Coeur de glace
Le film chorale a le vent en poupe. Le succès de Fauteuils d'orchestre au début de cette année lui assure encore de beaux jours dans nos salles.
L'histoire est déjà connue avant que l'on s'assoit devant le grand écran. Des personnages qui se croisent. L'histoire de l'un influe sur l'histoire de l'autre. Placer tout ça à Paris (ben voyons), remuer et laisser reposer pendant deux heures. La solitude urbaine laisse le coeur gros à ces personnages, et leur histoire, hélas manque de consistance. On commence le film avec de bons souvenirs, Resnais retrouvant ses acteurs fétiches, et on le termine à vouloir revoir
On connaît la chanson.
Ca peut paraître irrespectueux de dire d'un film de Resnais que la mise en scène est boîteuse, c'est malheureusement parfois le cas ici. On ne peut s'empêcher de se demander ce qu'il a essayé de faire avec ses espèces de grands zooms brusques et maladroits, qui trouvent plus leur place dans une série américaine tournée caméra à l'épaule à la
24 heures chrono que dans ce film, intercalés entre très belles vues en plongée et mise en scène plus classique.
Coeurs est un film qui hélas ne remplit pas le nôtre
Les scènes s'enchaînent et le vif intérêt que l'on avait pour ces personnages torturés s'estompe comme ces flocons de neiges qui reviennent incessamment entre chaque séquence. Et le moment où nos yeux se mouillent... n'arrive jamais. Pierre Arditi, émouvant de mélancolie, ne trouve pas le temps dans "sa" scène de nous amener à sa détresse, André Dussolier reste en second plan même lors de ses moments rien qu'à lui. Laura Morante nous offre une réédition de son rôle dans
Fauteuils d'orchestre, Isabelle Carré campe un personnage un poil trop vide. Restent un Lambert Wilson cassant avec joie son image trop propre et une Sabine Azéma survolté et surprenante.
La musique est très belle oui, mais irritante dans la première partie, à revenir sans cesse dans des moments où on n'en a pas besoin, où le jeu des acteurs et les situations sont assez tristes pour fonctionner sans une mélodie estampillée "oh la la c'est triste". Cela n'enlève pas au film ses charmes et ses bonnes idées, comme l'utilisation de cette neige artificielle mais qui laisse tous ces personnages dans une solitude glaçante. Les moments d'humour (l'émission religieuse, Claude Rich en vieux grincheux) sont paradoxalement beaucoup plus efficaces que tous les instants d'émotions qui arrivent tour à tour, comme si les personnages avaient pris un ticket et attendait leur moment de larme.
Je sais qui est Resnais, je me vois déjà vilipendé pour avoir écrit tout cela sur son dernier film. Mais il y a un goût étrange dans nos bouches en ressortant de la salle : pas assez touchés par les personnages, sûrement. Une déception, peut-être. On était en droit de s'attendre à mieux.
Pas joli coeur
Resnais, des acteurs à la justesse incroyable, ça aurait pu être bien. Sauf que non : succession de scènes sans réél fil conducteur sinon la solitude. On peut aussi vite se sentir seul quand votre voisin s'endort : choisissez bien votre invité pour pouvoir le regarder dormir entre deux scènes entrecoupées de neige qui tombe (si, si !).