cinéaste de ne pas nous avoir pris au tripes comme
Au nom du père, et puis,
Tobey Maguire, malgré sa métamorphose, n'a pas non plus le charisme d'un
Daniel Day-Lewis. Mais
Brothers est une œuvre cohérente, intelligente et torturée, qui s'inscrit dans son époque en pointant du doigt les maux de notre temps.
Jim Sheridan frappe là où ça fait mal. Et il frappe juste.